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Pathologie

L’éjaculation prématurée (EP)

Définition

L’éjaculation prématurée, qu’on appelle plus communément : éjaculation précoce ou éjaculation rapide, est une difficulté sexuelle caractérisée par :

  • Une éjaculation lors d’un rapport sexuel qui se produit avant que l’homme ne le souhaite,
  • depuis au moins 6 mois et dans plus des 3/4 des rapports sexuels,
  • qui entraine une souffrance chez l’individu et/ou son partenaire,
  • et qui n’est pas due à un problème organique ou bien secondaire à un trouble du partenaire.

On distingue plusieurs degrés :

  • Si la pénétration dure moins de 15 secondes, l’éjaculation prématurée est dite sévère.
  • Si la pénétration dure entre 15 et 30 secondes, l’éjaculation prématurée est dite modérée.
  • Enfin, si la pénétration dure entre 30 et 60 secondes, l’éjaculation prématurée est dite légère.

L’éjaculation prématurée peut être primaire ou secondaire :

  • Elle sera primaire, si elle est présente depuis le début de l’activité sexuelle.
  • Elle sera secondaire (ou acquise) si la personne éjacule trop rapidement après une période de sexualité satisfaisante, ou à la suite d’un élément déclencheur.

Le diagnostic de l’éjaculation prématurée primaire repose essentiellement sur l’interrogatoire clinique et le ressenti du patient ; il n’y a aucun signe physique ou examen complémentaire spécifique.

En cas d’éjaculation prématurée secondaire, il est important de retrouver le facteur déclencheur, qui peut être souvent un trouble érectile : le patient, pour augmenter son érection, va augmenter sa stimulation, ayant pour conséquence de le faire éjaculer plus rapidement.

Causes

Important

Il est important de signaler à nos patients qu’à l’origine, l’homme, comme tous les mammifères, est “programmé” pour éjaculer rapidement et dans un environnement stressant. Cela pour assurer la reproduction de l’espèce (l’homme préhistorique avait besoin d’éjaculer rapidement avant qu’un “concurrent” ne lui prenne la place). Retarder son éjaculation, c’est un apprentissage, et cela nécessite d’apprendre à avoir des rapports sexuels en étant détendu, ce qui n’est pas non plus quelque chose de naturel.

De plus, l’éjaculation en elle-même est un réflexe de fait, impossible à contrôler, qui survient lorsque l’homme atteint un certain niveau d’excitation, et ce qu’il va apprendre à contrôler ce n’est pas son éjaculation, mais son excitation.

L’éjaculation prématurée peut être d’origine :

  • Psychogène : liée à l’anxiété, au stress, à l’angoisse de la performance sexuelle, ou bien à la peur du trouble érectile.
  • Corporelle : liée à une mauvaise utilisation de son corps. Ce sont en général des hommes
    • qui vont très vite,
    • qui ne savent pas gérer leur respiration et qui ont un rapport sexuel quasiment en apnée
    • qui ne connaissent pas leur périnée, ils ne savent pas si celui-ci est contracté ou relâché
    • qui ne gèrent pas les mouvements de leur corps, ils ont souvent une attitude rigide et crispée.
    • => Plus il y a de tensions musculaires, plus l’excitation sexuelle est grande et conduit à l’éjaculation prématurée.

Principes du traitement

L’éjaculation précoce est un réflexe conditionné. Le but est donc de se « déconditionner », de modifier ses comportements sexuels afin de prendre le temps, qui conviendra à l’individu, pour aboutir au plaisir du rapport.

Il faut voir tous les exercices proposés par la suite comme un « entrainement du sportif », sans recherche de la performance ou du culte du corps. Ils vont nécessiter du temps et de la répétition. Ils sont efficaces pour la majorité des individus souffrant d’éjaculation prématurée. Il faut rassurer son patient, souvent impatient, justement, quand il s’est enfin décidé à consulter, qu’il n’y a pas d’urgence. Lui proposer d’inclure son ou sa partenaire en lui expliquant que, s’il le souhaite, il ou elle pourra participer à son traitement, est aidant.

De toutes les méthodes, les plus efficaces et brèves sont celles proposées en sexocorporelle. On peut les compléter par d’autres approches thérapeutiques comme celles cognitivo-comportementales.

1) Éducation, information et fausses croyances

Préalablement au traitement, on va expliquer au patient :

2) Traitements médicamenteux [cf.]

Deux médicaments sont autorisés en France pour le traitement de l’éjaculation prématurée : Fortacin® et Priligy®.

  • Fortacin® est un anesthésique local en spray qui s’applique sur le gland du pénis des hommes souffrant d’une hypersensibilité du gland et n’est as soumis à prescription médicale.
  • Priligy® (dapoxetine) est in médicament de la famille des ISRS (anti-dépresseur) qui agit sur le taux de sérotonine cérébral, puissant modulateur du réflexe éjaculatoire, et est soumis à prescription médicale.

3) Modulation du système nerveux sympathique par les techniques de respiration [CF]

Le système nerveux sympathique, par le biais de la dopamine, participe, d’une part, à l’exacerbation de l’excitation sexuelle, et d’autre part, à l’activation du réflexe éjaculatoire (CF fiche sur le mécanisme de l’éjaculation).

L’activité sympathique se traduit également par une augmentation des rythmes respiratoires et cardiaques ainsi que par un accroissement du tonus musculaire.

En travaillant sur les techniques de respiration abdominales, il est possible de modérer l’activité du système nerveux sympathique, et donc le réflexe éjaculatoire.

4) Rôle de la rééducation périnéale dans le contrôle de l’éjaculation prématurée [CF]

Le muscle bulbo-caverneux doit être relâché lors du rapport sexuel.

Or, généralement, l’homme qui souffre d’éjaculation prématurée va faire le contraire : pour retenir son éjaculation, ce dernier va avoir tendance à contracter son périnée, et cela va augmenter son excitation.

Pour apprendre à relâcher les muscles du périnée, il faut passer par une prise de conscience de celui-ci et bien savoir le repérer (cf. Exercices périnéaux).

5) Approche sexo-corporelle [CF]

Cette approche montre très bons résultats dans la prise en charge de l’éjaculation prématurée.

C’est un ensemble de techniques qui vont apprendre à l’homme à «faire baisser la pression » au niveau du bas ventre, à générer moins d’excitation durant le rapport sexuel et à être moins dans la stimulation.

Cette approche va également apprendre à l’homme à dissocier les muscles satellites du périnée (fessiers, abdominaux, quadriceps) et lui apprendre à maîtriser la contraction et le relâchement de ces muscles, indépendamment les uns des autres.

La première étape consiste à travailler la bascule du bassin tout seul, hors rapport sexuel, puis à s’exercer à la bascule du bassin en se masturbant, et enfin à appliquer ces techniques lors des rapports sexuels.

6) Le Stop & Go [CF]

C’est un exercice qui se réalise par la masturbation. On va demander au patient de repérer son point de non-retour, au-delà duquel le réflexe d’éjaculation va se mettre en place. Le patient va se stimuler et au moment où il se sent sur le point d’éjaculer, il va arrêter de se stimuler. Puis, il va relâcher son périnée et réaliser quelques respirations abdominales. Cela va faire diminuer son niveau d’excitation. Ensuite, il va reprendre la stimulation. Il devra répéter cet exercice autant de fois qu’il est nécessaire pour atteindre le temps qu’il s’est fixé avant d’éjaculer. En faisant attention à ce que l’objectif de départ soit réaliste et réalisable : pas une heure. Cinq minutes seraient déjà bien.

On va également lui demander de repérer son état de tension musculaire, et d’essayer de repérer l’effet que cet état de tension musculaire a sur son excitation.

7) Le sensate focus [CF]

Ce sont des massages, à réaliser en alternance par l’un ou l’autre des partenaires. Cela va permettre de se décentrer de la zone sexuelle pour notre patient, de développer d’autres sensations qui vont provoquer une excitation sexuelle qui va être beaucoup plus modulée. On va interdire lors de la pratique de ces massages, la stimulation génitale.