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Education sexuelle

La pornographie à l’ère de l’IA : prochain défi pour l’éducation à la sexualité ?

Céline Tran Sandrine Carême Pornographie et IA

Céline Tran et Sandrine Carême interrogent les effets de la pornographie et de l’intelligence artificielle sur les représentations sexuelles, l’éducation, le consentement et l’esprit critique.

Intervenant

Céline Tran

Praticienne en hypnose spécialisée en troubles de la sexualité. Céline Tran est une ancienne actrice de films pour adultes, plus connue sous le pseudonyme de Katsuni. Après sa retraite de l'industrie pornographique en 2013, Céline Tran a obtenu un diplôme de praticienne en hypnose et est désormais formatrice "Hypnose & Sexologie" à l'Arche à Paris. Parallèlement, elle est devenue praticienne en massages bien-être et enseignante en yoga Ashtanga. Ces compétences ont conduit Tran à embrasser une carrière de coach en développement personnel, aidant les autres à améliorer leur vie et à réaliser leur potentiel.

Sandrine Carême

Formatrice et Consultante en Santé sexuelle. Diplômée de la Faculté de Médecine - Université Paul Sabatier en Santé Sexuelle et Droits Humains et en Formation et Éducation à la Sexualité.

Points clés

  • La pornographie influence les imaginaires, les scripts sexuels et les attentes des jeunes comme des adultes.
  • L’intelligence artificielle amplifie les enjeux liés aux images, aux deepfakes, à la vraisemblance et au consentement.
  • L’éducation à la sexualité doit intégrer une lecture critique des contenus numériques sans se limiter à l’interdit.
  • Les professionnels peuvent aider à distinguer fiction, performance, relation réelle, plaisir, consentement et respect.
  • Le défi consiste à accompagner les usages et les questions plutôt qu’à laisser les jeunes seuls face aux contenus.

Et bonsoir à tous et merci d'être toujours aussi nombreux à cette deuxième édition du sommet de la santé sexuelle. J'espère que les interventions pour l'instant vous ont plu et nous accueillons pour cette troisième intervention de la première soirée du sommet deux oratrices qui vont vous présenter un sujet vraiment d'actualité, la pornographie, et notamment la pornographie à l'ère de l'intelligence artificielle. Donc du coup là on est vraiment dans le futur, enfin on est dans le présent mais on est dans le futur. Alors à savoir que cette intervention elle tombe bien puisqu'il y a une dizaine de jours à peu près, l'ARCOM a publié des chiffres sur la consultation de la pornographie chez les mineurs. Donc ça c'est quelque chose que nous on savait déjà en tant que professionnels de la santé sexuelle que les mineurs ils consultaient la pornographie donc ils s'éduquaient quasiment à la sexualité avec la pornographie. Mais le fait que l'ARCOM rendent ces chiffres publics, je pense que ça fait un peu prendre conscience au grand public de ces faits. Donc pour rappel c'est pas des jeunes de 17-18 ans. Il y a à peu près de 12 ans, les garçons ils consacrent près d'une heure par mois au site pornographique et puis les filles 50 minutes. Tout ça pour dire que cette intervention on l'attend avec impatience.

Donc je vais laisser la parole à Sandrine Carême qui est sexologue qui va se présenter, présidente d'Istifresse et qui va intervenir en binôme avec Céline Tran qui est praticienne en hypnose spécialisée en troubles de la sexualité. A vous. Merci beaucoup, merci à toi Arnaud de nous avoir conviés à ce deuxième sommet de la santé sexuelle et bonsoir à toutes et tous. Je suis ravie d'être ici parmi vous et de présenter ce sujet. Je suis en effet formatrice, conseillère et éducatrice à la sexualité. Je m'intéresse vraiment à ce sujet de la pornographie et plus largement aussi à tout ce qui est éducation aux médias, éducation au numérique.

Et voilà le sujet, je sais tu as rappelé les chiffres de cette nouvelle et récente étude. Il y en a beaucoup mais je trouve que celle-ci est intéressante parce que les chiffres sont toujours à manier avec des pincettes. Vraiment nous évoquer à la fois la complexité en fait de ce sujet de la pornographie qui peut questionner, inquiéter que ce soit les parents, les professionnels aussi de santé sexuelle, bien sûr les professionnels du milieu scolaire et puis les spectatrices ou spectateurs en tout cas consommatrices et consommateurs aussi de pornographie. Et puis ce volet de l'intelligence artificielle qu'on a souhaité coupler à la réflexion sur la pornographie. On en parle également beaucoup depuis quelques mois avec le fameux Tchad GPT.

Donc voilà on a pas mal de choses à vous dire aujourd'hui et je suis très heureuse d'avoir Céline Tran à mes côtés qui a accepté de dialoguer avec moi sur ce sujet de la pornographie à l'ère de l'intelligence artificielle. Quel défi au pluriel peut-être même pour l'éducation à la sexualité ? Je te laisse la parole Céline. Merci, merci Sandrine. Eh bien en santé et ravie d'être parmi vous ce soir pour aborder ce sujet effectivement qui s'annonce passionnant, on est déjà dans le futur en quelque sorte, avec toutes ces projections, ces fantasmes et ces peurs, des termes qui sont aussi très présents dans la sexualité de manière générale. Pour ma part je suis praticienne en hypnose, l'hypnose ericksonienne, spécialisée dans l'accompagnement des troubles de la sexualité. Je suis également formatrice à l'école L'Arche à Paris. Je suis accompagnante, pas thérapeute, accompagnante. J'accompagne beaucoup autour des troubles de la sexualité et aussi des problématiques autour des addictions sexuelles et des abus sexuels. J'ai été formée en sexoanalyse et psychopathologie auprès d'Alain Héril, que vous connaissez probablement, et j'interviens régulièrement auprès de l'OPEN, l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique, avec Thomas Romère, pour faire des interventions auprès des éducateurs, des enseignants, autour de la prévention vis-à-vis des contenus pornographiques tout simplement.

Et auparavant, j'ai eu une carrière dans l'industrie pour adultes en tant qu'actrice, réalisatrice et productrice pendant 13 années, une carrière que j'ai quittée il y a dix ans, et qui me permet d'avoir un regard bien de terrain, on va dire, par rapport à ce domaine-là, même s'il faut reconnaître qu'il a énormément évolué depuis que j'ai arrêté, et il continue d'évoluer, et c'est la raison pour laquelle nous allons aussi en parler, parce que nous ne pouvons plus éliminer cet impact de la pornographie aujourd'hui sur une nouvelle génération.

Merci beaucoup Céline. La pornographie à l'ère de l'IA, donc de l'intelligence artificielle, est-ce le prochain défi, ou quels seraient les prochains défis pour l'éducation à la sexualité ? Sujet qu'on vous propose de partager toutes les deux. Nous avons conçu cette présentation comme un dialogue, un partage et un espace de réflexion. Ce n'est pas un cours, ce n'est pas un exposé. On s'est rendu compte en travaillant ce sujet d'ailleurs qu'il y avait peu d'éléments de recherche qui associent à la fois l'intelligence artificielle et la pornographie, sans doute parce que c'est en effet des réflexions assez récentes. Donc on vous propose de partager autour de ce sujet. Alors on vous propose d'avancer en trois temps, peut-être un premier temps qui rappellera quelques éléments quand même de contexte, quelques chiffres pour parler déjà de pornographie, même si ce n'est pas notre propos principal. On avait besoin quand même de reposer le cadre, donc déjà on vous donne quelques éléments de contexte. Déjà voilà, on partage et que j'imagine que vous partagez également. Donc on s'est rendu compte en fait ces dernières années d'une présence on va dire plus importante de la pornographie qu'on va appeler mainstream, la pornographie qu'on va trouver plus facilement sur internet, par opposition à cette pornographie éthique ou alternative qu'il est plus difficile de trouver, même si heureusement elle monte en puissance également. En tout cas cette pornographie mainstream, facilement accessible, gratuite ou en tout cas très peu chère eh bien sûr en ligne en fait. Voilà l'avènement de la pornographie aujourd'hui, c'est qu'elle est facilement accessible sur internet. Et qui dit forcément accessible dit accessible aux mineurs et c'est bien là l'un des points essentiels de notre intervention. C'est cette exposition d'un contenu qui est initialement destiné aux adultes mais qui est exposé malgré nous face aux mineurs, enfants y compris. Oui complètement en fait donc accessible à toutes et tous, même s'il y a une loi qui interdit l'accès aux moins de 18 ans, il est en effet facile en un clic en fait d'affirmer que l'on a moins de 18 ans et de pouvoir y avoir accès.

Les différentes études en fait montrent cette exposition qui peut être soit volontaire en fait, pourquoi elle est volontaire et notamment parmi les jeunes, c'est qu'on va se conformer, notamment parmi les jeunes garçons, je vous montrera quelques chiffres clés, la prévalence elle est plus importante chez les jeunes hommes que chez les jeunes femmes, se conformer en tout cas aux attentes sociales du groupe. Mais elle peut être aussi subie par les plus jeunes. En tout cas l'exposition est de plus en plus précoce et qu'on assiste en fait à des pratiques de consommation parfois intensives, en tout cas banalisées chez les jeunes, c'est notre public auquel on s'intéressera principalement aujourd'hui, mais également chez les adultes. Voilà donc des constats, plus en plus de vidéos, plus facile d'accès, on y accède de plus en plus jeunes et ils sont aussi de plus en plus nombreux à y avoir accès. Pour donner des chiffres représentatifs et qui sont relativement récents puisque tout ça est en évolution bien sûr, d'après un rapport de l'INSEE qui a été réalisé en 2021, plus de 90% des adolescents possèdent un smartphone et donc forcément une connexion internet et donc la possibilité d'être exposé à ce type de contenu, comme tu le dis, que ce soit souhaité ou non. Et puis plus de 90% des 12-24 ans se connectent tous les jours, se connecteraient tous les jours à raison de deux heures par jour en moyenne, selon une étude d'Ipsos réalisée en 2022. On a pas mal de chiffres clés, alors ce n'est pas toujours évident de se retrouver parmi les différentes études, donc on a eu en effet cette étude de l'HARCOM qui est parue récemment, il y a quelques jours, qui est intéressante, après sinon c'est des sondages, notamment des enquêtes Ipsos par exemple, sur des panels qu'on estime suffisamment représentatifs, mais pas toujours des enquêtes scientifiques. En tout cas voilà, dans les quelques chiffres clés, on avait donc dans cette étude HARCOM une augmentation en tout cas de la consultation de sites pornographiques par les mineurs, avec là en 2022, donc un chiffre récent, 2,3 millions de mineurs ayant consulté des sites pornographiques, avec une prévalence, on le disait en introduction, supérieure chez les garçons, environ 2 sur 3 qui consomment de la pornographie régulièrement, donc mensuellement, versus à peu près un tiers des filles. Et un adolescent ou une adolescente sur cinq serait concerné par un de ces risques, en fait sur internet plus globalement que la pornographie, les contacts ou un contact avec des inconnus, l'utilisation de sexting, le cyberharcèlement et donc l'usage de la pornographie. Donc concernant le lien entre pornographie, éducation et la sexualité, quelque part, on aimerait bien, en tout cas personnellement, je me permets, j'aimerais bien qu'il n'y en ait pas, en tant qu'ancienne actrice, puisque je précise qu'en tant qu'ancienne actrice, lorsque j'étais en activité, jamais je n'avais pour intention de servir de référence pour le jeune public, en aucun cas, mais il y a un constat, il y a un constat qui est celui de l'accès à internet par de jeunes utilisateurs, puisqu'ils disposent de smartphones, l'exposition à la pornographie et surtout l'utilisation de ces contenus pornographiques comme mettant des références pour leur initiation à la sexualité. Et à savoir aussi qu'on parle de diffusion qui est de plus en plus massive sur internet, mais aussi de possibilités de produire son propre contenu. Voilà, tout à fait, pour compléter en fait la facilité aussi de regarder, mais aussi de diffuser du porno et on pourrait même, on avait souligné toutes les deux avec Céline aussi, que la difficulté quand on parle d'éducation à la sexualité, d'être présent sur les réseaux sans se faire censurer, alors que la pornographie elle est peu censurée finalement sur internet et très facilement accessible. Ce qu'on avait remarqué aussi, et ça sera aussi nos propos en conclusion, c'est qu'il y a une éducation à la sexualité des adolescents, mais également une éducation aux écrans, très certainement nécessaire en fait par rapport aux parents, puisqu'il est important quand même de bien connaître l'utilisation d'internet et notamment des fameux algorithmes qui s'insinuent de manière parfois justement un peu insidieuse dans nos pratiques, et que voilà l'individualisation de l'offre elle est de plus en plus pointue grâce à ces algorithmes. Donc on commence à regarder de la pornographie et les algorithmes sur internet vont nous proposer de la pornographie en fait qui nous correspond totalement, un petit peu comme comme Netflix le fait. Le constat aussi, l'un des constats aussi, c'est il me semble qu'on ne peut plus aujourd'hui se contenter de la phrase le porno c'est pas du réel. Qu'est-ce que le réel aujourd'hui ? On va pouvoir s'y pencher plus précisément dans quelques instants sur l'utilisation d'images et sa manipulation et transformation. Qu'est-ce que le réel ? Mais surtout ça ne suffit pas tout simplement parce que la sexualité des films pornographiques reste une forme de sexualité, elle reste une représentation. Donc qu'en est-il de la prévention et des arguments qu'on peut utiliser dans l'éducation à la sexualité ? Là aussi ça nécessite d'informer les parents, d'informer les enseignants, les éducateurs, les professionnels de la santé, sur des réalités de conditions de tournage, de production de contenu, afin justement d'aller plus loin dans le discours préventif. Pour donner un exemple, on a tendance à se contenter de cet argument, pornographie n'est pas le réel, mais il y a un critère qui est rarement évoqué qui est celui de la culture. Il faut savoir que la majorité des contenus pornographiques sur internet sont produits aux États-Unis, à Los Angeles. Il y a une culture à Los Angeles qui est celle de, comment dire, du spectaculaire, qui est celle d'une expression qui va être toujours excessive et cela se reporte dans leur cinéma, pas simplement pornographie, d'ailleurs ça se reporte dans leur manière d'être et aussi dans leur représentation. Donc, d'évoquer ces codes, ces différences culturelles peuvent participer à des éléments de prévention, de rappeler que cette sexualité, c'est une sexualité peut-être qui existe effectivement dans une partie du monde, mais qui n'est pas forcément à prendre comme étant une référence dans le cadre de son intimité.

C'est juste un exemple. Tout à fait. Par rapport aux différents constats qu'on est en train de dresser sur la pornographie, je vous invite vraiment à lire ce rapport qui est sorti en début d'année, donc le rapport de l'Académie nationale de médecine, où les conséquences aussi de la pornographie sont expliquées avec une sexualité dite plus permissive, en tout cas c'est ce qu'on va constater chez les jeunes, des pratiques peut-être plus facilitées en tout cas, et puis surtout les attitudes un petit peu irréalistes en termes de recherche de performances qui sont notées. Quelques autres rappels qui nous semblaient aussi utiles. Tu le disais tout à l'heure, déjà Céline, que la pornographie n'a pas vocation à éduquer les jeunes à la sexualité, mais peut-être qu'on peut se poser comme question, mais n'est-ce pas le seul élément de réponse offert aujourd'hui aux jeunes pour montrer ce qu'est la sexualité ? La pornographie aussi n'est pas née avec Internet. Le constat que l'on dresse en revanche, c'est qu'elle est beaucoup plus facilement accessible aujourd'hui, et elle revêt maintenant la vidéo, bien sûr qui n'a rien à voir avec peut-être la littérature libertine, ou bien des peintures antiques, ou même la photographie, mais progressivement elle s'est développée jusqu'à aujourd'hui, être disponible beaucoup plus aisément sur Internet. Oui, et de rappeler aussi que si la pornographie est accusée à juste titre de véhiculer des stéréotypes sexistes, ce n'est pas elle qui l'a créé. C'est toujours un peu facile en fait d'accuser une industrie en disant que tout le mal s'y concentre, mais c'est un système qui s'alimente. Le contenu qui est produit l'est en fonction des algorithmes, des cliques, et donc des consommateurs. Donc tout ça est nourri par une demande aussi du public, et par conséquent le sexisme qui est représenté à l'image existe évidemment bien avant dans la société dans laquelle il est créé. La pornographie finalement n'est que le reflet des fantasmes, des tabous, des projections d'une société, mais il est issu de cette société. Donc quand on parle d'éducation à la sexualité, on parle aussi tout simplement d'éducation, de fondements, de valeurs, de ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Et du coup, qu'est-ce qu'on accepte de banaliser ou non ? Voilà, ce qui était important en fait pour conclure cette première partie, on va dire pour rappeler quelques constats sur la pornographie et l'éducation à la sexualité, c'est qu'on se rend compte aussi par notre pratique que des interventions sur la pornographie qui viendraient justement uniquement parler des dangers et des interdits n'ont pas du tout de portée significative. Ça peut être important en effet de souligner que c'est du cinéma, mais les jeunes le savent en fait, voilà. L'important en tout cas c'est ne pas diaboliser, mais surtout ne pas banaliser, et c'est pas toujours évident de pouvoir échanger en tout cas sur ce sujet avec les jeunes et d'être sur cette frontière en fait. Voilà, on ne banalise pas, mais on ne diabolise pas. L'anecdote avec, j'avoue c'est abusé comment ça a trop choqué la vidéo, mais enfin c'était ses parents quand même, aussi avec cette idée qu'aujourd'hui on peut soi-même mettre en ligne des vidéos. Après c'est quelques rappels sur la pornographie et l'éducation à la sexualité, passons au sujet, au cœur du sujet, sur l'intelligence artificielle et la sexualité en général. Donc peut-être quelques rappels sur qu'est-ce que c'est que l'intelligence artificielle. Alors l'intelligence artificielle c'est quoi ? En fait c'est une discipline qui va réunir science, théorie, technique, notamment bien sûr les sciences de l'informatique, et dont le but ultime, notre rêve peut-être, c'est de faire en tout cas, imiter par une machine, les capacités cognitives d'un être humain. Donc faire en sorte qu'une machine ressemble le plus possible à un être humain. C'est pas nouveau, ça a à peu près une soixantaine d'années, mais c'est vrai qu'on en reparle de plus en plus aujourd'hui, en tout cas depuis quelques mois, il y a eu le métaverse, il y a eu aussi le lancement de ChatGPT, et puis ça vient alimenter toute une série d'interprétations, d'inquiétudes, de peurs, de fantasmes.

Est-ce qu'à un moment l'intelligence artificielle va dépasser l'intelligence humaine ? Est-ce qu'on va en perdre le contrôle ? Est-ce que ça va détruire des emplois ? Voilà, en tout cas ça vient nous poser sur tous les domaines de notre société, de notre vie, de multiples questions.

Donc est-ce que l'intelligence artificielle déjà, est-ce que c'est une révolution technologique ? Et puis est-ce que, c'est le sujet qui nous intéresse, ce serait une révolution sexuelle ou érotique ? Voilà, la question est posée. Alors quand on fait le lien entre sexualité, intelligence artificielle, il y a deux termes à connaître, qui sont à distinguer, même s'il y a des passerelles entre les deux, c'est ce qu'on appelle la sex-tech et la porn-tech. Alors la sex-tech va désigner tout ce qui est justement associé à la sexualité via l'intelligence artificielle, les nouvelles technologies. C'est un marché qui est énorme et qui selon, il me semble, une étude de Forbes atteindra 122 milliards de chiffres d'affaires en 2024, si je ne me trompe pas. En tout cas, c'est un marché en pleine expansion et quand on parle de sex-tech actuellement, on parle surtout des sex-toys connectés et des applis, des applications mobiles autour de la sexualité à distance, de l'éducation à la sexualité. Il y a aussi des applications, alors applications de rencontres, applications de prévention, tout ce qui tourne autour de la sexualité et en un site de référence en France qui s'appelle sex-tech for good, qui rassemble des entrepreneurs qui ont lancé des applications autour de la sex-tech. A savoir que ce qui, à priori, comment dire, identifie, enfin désigne, à savoir que ce qui désigne la sex-tech, c'est une intention éducative, éthique, qui est là pour rassembler, pour communiquer, pour transmettre, alors que la porn-tech, elle, concerne un marché qui repose sur l'incitation à la consommation, sur évidemment le fait de susciter du désir, de l'excitation et le fait aussi d'impliquer des travailleurs et des travailleuses du sexe. Mais c'est vrai que les frontières sont minces entre les deux et que, par exemple, vous avez quelques exemples qu'on avait trouvé de sex-toy, par exemple, donc voilà, par exemple, cette autoblo par intelligence artificielle, donc voilà, une machine à fellation, on peut imaginer que c'est en effet un sex-toy qui ferait partie de la sex-tech, mais le fait de connecter, par exemple, cette machine à un écran et que sur votre écran, par exemple, vous pouvez choisir une personne, alors certainement, peut-être sous des traits très réalistes, mais qui resterait en fait une personne créée par l'intelligence artificielle, voilà, est-ce qu'on est dans l'univers de la pornographie, est-ce qu'on est encore dans la sex-tech, voilà, on est vraiment, finalement, c'est peut-être plutôt comme un continuum, sans jugement, bien sûr, de notre part, en fait, mais voilà, montrer que, en tout cas, voilà, les frontières peuvent être minces entre les deux. Il y avait également tout ce qui est robots, robots sexuels, en fait, alors on parle de robots, donc ça peut être des agents érotiques, en fait, artificiels, on verra qu'ils peuvent avoir une dimension aussi d'éducation à la sexualité, mais également, en fait, voilà, comme on connaît les poupées sexuelles, par exemple, au Japon, et c'est pas un cliché, ça existe, voilà, vraiment, elles sont utilisées, voilà, est-ce qu'on est sur un univers pornographique, est-ce qu'on est sur un univers, plutôt, de la sexualité sex-tech ?

Oui, par exemple, pour revenir aux autoblots, des sex-toys qui sont d'ailleurs extrêmement populaires en Asie et aux États-Unis, à la base, ce sont des sex-toys qui sont destinés à la masturbation masculine, donc dans une consommation, une application solitaire, mais effectivement, désormais, il existe des, comment dire, des possibilités de l'utiliser en lien avec des vidéos et où il y a une interaction entre la vidéo, ça existe depuis dix ans déjà, d'ailleurs, où la personne regarde la vidéo et, en fonction de la manière dont il va se masturber, va avoir un impact sur la vitesse de la vidéo, sur ce qui va s'y passer, donc ça peut être donc une vidéo, mais ça peut être aussi quelqu'un de réel en webcam et, comme tu disais, par extension, ça peut être aussi une représentation créée par l'intelligence artificielle. Il existe déjà des choses à ce niveau-là, mais ça reste encore minoritaire, donc c'est vrai qu'on fantasme beaucoup autour de l'intelligence artificielle, il y a beaucoup d'inquiétudes, à juste titre, sur le plan éthique, pour autant, aujourd'hui, l'état des lieux montre qu'il n'y a pas forcément encore une utilisation massive dans la sexualité des gens et, finalement, ce qui ressort surtout, pour l'instant, c'est l'exposition au contenu, ça c'est la première chose, et ensuite le rapport à l'image. On l'a vu avec le débat qui est en train de se développer autour de Nuit de journée, autour des deepfakes, voilà, ça c'est peut-être plus ce qui est actuel aujourd'hui dans les problématiques les plus importantes. Voilà, tout à fait, peut-être pour compléter, pardon sur ma slide précédente, en fait, si vous avez la curiosité d'aller regarder un petit peu toutes les applications mobiles, voilà, vous avez mis en exergue, soit en fait comme des applis de santé, alors je précise que ce n'est pas mon appli, elle n'a affiché aucune donnée, mais vous voyez qu'elle est pile sur les jours actuels, Link Your Phone, en fait, pour apprendre l'art du cunnilingus, et puis une appli aussi, voilà, Legal Fling, sur le consentement. Alors, bien sûr, des applis, bien sûr, qui peuvent être développées en France, c'est le cas de Sextech For Good ou bien à l'international. Et voilà, tu le disais très justement, Céline, et puis ça vient corroborer l'application de la règle 34, donc cette fameuse règle d'internet, je ne sais pas si vous la connaissez, donc « If it exists, there is porn of it », c'est-à-dire si ça existe, de toute façon, il y a toujours une version pornographique, associée à la règle 35, qui dit de toute façon, s'il n'y a pas encore de porno, c'est à partir de ça, ça va bientôt exister, en gros. Donc voilà, tout à fait, en fait, ce qui vient nous questionner, donc peut-être pour expliquer un petit peu la dimension, donc ChatGPT, si vous l'avez déjà testé, vous écrivez sur votre application, par exemple, vous dites « justement, je voudrais écrire un article sur pornographie et intelligence artificielle », et puis l'application va vous écrire, en fait, cet article. Par rapport aux images, en fait, vous pouvez rentrer, en fait, un texte et vous pouvez demander, en fait, à générer des images pornographiques faites à partir, en fait, de ce texte. Donc, c'est vraiment, votre imagination qui va être mise à l'image et générer, en fait, des images automatiques.

Quelques exemples, peut-être aussi un petit test, est-ce que ces images, en fait, sont produites avec l'intelligence artificielle ou pas ? J'avoue qu'elles sont quand même bluffantes de réalité, mais on est vraiment sur des images produites avec l'intelligence artificielle. La première, à gauche, vous l'avez peut-être vu sur les affichages publicitaires, en fait, c'est une publicité de la marque Undyze, qui a entièrement, en fait, mis ces publicités, là, très récemment, c'était jusqu'à début mai, avec des modèles entièrement créés par l'intelligence artificielle.

Et puis ce site Generated Photos, où vous pouvez aussi créer, en fait, des images à partir de ce que vous souhaitez, en fait, rentrer comme critères. Donc, à partir de vos fantasmes, vous pouvez créer, en tout cas, le personnage, on va dire, de vos rêves, de vos fantasmes, comme en témoigne cette jeune femme qui a été mise, comment dire, c'était pas une photographie, en fait, mais complètement montée, en fait, par l'intelligence artificielle. Donc, tu le disais, en fait, tout à fait, une confusion qui peut être accrue entre la réalité et le virtuel. Alors, c'est extrêmement réaliste, et pourtant, ce n'est pas la réalité. Et là, on va aborder le cadre éthique, en fait, les questions que ça va venir nous poser, puisque finalement, cette femme, les femmes que je vous ai montées, montrées précédemment, elles n'existent pas. Donc, est-ce qu'on peut utiliser son image librement ? La question, elle se pose avec cette femme, ça pourrait être un homme, et si je vais un petit peu plus loin, ça pourrait être un enfant. On serait bien, en effet, sur des images, l'incitation à de la pédopornographie, mais on imagine quand même quelques esprits qui pourraient penser en disant, mais après tout, je n'ai utilisé personne, en fait, ce sont juste des images qui ont été créées par l'intelligence artificielle, images qui pourraient être mises en scène de manière pornographique. Oui, et puis, on pourrait utiliser l'argument de la liberté d'expression, comme on l'utilise déjà dans la création artistique, et qui, on l'a vu à maintes reprises, est loin d'être facile à appliquer, puisque, comme tu le dis, au bout d'un moment, en fonction des représentations choisies, ça pose des questions éthiques. Bien souvent, quand il y a un critère d'humour, d'aspect grotesque, irréaliste, ça peut permettre une marge, et encore, c'est loin d'être simple, mais là, on est vraiment dans une recherche de réalisme. Ça pose aussi la question de l'identité, parce que, de toute manière, les images que tu as montrées précédemment, même si, a priori, elles ont été générées de toute pièce par une intelligence artificielle, rien ne nous dit qu'il n'y a pas, quelque part sur cette planète, quelqu'un qui ressemble énormément à l'une de ces femmes.

Ça peut être le montage d'un visage déjà existant, et c'est le cas qu'on a vu dans le revenge porn, où le deepfake, c'est de permettre de faire un photomontage tellement réaliste qu'on ne s'en rend même plus compte que c'est un montage d'une personne qui n'était pas dans cette situation, par exemple, pornographique, et dont on a associé le visage à un corps qui n'est pas le sien. – Et dans ce cas-là, ça pourrait être perçu comme une forme de harcèlement, une forme de vol de l'image, vol de l'identité, atteinte à la vie privée, en effectuant ce type de détournement. – On avait identifié, bien sûr, le risque de recommandations accrue, donc ça risque de générer de plus en plus de consommation, j'ai pas mis le mot addiction, mais on pourrait peut-être le mettre également, avec des vidéos qui vont coller de plus en plus au goût de l'utilisateur ou de l'utilisatrice, c'est déjà le cas, bien sûr, sur les grands sites pornographiques. Les erreurs aussi possibles, en fait, donc il y en a une récemment, peut-être avez-vous entendu parler du chatbot mis en place par Snapchat ? Bon, depuis, évidemment, ils ont fait machine arrière, ils se sont améliorés, mais voilà, une journaliste avait testé ce chatbot en expliquant qu'elle préparait une rencontre avec un homme de 30 ans, et puis le chatbot l'a encouragé à se préparer, etc., pour aller à ce rendez-vous, et il s'avérait que dans son profil, elle avait 13 ans, donc voilà, incitation d'une mineure à faire une rencontre avec une personne beaucoup plus âgée qu'elle. Snapchat a expliqué qu'ils ne pouvaient pas encore avoir intégré toutes ces données, mais on voit le risque, en tout cas, de ce chatbot, et puis l'imagination aussi, j'allais dire nos limites, puisque même s'il y a des règles, en tout cas sur Internet, on a vu très rapidement cette application, par exemple, Deep Nude, donc comment utiliser l'intelligence artificielle pour modifier des images de femmes, donc elles sont vêtues, et en fait, grâce à cette application, on peut en fait dénuder ces femmes. On a souvent reproché à la pornographie de faire l'apologie des corps parfaits ou l'apologie de la chirurgie esthétique, mais connaît-il des images issues de l'intelligence artificielle qui seraient des représentations de corps qui n'ont plus rien à voir avec des proportions humaines, avec un grain de peau parfait, avec des proportions, des mensurations qui seraient justement en correspondance avec les fantasmes ? Alors, en même temps, ça reste un outil, cet aspect-là, on le voit déjà dans le dessin, dans la bande dessinée. Après tout, on n'a pas attendu l'intelligence artificielle pour avoir des représentations de corps et de sexualité qui soient excessives, mais la question qu'on se pose, puisque là, on ne fait que finalement que se poser des questions, c'est dans quelle mesure cela peut impacter les spectateurs quand on mêle des représentations complètement, comment dire, excessives, mais à travers des images qui soient très réalistes ? Oui, complètement, et puis ce risque que l'on avait vu de la déconnexion entre vraiment le monde virtuel et puis la réalité, et puis avec qui est-on quand on est dans un monde d'intelligence artificielle ? Est-ce que je suis vraiment en connexion avec d'autres ou est-ce que je suis avec moi-même ? C'est-à-dire que je crée des personnages tellement parfaits qui vont m'accompagner sans aspérité, et je m'éloigne de plus en plus peut-être du monde réel, et puis de la possibilité d'une relation ou d'une sexualité, en tout cas plus réelle, et quand elle est la réalité, on le sait, c'est un peu plus risqué, évidemment, ça demande de l'engagement, alors que la sexualité peut être, sur internet en fait, elle peut être une sexualité davantage de consommation et non de relation. Oui, comme le montre très bien le film Her, avec Joaquin Phoenix, qui montre à quel point une illusion parfaitement paramétrée peut avoir évidemment ses avantages, peut avoir probablement un effet thérapeutique éducatif, mais jusqu'où cette illusion peut aussi être aidante dans la mesure où elle peut isoler le consommateur, en sachant que ce constat, on le fait déjà dans le cadre de nos séances vis-à-vis de consommateurs qui souffrent dans le cadre d'addiction et de consommation de films X, qui deviennent en fait le cœur de leur sexualité. Bien sûr, on parle d'une minorité du public, mais ça existe, donc qu'en est-il en fait des spectateurs qui auront déjà une fragilité au départ et qui seront face à cette possibilité de se construire une sexualité totalement virtuelle et idéale ? Et qu'en est-il du rapport au réel, et comme tu dis, de la possibilité de s'impliquer dans des relations amoureuses ou sexuelles avec d'autres êtres humains ? C'est une grande question, et puis peut-être pour faire écho à ce qu'on se disait tout à l'heure, la pornographie qui véhiculait des stéréotypes de genre, peut-être rappeler aussi que l'intelligence artificielle, ce n'est pas quelque chose de totalement objectif, parce qu'on se dit, tiens, c'est une machine, donc finalement ça devrait être objectif, ne pas forcément avoir le sexe, la couleur de peau, le handicap, mais on sait très bien que derrière l'intelligence artificielle, il y a des personnes. Le codage, en fait, il se fait bien par des êtres humains, et le programme prend vie.

En fait, il y a des hommes et des femmes, et je ferais juste peut-être un petit aparté, mais de dire qu'il y a surtout beaucoup d'hommes et beaucoup moins de femmes, parce qu'on est quand même dans l'univers de la tech, l'univers du numérique, du digital, les femmes sont quand même aujourd'hui sous-représentées. Donc voilà, peut-être que ça peut être une question également des biais sexistes qui sont générés aussi dans le monde de l'intelligence artificielle. D'ailleurs, en faisant mes petites recherches de photos, j'ai trouvé beaucoup plus de photos de femmes, et correspondant en plus aux stéréotypes de genre que l'on peut avoir, que des photos d'hommes créés par l'intelligence artificielle. Rappelons que la pornographie actuelle qui est tant dénoncée dans ces représentations violentes et sexistes est le résultat des algorithmes. C'est déjà le cas, donc la prochaine étape, ce sera probablement une prolongation de ça, si en tout cas il n'y a pour contrebalancer. Mais il y a quand même, il y a beaucoup de questionnements et d'inquiétudes, et ce sont des inquiétudes nécessaires, puisque c'est aussi en se questionnant qu'on va pouvoir probablement poser un cadre. Mais il y a aussi des avantages là-dedans. Personnellement, je me permets d'intervenir par rapport à ça, puisque c'est la raison pour laquelle nous collaborons dans cette présentation. C'est aussi que j'amène mon expérience en tant qu'ancienne actrice. Ce qui me fait réagir par rapport à ça, c'est le fait qu'il n'y ait plus ce débat autour de l'exploitation des corps, autour de l'exploitation des hommes, des femmes, des travailleurs du sexe, puisque c'est souvent un problème éthique qui est soulevé, comme quoi les travailleurs, travailleuses du sexe sont exploités, sont mal considérés, comme quoi c'est un travail qui est avidissant, aliénant. À partir du moment où on serait dans du contenu qui mettrait en scène des personnages uniquement générés par l'intelligence artificielle, il n'y aurait plus ce questionnement-là.

Et puis tout ce qu'on vient de voir auparavant, que ce soit la réalité virtuelle ou les fameux robots, pourquoi pas aussi s'en servir à contrario, c'est-à-dire développer par exemple l'apprentissage de la sexualité, apprendre le consentement par exemple, on pourrait le tester en fait avec ces fameux e-robots, avoir une éducation à la sexualité plus interactive, parce qu'aujourd'hui on a beau intervenir en éducation à la sexualité, c'est très compliqué parce qu'on est sur une relation de corps en fait, or on ne peut pas tout montrer, on peut dire, on peut parler, mais on ne peut pas montrer. Or c'est pour ça en fait que des jeunes vont chercher des réponses par la pornographie sur internet, parce qu'il y a une vraie représentation concrète. Peut-être en effet que par l'intelligence artificielle, que ce soit par des images, par des vidéos, mais également en fait pourquoi pas peut-être en effet des robots, par la réalité virtuelle, de pouvoir mieux comprendre et apprendre également comment en fait aussi, ça peut être pourquoi pas, traiter des dysfonctions sexuelles par la réalité virtuelle. Je pense qu'il y a encore beaucoup d'inconnus aujourd'hui, on sent poindre évidemment des avantages et on espère que même les avantages de l'intelligence artificielle seront supérieurs en tout cas aux risques en fait que l'on prendrait, et de même qu'on peut aussi utiliser davantage l'intelligence artificielle pour identifier aussi ces contenus illégaux, signaler des cas etc aux différentes autorités par des algorithmes de plus en plus fins. Donc en tout cas on a vu dans nos débats qu'on pouvait avoir des grands bénéfices en tout cas à développer l'intelligence artificielle et qu'il ne faut pas le voir que du côté négatif.

Oui, la possibilité de filtrer, modérer et censurer est un outil extrêmement puissant qui ne pourrait être effectué à échelle humaine, de manière on va dire manuelle, entre guillemets. Donc là on a effectivement quelque chose qui pourrait vraiment participer en fait à réaliser une éducation à la sexualité plus cadrée, plus contrôlée et à éviter la diffusion de contenus déviants. Reste à savoir encore une fois comment cet outil va être utilisé et selon quelle loi, selon quel cadre, puisqu'aujourd'hui en l'occurrence malgré les lois, malgré des lois qui sont énoncées, on constate qu'elles ne sont pas pour autant respectées.

C'est très complexe, on aura très peu de réponses parce que réguler internet c'est extrêmement compliqué. Donc si on ne peut pas réguler internet, que fait-on ? On peut peut-être agir par l'éducation à la sexualité et ce sera ce qu'on fait finalement aujourd'hui.

On a posé comme question au tout début de la présentation, quel défi aujourd'hui pour l'éducation à la sexualité ? On insistera sur évidemment, c'est une préconisation qu'on a depuis longtemps, ne pas déconnecter l'éducation à la sexualité de l'éducation aux médias, aux usages du numérique, de l'égalité. Arrêtons ce fonctionnement en silo où on fait de la prévention sur tous les aspects alors qu'en fait peut-être c'est une démarche beaucoup plus globale de prévention. Pour moi éduquer au partage de contenu sur internet, à tout ce qui est propriété de l'image aussi, qu'est-ce que je montre de moi en fait sur les réseaux, ça fait partie de l'éducation en général et ça sert évidemment l'éducation à la sexualité. Ça doit être intégré de manière plus large aussi au fameux développement des compétences psychosociales, l'esprit critique, comment le développer et puis bien sûr la question éthique. On ne pourra jamais se couper dès qu'on aborde en tout cas le numérique, l'intelligence artificielle, c'est comment je questionne mes actions, je questionne mes actes et donc je développe ce sens on va dire éthique et critique chez les jeunes. Cela nécessite énormément de vigilance, de curiosité, de mise à jour du côté des adultes, parents comme enseignants, comme professionnels de la santé, même si cela peut paraître sans intérêt, en tant qu'adultes on est obligé de se pencher sur qu'est-ce que c'est que TikTok, que Snapchat, pour connaître en fait les outils utilisés par cette nouvelle génération qui est ultra connectée et qui se retrouve beaucoup plus réactif et informé que nous. Donc si on veut garder notre statut d'accompagnant, de référent, de conseiller, il faut être en mesure d'avoir une longueur d'avance. C'est compliqué parce que la longueur d'avance désormais est donnée par la nouvelle génération. C'est rarement nous qui l'avons mais en tout cas c'est difficile de parler de ce qu'on ne connaît pas. Donc c'est très important en effet de former aussi les parents à toutes ces questions de l'éducation aux médias et aux numériques. En tout cas l'esprit critique, amener l'enfant, l'adolescent à se questionner est probablement l'une des règles les plus importantes concernant l'éducation et concernant la prévention. On l'a dit au début, diaboliser ou se compter de ce n'est pas la réalité ne peut suffire. Aujourd'hui c'est quelque chose qui est beaucoup trop présent pour qu'on puisse rester dans le déni. Qu'est-ce qu'on fait de ça ?

Et je rajouterai aussi, c'était d'ailleurs affiché, l'importance aussi du corps, de le ramener au corps. Quand on parle d'addiction, d'influence vis-à-vis des contenus pornographiques, il y a déjà le rapport aux écrans et donc le rapport au virtuel, toute cette sphère où le corps a tendance à être mis de côté. Donc éduquer à la sexualité, c'est aussi parallèlement à l'esprit critique, c'est aussi encourager l'enfant, l'adolescent, l'adulte à être en présence dans son corps, à développer son identité de soi, puisque c'est cela aussi qui lui permettra de se reconstruire et d'exprimer son consentement. Comment exprimer son consentement quand on n'est pas en mesure d'identifier son ressenti, son rapport au monde à travers son corps ? Donc là, je me permets de déborder, mais je l'évoque aussi parce qu'il me semble que c'est fondamental. On peut être effrayé par l'avènement de l'intelligence artificielle, mais finalement il me semble qu'il y a beaucoup de choses qui sont en train de s'investir sur les fondamentaux qui sont toujours les mêmes.

Oui, complètement. Et donc, comme on parle beaucoup de sexualité positive, en tout cas la prise de conscience par rapport à son corps et de savoir exister en dehors de cette fameuse identité digitale, qui a pris beaucoup beaucoup de place et qui continuera d'exister, on le sait, mais en tout cas de ramener aussi au corps et puis la place aussi de l'imagination, en fait, qui nous paraît aussi importante, très importante en matière de sexualité. C'est pour ça que je disais l'AI plutôt que l'IA, l'art de l'imagination, je ne sais pas comment l'appeler, mais en tout cas de redonner de la place aussi à cette imagination, pour alimenter aussi son imaginaire érotique et ne pas se laisser cet imaginaire érotique qu'il soit uniquement alimenté par des images en fait issues de l'intelligence artificielle et d'Internet. Et la place pour le risque, la place pour le risque et pour l'acceptation de ne pas tout contrôler ? Là, je m'adresse plus spécifiquement aux collègues accompagnants, sexologues, tout professionnels, mais c'est souvent ce qui peut ressortir dans le cadre des séances. Les personnes qui sont accros au contenu lié à la pornographie ou accros aussi aux escortes sont souvent dans cette phobie sociale, cette phobie de la prise de risque, la phobie de l'abandon, la peur de l'abandon étant présente finalement chez tout être humain, à des niveaux plus ou moins élevés. Mais plus on sera même à accompagner ces peurs-là et plus a priori ces personnes qui consultent pourront développer une autonomie par rapport à l'intelligence artificielle. C'est en tout cas ma croyance.

Complètement, et justement développer cette fameuse esprit critique. L'idée ce n'est pas de s'en défaire complètement, mais c'est de savoir en tout cas s'ajuster à la juste mesure. En conclusion, cette fameuse question éthique nous paraît centrale. Une question aussi de responsabilité, responsabilité que nous on peut avoir en tant qu'éducateurs ou en tant que parents ou adultes, mais responsabilité aussi qu'on inclut en tout cas aux jeunes. Et puis une question aussi d'empowerment, c'est-à-dire aujourd'hui il y a en effet l'intelligence artificielle, elle est présente. Attention, ça ne reste qu'un outil. On a beaucoup fantasmé, on a beaucoup de peur autour de ça. Ce n'est pas l'intelligence artificielle qui va dominer seul le monde. C'est bien nous qui faisons de cet outil ce qu'on en veut. Donc on a encore cette capacité et on a aussi cette responsabilité. On maîtrise en tout cas cette intelligence artificielle. Et pour nous, notre conclusion, ça a été de se dire que ça peut être un outil hyper important, hyper puissant au service de la santé sexuelle, au service de l'éducation à la sexualité. A mon avis, on n'en est qu'à 1% de ce qu'on peut faire. Il y a tout à imaginer. Ou bien on laisse l'intelligence artificielle prendre le pas sur, malheureusement, tous les risques qu'on a cités tout à l'heure.

Et on a vraiment en tout cas la possibilité aussi de maîtriser nos fameux algorithmes. C'est toujours intéressant d'avoir des recommandations en termes de lecture ou de vidéos, mais on peut aussi maîtriser ces algorithmes. Tout à l'heure, je vous ai cité les règles 34 et 35, mais il y en a une autre, je trouve extrêmement intéressante, qui est créativité illimitée. Donc tout est possible avec une conscience responsable. Et je crois que c'est cette idée aussi de conscience responsable qui est extrêmement importante dans la question que l'on vient de traiter sur l'éducation à la sexualité. Céline, peut-être un mot ? Non, je ne rajoute rien, parce que je ne vais faire que répéter.

Je pense que ce terme de... Il y a deux mots qui ressortent et qui sont en lien. C'est la liberté individuelle, mais avec cette liberté, cette responsabilité qui nous concerne tous et toutes, chacun et chacune, non pas seulement en tant que professionnels, mais aussi en tant que parents, en tant qu'adultes, à nous aussi de nous questionner sur notre rapport à ça, en fait, dans quelle mesure nous aussi nous participons aux algorithmes. C'est une interrogation, c'est une prise de conscience à avoir à titre individuel, avant même de se tourner vers les autres. Il me semble important de se tourner vers nous-mêmes, déjà en tant qu'êtres humains. Oui, tout à fait. Merci beaucoup Sandrine et Céline pour cet état des lieux sur la pornographie qui était vraiment passionnant. Et puis surtout, merci d'avoir mis en lumière tous ces nouveaux outils qui sont extrêmement puissants, qui seront bien évidemment, comme vous l'avez dit, à 100% sûrs et certains, utilisés déjà, comme les hommes l'ont toujours fait depuis toujours, pour créer des contenus à viser les catharsis.

Mais ça, ça a toujours existé, les fantasmes et tout ça. Mais j'ai trouvé super intéressant effectivement la partie où vous parliez des possibilités aussi, vu que c'est des outils qui sont très puissants, on peut les utiliser aussi pour filtrer, pour aider à améliorer effectivement la distribution de ce contenu. Donc je pense que peut-être qu'il faudra aussi que les professionnels de la santé sexuelle s'emparent aussi de ces outils. Et puis peut-être qu'il faudra aussi, à un moment donné, que les distributeurs de contenus, pas forcément de contenus pornographiques, mais en tout cas même de contenus pornographiques, devraient peut-être s'entourer aussi de spécialistes du développement psychosexuel, afin de pouvoir proposer des contenus qui vont être plus adaptés aux différents profils de visiteurs. En tout cas voilà, merci beaucoup du temps que vous avez passé pour préparer cette intervention, merci de votre temps pendant le sommet, c'était vraiment super. Et donc je vous souhaite une bonne soirée, bonne soirée à tout le monde. On va prendre peut-être encore une minute pour répondre aux questions dans le chat, mais on va vite laisser la parole aux prochains intervenants. Donc je vous souhaite une bonne soirée et encore merci. Merci beaucoup, en tout cas merci pour votre attention. J'espère que ce petit dialogue autour des questions que pose l'intelligence artificielle aujourd'hui en matière de sexualité, de pornographie et d'éducation à la sexualité aura au moins lancé quelques pistes de réflexion. Merci à vous et puis bonne fin de sommet de la santé sexuelle avec les jours qui suivront. Merci. Merci.