Bonjour à tous, et merci d'être si nombreux à cette deuxième édition du Sommet de la santé sexuelle,
qui a lieu à l'occasion de la semaine de prévention de la santé sexuelle en partenariat avec la CPTS du
Mont-Blanc et Sexoblogue.fr. L'intervention que nous allons faire à présent va être faite par Aline
Alzettataton, qui est psychologue et thérapeute de couple à Neuchâtel et à Lausanne, en Suisse,
formée au Québec ainsi qu'à Paris, à la Sorbonne. Elle est spécialisée dans la question de la
visibilité trans, fondatrice du refuge Neuchâtel et militante depuis des années à la reconnaissance
des droits des personnes trans et à leur visibilité dans la sphère publique. Alors, bonjour Aline.
Bonjour Arnaud, bonjour tout le monde, merci d'être là.
Bon ben écoute, je suis vraiment ravi de t'accueillir à ce sommet et je vais te laisser faire ta
présentation, ça va être passionnant. Alors je vais partager mon écran, voilà. Ok, donc voilà,
comme Arnaud m'a présenté, Aline Alzettataton, psychosexologue, thérapeute de couple et spécialiste
des questions trans. J'ai écrit un livre qui s'appelle « Transidentité, les clés pour
comprendre ». Aujourd'hui, je vais tenter, dans un minimum de temps, de vous expliquer un petit
peu comment se passe un accompagnement et puis aussi quels sont les enjeux des questions trans.
Je pense que c'est important qu'on revienne un peu sur les définitions. Donc, qu'est-ce que sont
les transidentités ? Les transidentités, donc, font partie d'une catégorie dans laquelle une
personne trans, donc vous voyez, j'ai mis la petite astérisque, et qui englobe en fait les
personnes trans et non-binaires. Donc une personne trans, c'est une personne qui ne s'identifie pas au
genre qui lui a été assigné et qui, par opposition, n'est pas une personne cisgenre. Donc une personne
cisgenre, c'est une personne qui est née dans un corps avec lequel on a regardé ses organes
génitaux à sa naissance, on a identifié une vulve ou un pénis, on a assigné fille ou garçon, et si
la personne se ressent comme étant une fille ou un garçon par rapport à son assignation, on dit
d'elle qu'elle est une personne cisgenre. Alors le premier défi qu'on rencontre ici, c'est surtout
de pouvoir laisser la personne s'autodéterminer. Donc on peut poser un diagnostic, un diagnostic
en général d'incongruence de genre, on essaye d'éviter de parler de dysphorie de genre, on va
en parler un petit peu plus tard pourquoi, mais le diagnostic est ok, la personne souffre bien
d'une incongruence de genre, mais ce n'est pas le professionnel ou la professionnelle de la santé
qui peut déterminer si la personne est trans ou pas. Ça c'est clairement de l'autodétermination.
Ensuite, voilà, donc je vous expliquais tout à l'heure avec l'astérisque, donc c'est un peu un
terme parapluie qui englobe les personnes transgenres, les personnes non-binaires. Sous
le non-binaire, on a encore quelques sous-catégories qui pourraient regrouper la fluidité de genre à
genre, etc. On ne va pas se pencher là-dessus parce qu'il y a énormément de dénominations. Il faut
savoir aussi que le vocabulaire change, c'est un vocabulaire qui est très fluide justement aussi,
et la détermination d'une condition est soumise à beaucoup de changements. Ensuite, voilà,
on parle donc de l'incongruence de genre qui est un état, donc je me sens en inadéquation avec le
genre qui m'a été assigné à la naissance, néanmoins je peux ou pas en souffrir, et dans ce cas,
on parle de dysphorie de genre parce que la personne est en état de souffrance. C'est
important de vraiment reconnaître les deux modalités puisque toutes les personnes trans
ne vont pas forcément souffrir de dysphorie de genre et donc ne vont pas forcément se retrouver
dans un parcours de transition classique ou binaire. Donc voilà, on vient en transition,
donc c'est un parcours unique qui est choisi par la personne, donc la personne ne choisit pas
d'être une personne trans. En revanche, elle choisit d'apporter des changements ou pas à
cette condition, et l'idée ce n'est pas d'atteindre un point que la société aura décidé, c'est un
point qui est une atteinte de point de confort et non d'un standard médical ou sociétal, ce qui
comporterait beaucoup de risques, notamment du fait que la personne ne se sente pas à l'aise dans sa
transition et regrette un certain nombre d'éléments. Transidentité, donc c'est toutes
les identités qui ne sont pas cisgenres, donc ça c'est le plus grand terme parapluie. Les enjeux
qui sont dans le T, donc dans l'acronyme LGBTQ, et bien c'est que le reste, lesbiennes, gays,
bisexuelles, intersexuées et queers, présentent plus des orientations sexuelles que des identités
de genre. Souvent, en tout cas dans ma pratique, je rencontre une grande confusion, même des
professionnels, et puis des amalgames, donc forcément je suis une personne trans, je suis
une personne ou homosexuelle ou etc. Et puis les luttes sont différentes et la compréhension aussi
est très différente. La réalité actuelle, il me semblait important de vraiment pouvoir avoir une
photo un petit peu de ce qui se passe. Vous verrez que j'ai pas mal de références suisses, je suis
suisse, mais surtout il manque cruellement d'études sur la question, et puis c'est aussi ce qui pose
un problème par rapport aux appropriations de cette thématique par des personnes qui prônent
une idéologie plutôt que des consensus scientifiques. Donc là, on est à 0,33% de la population qui se
dit personne non cisgenre, donc ça vient du recensement canadien qui a été fait en 2021. Ce sont
des personnes de plus de 15 ans. C'est le premier recensement mondial qui permet en fait de
s'autodéterminer sur un document en tant que personne non cisgenre. Donc c'est intéressant parce
que ce 0,33% correspond à peu près à toutes les statistiques qui ont été faites jusqu'à
présent. On oscille parfois avec du 0,5, mais ça reste plus ou moins moins de 1% de la population.
Ensuite, on a 0,6% de regrets pour les femmes après une chirurgie d'affirmation de genre,
contre 0,3% chez les hommes, et puis on voit que c'est une étude qui a été menée à Amsterdam
c'est une étude longitudinale, et qui démontre en réalité que la souffrance du regret provient
surtout du manque de soutien social, ça c'est un des premiers éléments, d'une complication ou
deux complications en lien avec la chirurgie, et puis aussi d'une transition tardive après
un certain âge. Donc ça ce sont les pourcentages de regrets après une chirurgie d'affirmation de
genre. On a 0,6% entre 0,6% et 2% de détransition, donc ça c'est une étude qui a été menée en 2022,
ça me semble important qu'on en parle, surtout qu'aujourd'hui il y a une médiatisation de ce
phénomène, et qui rend un petit peu frileux et frileuse le professionnel de santé, mais on va
en rediscuter plus tard. Les personnes trans sont 5 à 7 fois plus à risque de suicide que les
personnes ciselantes, donc c'est énorme. On remarque un pic de suicidalité juste après un coming out,
c'est principalement le fait que la personne, bien qu'elle ait élaboré tous les scénarios
possibles dans sa tête et imaginé ce qui pouvait être possible après un coming out,
la confrontation directe à la réalité peut être beaucoup plus difficile, elle peut cruellement
manquer de soutien et de tolérance, et ce qui fait qu'elle trouve dans la mort une issue la plus
facile. Maintenant on sait aussi que ce pic de suicidalité peut retomber à quasi zéro si la
personne a un soutien, quel qu'il soit, mais un soutien social. On compte en Suisse à peu près
deux ans pour qu'une personne puisse avoir accès aux hormones, donc ça c'est une étude qui a été
faite tout récemment, en 2023. L'étude Crisali dans 2019 a démontré que 20% des personnes trans
et non-binaires renoncent aux soins par peur de la discrimination face à leur identité de genre,
ça nous concerne tout particulièrement, ça concerne les professionnels de la santé,
et lors de cette étude que vous pouvez retrouver facilement, les personnes expliquent avoir été
plutôt confrontées à des questions qui n'avaient rien à voir avec la problématique pour laquelle
elles venaient consulter, qu'elles se retrouvaient à devoir se justifier quant à leurs conditions de
vie, donc ça c'est un phénomène récurrent, moi je le rencontre beaucoup dans les groupes de
parole pour les personnes trans, et puis surtout à devoir se justifier, aussi à devoir être et
devenir le ou la pédagogue du professionnel de la santé, donc ça c'est absolument pas possible. Nous,
en tant que professionnels de la santé, on se doit de se former par d'autres biais que par le
biais de nos patients, ça semble assez logique, mais malheureusement c'est un fait, et ça fait
quand même 20% de personnes qui renoncent à l'accès aux soins, on sait aussi que le sentiment de
discrimination retarde les soins, et puis après il y a aussi une question d'adhérence aux soins,
ça qui est encore importante. 75% disent avoir été mal à l'aise avec un médecin à cause de leur
identité de genre, vous voyez dans la plupart des gens qui ont quand même réussi à consulter,
on a quand même une plus grande part qui est mal à l'aise à cause de l'identité de genre. 51% vivent
de la discrimination sur le lieu de travail, contre 23,8 pour les personnes cisgenres,
51,1 à l'école contre 20% pour les personnes cisgenres, donc les écarts sont quand même
assez importants. Les difficultés que les personnes trans rencontrent sont dans différents
niveaux, on retrouve évidemment la famille qui est le lieu de vie, si les personnes sont encore
dépendantes des parents, alors les questions financières et d'indépendance se posent,
et puis les différentes difficultés au niveau de la société, c'est la reconnaissance,
on a peu de reconnaissance lorsqu'on est une personne trans, où est-ce que je vais si je
suis dans des vestiaires hommes, femmes, est-ce que je dois forcément cocher la case M ou deux M,
E, c'est très compliqué aussi au niveau de la société de pouvoir commencer, d'explorer,
on verra tout à l'heure l'exploration. Du côté de l'approche transaffirmative qui permet
l'exploration, c'est très compliqué de vivre une exploration dans la société,
et au niveau administratif quand les papiers, les documents d'identité, par exemple,
ne sont pas en adéquation. Le côté médical, évidemment on doit pouvoir avoir accès à des
soins facilement, mais le fait d'être une personne trans et de devoir expliquer qu'on
est en exploration, qu'on est dans un parcours de transition, ce sont des difficultés que les
personnes rencontrent au quotidien. Qu'est-ce qui se passe ? Lorsqu'un parcours de transition
classique qui répond aux exigences médicales, donc un parcours dans lequel la personne aura
envie d'avoir une hormonothérapie, voire des chirurgies, elle va devoir répondre à tout un
tas d'exigences du ou de la professionnelle pour obtenir les soins, et ça c'est extrêmement
compliqué puisqu'on sait que les professionnels ne sont pas immunisés contre les stéréotypes de
genre. Il est arrivé que certains de mes patients et certaines de mes patientes me disent avoir
rencontré un ou une professionnelle, leur demander oui mais c'est pas possible, si vous
voulez être un homme, eh bien il faut arrêter de mettre du vernis à ongles. Donc c'est très
compliqué quand les personnes trans rencontrent des professionnels de ce type, de pouvoir se
sentir libre, d'explorer le genre, et puis en même temps de pouvoir avoir droit et accès à des soins,
à une hormonothérapie. Donc ce qui se passe c'est que beaucoup s'automédiquent, et ça ça devient
dangereux, ça devient problématique, puisque on connaît tous les dangers de l'automédication,
mais en l'occurrence de trouver des oestrogènes c'est pas très compliqué, de trouver de la
progestérone c'est pas très compliqué, c'est beaucoup les femmes trans qui s'automédiquent
parce qu'elles ne sont pas satisfaites des résultats, et c'est vrai qu'en toute honnêteté les
standards aujourd'hui parlent de certains dosages d'oestrogène. Il faut savoir que la médication
hormonale pour une transition c'est la même qui est donnée aux femmes ménopausées, donc on n'a
pas forcément des dosages qui correspondent à des femmes transgenres, mais à des femmes cisgenres.
Une femme qui est trans et qui souhaite faire une transition, elle devrait pouvoir être dosée
selon les effets qu'elle souhaite, avec évidemment toute la prudence médicale qu'il faut derrière,
mais elles sont souvent insatisfaites des dosages et des effets, et c'est pour cette
raison qu'elles préfèrent l'automédication. Ensuite, le ou la professionnel n'est pas
toujours formé à la thématique, ce qui complique aussi les échanges entre la personne concernée et
le ou la professionnelle, puisque si la personne concernée doit à tout moment expliquer, justifier
qu'est-ce qui se passe, eh bien c'est une perte de temps, mais c'est aussi une charge mentale pour
elle. Il faut savoir que les délais sont longs, on l'a vu en tout cas pour la Suisse qu'il fallait
deux ans pour qu'une personne puisse avoir accès à une hormonothérapie. Maintenant en France,
je ne connais pas les délais, mais je pense qu'ils doivent aussi être très longs
au vu du peu de professionnels de la santé qui s'occupent et qui traitent les personnes trans,
les délais sont très longs. Qu'est-ce que ça fait ? Ça augmente les co-occurrences, particulièrement
celles qui sont de l'ordre des états dépressifs ou parfois des addictions ou des comportements
à risque, ordaliques, etc. Les traitements hormonaux ont un impact, un effet sur la libido,
sur l'humeur, donc pour que les personnes puissent s'adapter physiquement, psychologiquement,
il faut un certain temps et ce n'est pas toujours évident, particulièrement celles qui ont encore
une vie sexuelle. Alors tout le monde n'a pas toujours une vie sexuelle parce que certaines
personnes souffrent de dysphorie et donc c'est très compliqué pour elles d'avoir une vie sexuelle,
on va revenir là-dessus, mais pour celles qui ont une vie sexuelle, la libido est souvent
chamboulée. Plus facilement chez les femmes trans puisque chez les hommes trans, on injecte de la
testostérone qui élève en général la libido. Les difficultés aussi sont d'ordre intersectionnel,
puisqu'on peut être une personne trans et racisée, on peut être une personne trans et religieuse,
on peut être une personne trans avec un facteur supplémentaire d'oppression et donc qui renforce
les discriminations. Donc sexualité, la masturbation quand c'est possible, elle peut être très
compliquée, elle peut même se faire plus facilement avec des objets ou en tout cas sans avoir
accès directement à la génitalité puisque si la personne souffre de dysphorie, son sexe
devient perturbateur, devient un membre physique de reviviscence traumatique. Dans les fantasmes,
les fantasmes peuvent être très orientés sur la projection de ce que la personne souhaite ou alors
l'inverse parce que justement c'est trop difficile d'avoir une sexualité qui finalement montre que
la personne n'est pas entre guillemets complète, en tout cas ne se sent pas complète. Les problèmes
de consentement sont aussi assez récurrents chez les personnes trans puisque les changements qui
s'opèrent dans leur corps les amènent à avoir une difficulté à savoir si elles aiment une chose ou
pas dans la sexualité, donc à chaque fois c'est une exploration qui est nécessaire et puis c'est un
consentement qui doit être à nouveau et à chaque fois réajusté, ce qui peut sembler aussi difficile
parce qu'à chaque fois avec un ou plusieurs partenaires ou si les personnes changent de
partenaires ou parfois un petit peu une lassitude de devoir expliquer et bien ça c'est quelque chose
qui est difficile pour moi, c'est une pratique difficile parce que je suis une personne trans
donc on voit aussi que le consentement est très difficile, en tout cas l'obtention du consentement
et la nature même de ce que signifie le consentement peut être un peu compliquée. Les
changements physiques et psychiques, donc on l'a dit avant, l'effet des hormones sur la libido et
le sexe, il y a des changements physiologiques puisqu'on voit que le clitoris chez une personne
qui prend de la testostérone va grandir et donc va aussi avoir des sensations différentes. Au début
c'est souvent un peu inconfortable voire piquant et puis la personne doit se réadapter à cette
nouvelle sexualité. On voit que chez les femmes trans, donc les femmes qui ont un pénis ou les
personnes qui possèdent un pénis, les effets des hormones particulièrement lorsqu'elles sont
alors on donne plus d'endrocures à cause des risques de méningiome, mais quand elles sont
sous analogue de GnRH, donc de bloqueurs de puberté, il peut y avoir pour certains
certains bloqueurs, il peut y avoir des effets qui sont très compliqués puisque la libido baisse
drastiquement et puis les problèmes d'érection surviennent souvent assez rapidement. Parfois il
faut changer d'analogue de GnRH et puis voir ce qui est possible, mais en tout cas vraiment bien
écouter la patiente pour qu'elle puisse retrouver facilement une sexualité qui soit épanouissante.
Donc après, personnellement moi j'invite aussi souvent les ou la ou les partenaires parce que
je pense que c'est aussi important que les personnes qui ont des relations affectives et
sexuelles avec les personnes trans puissent comprendre sans que ce soit toujours à la
personne concernée d'expliquer. Parfois elle-même ne le sait pas qu'est-ce qui se passe dans son
corps et qu'est-ce qui peut se passer au niveau psychique, donc d'avoir le ou la professionnelle
qui vient expliquer, donner des outils, aider, écouter, puisque pour les partenaires c'est pas
plus toujours évident de devoir s'ajuster systématiquement à un corps qui change,
à des humeurs qui changent et de comprendre tout ça et de s'adapter, c'est pas toujours évident.
Donc j'invite très volontiers les partenaires, une, deux, voire plusieurs fois si nécessaire.
C'est une population fragilisée, donc évidemment MST, IST, donc ça on est plutôt en haut de l'échelle,
sont des personnes qui ont des rapports à risque souvent parce que peu de connaissances sur la
protection. La protection doit être adaptée justement aux changements physiques et puis
elles ne savent pas toujours, par exemple, qu'en étant hormonées, les hommes trans qui possèdent
toujours un vagin, un utérus et des ovaires, mais qui n'auraient plus de règles, croient
souvent que du coup c'est une contraception. Or, la testostérone ne représente pas une
contraception en soi et c'est important d'avoir toujours des informations qui soient à jour,
mais c'est une population qui ne sait pas toujours comment adapter sa contraception,
ses protections face à ce corps qui change. Évidemment, c'est pas parce qu'on a subi des
opérations, notamment une opération d'affirmation de genre type vaginoplastie, on ne retire pas la
prostate, donc il faut encourager ces femmes trans à contrôler régulièrement leur prostate,
qui peut évidemment subir toutes les complications qu'une prostate chez n'importe
quelle personne peut avoir. Et puis chez les hommes trans ou les personnes ayant subi une
mastectomie, une torseoplastie, eh bien toute la glande mammaire n'est pas retirée et la glande
mammaire peut aussi subir des difficultés, des complications de type tumeur, cancer, etc.
Donc à vérifier, même si la personne a un torse plat. Au niveau gynécologique, on sait que les
personnes trans, masculines, ont beaucoup plus de peine à aller chez le gynécologue. Et puis c'est
vrai, pour la petite histoire, plein de patients trans m'expliquent, donc ils ont déjà une voie
après quelques traitements hormonaux, ont déjà une voie qui a bien mué. Et puis ils doivent
prendre rendez-vous chez le ou la gynécologue. Et puis on leur pose la question, mais vous êtes
sûr, vous savez que c'est chez un gynécologue, ici c'est pour les femmes ? Oui, oui, je suis
sûre, c'est pour moi. Et ça peut être très compliqué, voire gênant, et ça peut aussi
retarder évidemment le soin. Donc c'est important de trouver des gynécologues qui soient ce qu'on
présente la thématique et toutes les difficultés que peuvent rencontrer les personnes trans lors
d'une consultation gynécologique. Outre mesure, c'est vrai qu'on sait qu'il y a une atrophie,
il peut y avoir une atrophie des organes génitaux, ce qui fait aussi que l'insertion d'un spéculum
peut être compliquée. Déjà, si la personne souffre de dysphorie, c'est extrêmement compliqué,
mais alors si en plus l'atrophie au niveau gynécologique est importante, il peut y avoir
des douleurs, donc que pour les gynécologues ce soit possible d'y aller en douceur, de bien
lubrifier, de proposer des spéculums qui soient peut-être un petit peu plus petits dans la mesure
du possible. La contraception, toujours évidemment comme on l'a dit, l'hormonothérapie n'est pas
une contraception et c'est très important de le rappeler. Post-op, là au niveau de la sexualité,
moi ce que je fais personnellement, c'est beaucoup de recalibrage sensoriel, parfois difficile à faire
directement en imaginant son corps, donc la personne a parfois un petit peu du mal à intérioriser les
différentes sensations dans son corps, donc à ce moment-là on travaille soit par dessin,
soit par pâte à modeler, ce qui permet de transposer les sensations sur un corps imaginaire
pour que ce soit pas trop frontal et trop intrusif pour la personne, et puis petit à petit,
lorsque vraiment elle arrive à reprendre un certain nombre de sensations, on peut
commencer à le faire au niveau de son corps et de sa perception personnelle. Évidemment les orgasmes
sont à redécouvrir, ils vont être différents, ils vont pas toujours forcément être là dès les
premières masturbations ou les premiers rapports. La capacité orgasmique reste, normalement si la
chirurgie est bien faite, reste possible, mais ça devient un petit peu différent et on doit
travailler sur la redécouverte de l'orgasme avec les personnes. On travaille aussi en imaginaire
érotique, puisque à présent, pour intégrer aussi le schéma corporel au niveau sexuel,
l'imaginaire ça aide beaucoup, et l'exploration. Par rapport aux bonnes attitudes, vous avez la
possibilité d'appliquer les guidelines de la WPATH, c'est un guide qui est plutôt conséquent,
mais qui a été fait avec plusieurs collaborations de médecins, psychologues, en tout cas des
professionnels de la santé, qui s'occupent de personnes trans et qui sont tout à fait adaptées,
adéquates à une prise en charge pour les personnes trans. Adopter une approche trans-affirmative qui
place la personne au centre des soins, qui lui permet d'explorer, d'intégrer à son rythme son
genre, son identité et les émotions relatives dans un espace sécure et bienveillant. Effectivement,
l'approche trans-affirmative est à ce jour l'approche qui est la plus favorable pour les
personnes en questionnement et en exploration, puisque c'est une accroche qui leur permet
vraiment de pouvoir intégrer un rythme qui est le leur et explorer, et surtout leur permettre
d'avoir cette autodétermination, donc la possibilité de contrôler et déterminer ce qui se passe pour
sa vie. Employer le langage de la personne pour nommer son parcours, les changements physiques,
sa sexualité et sa génitalité. Pour certaines personnes, il est compliqué de parler de vulve,
de pénis, de vagin, de sein, donc on va adopter le langage que la personne en elle-même utilise,
pour désigner son parcours aussi, de dire est-ce que c'est une transition, est-ce que la personne
fait une transition ? Parfois elle peut l'appeler parcours vers soi, parcours à soi, elle peut donner
tout un tas de dénominations différentes, et c'est important d'utiliser son langage, ce qui
montre aussi, ce qui fait partie aussi de l'approche trans-affirmative, c'est-à-dire de mettre au
centre la personne et son parcours. Ensuite, il y a favoriser l'exploration du genre, donc à travers
la favorisation de l'exploration du genre, on permet à la personne de tester, de mobiliser
certaines ressources, de voir comment elle interagit avec son monde, avec le monde qui
l'entoure, et puis de savoir si ça lui correspond ou pas. Effectivement, on l'a dit aussi tout à
l'heure, il y a ce phénomène largement médiatisé qui s'appelle la détransition, qui est aussi une
appropriation, une réappropriation par certaines personnes qui ont envie de faire de ce sujet
un sujet alarmiste, alors que finalement, plus on va laisser et permettre à la personne de s'explorer,
et plus en fait elle va pouvoir être à l'aise avec elle, et ne pas entrer dans une transition trop
vite si pour elle ce n'est pas ce qu'elle souhaite, et ne pas détransitionner au sens où on l'entend
à l'heure actuelle, bien que ce sens est un petit peu différent, puisque les études montrent qu'en
réalité les personnes ne reviennent pas à leur genre d'assignation peu, mais souvent sont un
petit peu prises dans un engrenage de parcours standard, puisque tout est très standardisé,
et qu'au final elles se rendent compte au fur et à mesure des changements au niveau de leur corps,
et au niveau social, que les changements sont suffisants, et qu'elle n'a pas envie d'aller
plus loin, qu'elle n'ira pas forcément jusqu'aux chirurgies, ce qui fait aussi qu'on dit qu'elle
détransitionne, alors que finalement elle s'arrête à leur point de confort, qui peut être un point
où la personne se dit elle-même comme une personne non-binaire. Apporter une aide qui
encourage l'intégration des changements physiques et psychiques, on l'a dit tout à l'heure par rapport
à la sexualité, donc il y a toute l'intégration du schéma corporel qui va changer, donc nous en
tant que professionnels c'est aussi apporter des outils, des outils thérapeutiques, qu'on a
un peu exploré dans d'autres situations, mais c'est important qu'on puisse encourager en fait
cette intégration, et puis de rappeler que ces changements physiques et psychiques sont là,
mais qu'on accompagne aussi la personne pour que ça se fasse le plus en douceur possible.
Se concentrer sur les changements que la personne souhaite et non pas la nécessité de se définir,
et bien comme je l'ai dit en préambule, c'est la personne qui va définir si elle est une personne
trans, non binaire, ou ce qu'elle souhaite, enfin c'est son autodétermination, et ça ne nous
appartient pas de le dire, mais surtout de maintenir un focus sur, et bien maintenant tu es qui ? Est-ce
que tu aimes les filles, les garçons ? Est-ce qu'il faut choisir ? Est-ce que tu es une personne
trans, non binaire, etc. ? En fait c'est un petit peu fausser le vrai questionnement, le vrai
questionnement c'est qu'est-ce que la personne souhaite voir comme changement dans sa vie,
souhaite voir comme changement dans son corps ? Ça ce sont les vraies questions, et si on se
focalise plus sur les changements, et bien on aura une meilleure adhérence aussi à tous les soins
qui vont suivre, et puis surtout la personne va se sentir plus respectée, et ne va pas dépenser une
énergie à chercher à se mettre dans une case, mais plutôt à voir qu'est-ce qui est le mieux
pour elle. Appliquer la responsabilité partagée lors du choix d'un traitement, effectivement on le
sait en tant que soignant que c'est un effet qui participe à l'adhérence aux soins, mais ça permet
aussi d'apporter un contrôle à la personne, et puis le risque c'est que si on ne lui permet pas,
on ne lui laisse pas un espace dans lequel elle puisse engager sa responsabilité, et bien elle
va simplement adopter le langage que vous souhaitez. Elle va dire la personne veut m'entendre
dire que depuis mes quatre ans je me sens petite fille, je mets les robes de ma maman et je me
maquille en cachette, et bien je vais lui dire ça. Or c'est pas vraiment ce qu'on veut, enfin c'est
même pas du tout ce qu'on veut, puisque ce qu'on veut c'est pouvoir adapter le soin à la personne,
à ses besoins, à sa situation spécifique, et puis aussi laisser la place à cette personne de
pouvoir dire les choses, notamment si elle est auto-médiquée, c'est quand même très important
pour les personnes qui sont médecins d'avoir ce type d'élément. Aussi ce qui se passe c'est que
les personnes ainsi vont aller chercher elles-mêmes d'autres médecins, d'autres informations, et puis
on ne leur laisse pas le doute et la réflexion. Or pour moi la réflexion et le doute, enfin le
doute, la personne est en réflexion et je trouve que c'est plutôt une bonne chose, c'est quand elle
arrête la réflexion qu'on peut on peut se poser des questions, mais le doute qu'elle va nous
partager permettra aussi à nos professionnels d'aller chercher bien la nature, la source du
doute, et puis travailler pour savoir exactement l'origine de ce doute et comment le combattre.
Je pense que c'est très important que la personne puisse vraiment évoquer ses
doutes auprès de vous. Intégrer donc là les partenaires affectifs lorsque c'est voulu,
voir la famille, la famille aussi dans le même ordre d'idée, l'idée que justement par un ou
une professionnelle les informations peuvent passer parfois mieux, pas toujours mais parfois,
et puis les familles sont souvent bien plus inclines à écouter ce que vous avez à dire.
Ça m'est eu arriver que des parents viennent et me disent, écoutez dites-nous si notre enfant
il est trans ou pas, et là moi j'explique que c'est pas à moi de dire ça, je peux dire que
leur enfant souffre effectivement d'une incongruence de genre et dans ce cas là c'est la personne qui
s'autodétermine mais je ne peux pas dire si la personne est trans ou pas. Utiliser des supports,
comme on l'a dit tout à l'heure, dessin, pâte à modeler, transposition du corps,
du toucher, pour que ce soit pas intrusif, pas trop intrusif. Montrer que vous êtes inclusif,
inclusif, donc dans vos cabinets vous pouvez mettre des autocollants avec les couleurs trans
ou LGBT, peut-être enlever le genre dans vos toilettes, ça peut être intéressant. Ayez
des brochures inclusives, ne pas forcément dire c'est au tour de madame untel ou c'est
autour de monsieur untel, et de dire, alors moi il m'arrive souvent d'appeler mes patients par
leur prénom, et puis si je dis le nom de famille, je dis Aline Taton, etc. Et puis ça suffit. Voilà,
moi j'ai fini, je vous remercie infiniment pour l'écoute et je passe la parole à Arnaud.
Super, merci beaucoup Aline, d'avoir éclairé sur ce que c'est la transidentité, et puis vraiment
de nous avoir montré un petit peu le parcours du combattant que subissent les personnes qui
effectivement ont une incongréance de genre. C'est vrai que tu m'avais envoyé ton livre
Transidentité, les clés pour comprendre, et alors c'est vrai que ça m'a aidé énormément à
comprendre tous ces enjeux, et c'est un livre qui est aussi super, que tu as écrit aussi pour les
personnes en questionnement, pour les personnes transgenres, parce que du coup il y a plein
d'exemples, il y a plein de témoignages, et je pense que ça peut également beaucoup les aider
à comprendre par elles-mêmes ce qui leur arrive, mais aussi tous les professionnels de santé,
les proches des personnes transgenres. Et puis du coup, c'est vrai qu'on voit à quel point c'est
compliqué, parce qu'il y a 99,7% des individus qui ont le même sexe biologique que leur identité de
genre, très bien, mais c'est vrai que les 0,3% de personnes qui n'ont pas une identité de genre qui
correspond à leur sexe biologique, finalement ça fait quand même beaucoup de personnes au final,
beaucoup d'individus, et ces personnes-là, on est quand même dans une société où tout est
très binarisé, et elles vont être dans des problématiques et des questionnements, des problèmes
sociaux et de détermination, effectivement, qui vont leur prendre énormément d'énergie, notamment
parce que c'est quelque chose qu'elles vont découvrir très tôt dans leur vie et dans leur
développement psychosexuel, ces personnes-là. Et donc ça va leur prendre des plans de vie entier
où elles vont se questionner là-dessus, donc c'est vrai que ça serait important, comme tu l'as dit,
de pouvoir un petit peu mieux former, informer et prendre en soin ces personnes-là dans le parcours,
sans forcément tout de suite opérer, etc., même si chez une majorité des personnes transgenres,
l'opération, c'est-à-dire la réassignation, c'est-à-dire le fait de leur redonner le corps
qu'ils ont dans leur tête, c'est la seule solution vraiment de les faire aller mieux,
mais effectivement, ce n'est pas toujours le cas. Maintenant, comme tu l'as dit, il y a des personnes
qui n'ont pas besoin d'avoir tout la totale et qui aiment bien certaines parties de leur corps
de naissance et qui ont envie de le garder. Et alors du coup, ça me fait penser qu'une fois que ces
personnes auront fait leur transition, qu'elle soit complète ou pas complète, mais en tout cas
qu'elles auront fini effectivement par se sentir mieux dans leur peau, on va avoir affaire à des
individus, des patients, finalement, comme les autres, qui vont avoir aussi besoin de soins,
qui vont avoir des rumes, qui vont se blesser, qui vont avoir besoin d'un dépistage de la prostate
ou d'une palpation des seins. Et alors, quand ces personnes arrivent dans les cabinets,
au moins un chiffre qui m'a étonné, c'est que 75 % des personnes trans se sont senties
discriminées par un médecin. Alors, je pense effectivement que c'est vrai, c'est tout à fait
possible, pas forcément à cause d'une transphobie de la part du professionnel de santé, mais peut-être
parce que comme c'est quelque chose qu'on ne voit pas souvent et pour lequel on n'a pas vraiment de
formation ni d'information, c'est aussi normal, il y a cette espèce de surprise, de curiosité,
voire même de fascination, qui n'est pas du tout adaptée à la situation, parce que la personne
transgenre, elle est là, elle a déjà subi pendant des années et des années une pression sociale
des discriminations, elle vient chez le médecin, elle a juste envie qu'on lui soigne sa bronchite.
Effectivement, si le médecin ou le soignant commence à lui refaire à l'envers tout le truc,
ah oui, d'accord, mais parce que ça l'intéresse, pas parce qu'il est transphobe, au contraire,
parce que ça l'intéresse, mais ce n'est pas du tout le truc adapté à faire.
Non, pas du tout, parce que justement, si déjà elles arrivent à venir pour autre chose que
leur transidentité, eh bien ce n'est pas forcément pour être les pédagogues du médecin,
et puis parce que c'est une charge, comme tu l'as dit, c'est une charge déjà qu'elles subissent
toute la vie, voire depuis très longtemps, et puis elles sont réduites à leur condition de
personnes trans, c'est hyper difficile, on le voit avec les personnes racisées, on le voit avec les
personnes en situation de handicap, où en fait la réduction à leur difficulté devient une
discrimination finalement. C'est ça, et c'est ressenti comme ça. D'où l'importance de se
former de notre côté, de bien comprendre tous les enjeux, et ensuite après on n'a plus besoin
d'avoir cette curiosité qui n'est pas du tout adaptée. Et alors, je ne sais pas si tu as entendu
parler de cet outil transidenticlic qui avait été fait dans le cadre d'une thèse, c'est un site
internet transidenticlic.com, et c'est vrai qu'il y a des bonnes pratiques et des conseils à suivre
et notamment tout ce qu'il faut éviter de faire lors de la première consultation, et ça c'est un
truc qu'il faudrait apprendre par cœur, tout ce qu'il faut éviter de faire lors de la première
consultation, donc demander le deadname, poser des questions sur les organes génitaux, poser des
questions sur les opérations, surtout si ce n'est pas le sujet de la consultation. Et donc du coup,
on a compris ça, on se dit « mais moi je l'ai déjà fait ça ». Je pense que le faire, voilà, ça
arrive, mais après c'est vrai que de persévérer, ça c'est autre chose, et puis de comprendre que
ces personnes ont déjà un vécu compliqué, et qu'il y a un moment donné aussi, je l'écris dans
mon livre, il y a un moment donné où parfois elles ont envie de déménager, parce qu'on les a connues
comme avant, et puis finalement les gens ont gardé l'image de la personne d'avant, et elles ont envie
d'aller comme toute autre personne lambda dans une ville où personne ne les connaît, et où on les
genrerait directement comme du bon genre, et qu'elles n'auraient pas à se justifier systématiquement.
Alors les rappels à la vie antérieure, c'est très compliqué, et ça peut aussi générer de la
dissoirie, donc c'est important. Merci beaucoup Aline. Merci à toi. Je te souhaite une bonne
continuation, et j'espère qu'on aura l'occasion de se revoir dans des sommets ou des conférences.
Avec grand plaisir Arnaud, merci beaucoup pour l'invitation, et merci à toutes les
personnes qui nous écoutent maintenant. Au revoir. Au revoir.