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Education sexuelle

Accompagnement des transidentités

Aline Alzetta-Tatone Transidentités

Aline Alzetta-Tatone propose des repères pour accueillir et accompagner les personnes trans avec justesse, respect et attention aux enjeux de santé sexuelle.

Intervenant

Aline Alzetta-Tatone

Psychosexologue et thérapeute de couple. Aline Tatone est psychosexologue et thérapeute de couple. Spécialiste de la communauté trans*, elle se forme en prise en charge des personnes trans* à la Sorbonne de Paris. Cofondatrice et présidente du Collectif Sui Generis pour la visibilité trans* et Cofondatrice du Refuge-Neuchâtel, elle milite depuis quelques années à la reconnaissance des droits des personnes trans* et leur visibilité dans la sphère publique.

Points clés

  • L’accueil commence par le respect du prénom, des pronoms, du vocabulaire choisi et du rythme de la personne.
  • Les transidentités ne sont pas une pathologie, mais les parcours peuvent exposer à des vulnérabilités sociales, médicales et psychiques.
  • Les professionnels doivent distinguer identité de genre, orientation sexuelle, expression de genre et pratiques.
  • La santé sexuelle des personnes trans nécessite des informations adaptées, non présomptives et concrètes.
  • L’accompagnement gagne à s’appuyer sur des réseaux compétents et à éviter les postures intrusives ou normatives.

Bonjour à tous, et merci d'être si nombreux à cette deuxième édition du Sommet de la santé sexuelle,

qui a lieu à l'occasion de la semaine de prévention de la santé sexuelle en partenariat avec la CPTS du

Mont-Blanc et Sexoblogue.fr. L'intervention que nous allons faire à présent va être faite par Aline

Alzettataton, qui est psychologue et thérapeute de couple à Neuchâtel et à Lausanne, en Suisse,

formée au Québec ainsi qu'à Paris, à la Sorbonne. Elle est spécialisée dans la question de la

visibilité trans, fondatrice du refuge Neuchâtel et militante depuis des années à la reconnaissance

des droits des personnes trans et à leur visibilité dans la sphère publique. Alors, bonjour Aline.

Bonjour Arnaud, bonjour tout le monde, merci d'être là.

Bon ben écoute, je suis vraiment ravi de t'accueillir à ce sommet et je vais te laisser faire ta

présentation, ça va être passionnant. Alors je vais partager mon écran, voilà. Ok, donc voilà,

comme Arnaud m'a présenté, Aline Alzettataton, psychosexologue, thérapeute de couple et spécialiste

des questions trans. J'ai écrit un livre qui s'appelle « Transidentité, les clés pour

comprendre ». Aujourd'hui, je vais tenter, dans un minimum de temps, de vous expliquer un petit

peu comment se passe un accompagnement et puis aussi quels sont les enjeux des questions trans.

Je pense que c'est important qu'on revienne un peu sur les définitions. Donc, qu'est-ce que sont

les transidentités ? Les transidentités, donc, font partie d'une catégorie dans laquelle une

personne trans, donc vous voyez, j'ai mis la petite astérisque, et qui englobe en fait les

personnes trans et non-binaires. Donc une personne trans, c'est une personne qui ne s'identifie pas au

genre qui lui a été assigné et qui, par opposition, n'est pas une personne cisgenre. Donc une personne

cisgenre, c'est une personne qui est née dans un corps avec lequel on a regardé ses organes

génitaux à sa naissance, on a identifié une vulve ou un pénis, on a assigné fille ou garçon, et si

la personne se ressent comme étant une fille ou un garçon par rapport à son assignation, on dit

d'elle qu'elle est une personne cisgenre. Alors le premier défi qu'on rencontre ici, c'est surtout

de pouvoir laisser la personne s'autodéterminer. Donc on peut poser un diagnostic, un diagnostic

en général d'incongruence de genre, on essaye d'éviter de parler de dysphorie de genre, on va

en parler un petit peu plus tard pourquoi, mais le diagnostic est ok, la personne souffre bien

d'une incongruence de genre, mais ce n'est pas le professionnel ou la professionnelle de la santé

qui peut déterminer si la personne est trans ou pas. Ça c'est clairement de l'autodétermination.

Ensuite, voilà, donc je vous expliquais tout à l'heure avec l'astérisque, donc c'est un peu un

terme parapluie qui englobe les personnes transgenres, les personnes non-binaires. Sous

le non-binaire, on a encore quelques sous-catégories qui pourraient regrouper la fluidité de genre à

genre, etc. On ne va pas se pencher là-dessus parce qu'il y a énormément de dénominations. Il faut

savoir aussi que le vocabulaire change, c'est un vocabulaire qui est très fluide justement aussi,

et la détermination d'une condition est soumise à beaucoup de changements. Ensuite, voilà,

on parle donc de l'incongruence de genre qui est un état, donc je me sens en inadéquation avec le

genre qui m'a été assigné à la naissance, néanmoins je peux ou pas en souffrir, et dans ce cas,

on parle de dysphorie de genre parce que la personne est en état de souffrance. C'est

important de vraiment reconnaître les deux modalités puisque toutes les personnes trans

ne vont pas forcément souffrir de dysphorie de genre et donc ne vont pas forcément se retrouver

dans un parcours de transition classique ou binaire. Donc voilà, on vient en transition,

donc c'est un parcours unique qui est choisi par la personne, donc la personne ne choisit pas

d'être une personne trans. En revanche, elle choisit d'apporter des changements ou pas à

cette condition, et l'idée ce n'est pas d'atteindre un point que la société aura décidé, c'est un

point qui est une atteinte de point de confort et non d'un standard médical ou sociétal, ce qui

comporterait beaucoup de risques, notamment du fait que la personne ne se sente pas à l'aise dans sa

transition et regrette un certain nombre d'éléments. Transidentité, donc c'est toutes

les identités qui ne sont pas cisgenres, donc ça c'est le plus grand terme parapluie. Les enjeux

qui sont dans le T, donc dans l'acronyme LGBTQ, et bien c'est que le reste, lesbiennes, gays,

bisexuelles, intersexuées et queers, présentent plus des orientations sexuelles que des identités

de genre. Souvent, en tout cas dans ma pratique, je rencontre une grande confusion, même des

professionnels, et puis des amalgames, donc forcément je suis une personne trans, je suis

une personne ou homosexuelle ou etc. Et puis les luttes sont différentes et la compréhension aussi

est très différente. La réalité actuelle, il me semblait important de vraiment pouvoir avoir une

photo un petit peu de ce qui se passe. Vous verrez que j'ai pas mal de références suisses, je suis

suisse, mais surtout il manque cruellement d'études sur la question, et puis c'est aussi ce qui pose

un problème par rapport aux appropriations de cette thématique par des personnes qui prônent

une idéologie plutôt que des consensus scientifiques. Donc là, on est à 0,33% de la population qui se

dit personne non cisgenre, donc ça vient du recensement canadien qui a été fait en 2021. Ce sont

des personnes de plus de 15 ans. C'est le premier recensement mondial qui permet en fait de

s'autodéterminer sur un document en tant que personne non cisgenre. Donc c'est intéressant parce

que ce 0,33% correspond à peu près à toutes les statistiques qui ont été faites jusqu'à

présent. On oscille parfois avec du 0,5, mais ça reste plus ou moins moins de 1% de la population.

Ensuite, on a 0,6% de regrets pour les femmes après une chirurgie d'affirmation de genre,

contre 0,3% chez les hommes, et puis on voit que c'est une étude qui a été menée à Amsterdam

c'est une étude longitudinale, et qui démontre en réalité que la souffrance du regret provient

surtout du manque de soutien social, ça c'est un des premiers éléments, d'une complication ou

deux complications en lien avec la chirurgie, et puis aussi d'une transition tardive après

un certain âge. Donc ça ce sont les pourcentages de regrets après une chirurgie d'affirmation de

genre. On a 0,6% entre 0,6% et 2% de détransition, donc ça c'est une étude qui a été menée en 2022,

ça me semble important qu'on en parle, surtout qu'aujourd'hui il y a une médiatisation de ce

phénomène, et qui rend un petit peu frileux et frileuse le professionnel de santé, mais on va

en rediscuter plus tard. Les personnes trans sont 5 à 7 fois plus à risque de suicide que les

personnes ciselantes, donc c'est énorme. On remarque un pic de suicidalité juste après un coming out,

c'est principalement le fait que la personne, bien qu'elle ait élaboré tous les scénarios

possibles dans sa tête et imaginé ce qui pouvait être possible après un coming out,

la confrontation directe à la réalité peut être beaucoup plus difficile, elle peut cruellement

manquer de soutien et de tolérance, et ce qui fait qu'elle trouve dans la mort une issue la plus

facile. Maintenant on sait aussi que ce pic de suicidalité peut retomber à quasi zéro si la

personne a un soutien, quel qu'il soit, mais un soutien social. On compte en Suisse à peu près

deux ans pour qu'une personne puisse avoir accès aux hormones, donc ça c'est une étude qui a été

faite tout récemment, en 2023. L'étude Crisali dans 2019 a démontré que 20% des personnes trans

et non-binaires renoncent aux soins par peur de la discrimination face à leur identité de genre,

ça nous concerne tout particulièrement, ça concerne les professionnels de la santé,

et lors de cette étude que vous pouvez retrouver facilement, les personnes expliquent avoir été

plutôt confrontées à des questions qui n'avaient rien à voir avec la problématique pour laquelle

elles venaient consulter, qu'elles se retrouvaient à devoir se justifier quant à leurs conditions de

vie, donc ça c'est un phénomène récurrent, moi je le rencontre beaucoup dans les groupes de

parole pour les personnes trans, et puis surtout à devoir se justifier, aussi à devoir être et

devenir le ou la pédagogue du professionnel de la santé, donc ça c'est absolument pas possible. Nous,

en tant que professionnels de la santé, on se doit de se former par d'autres biais que par le

biais de nos patients, ça semble assez logique, mais malheureusement c'est un fait, et ça fait

quand même 20% de personnes qui renoncent à l'accès aux soins, on sait aussi que le sentiment de

discrimination retarde les soins, et puis après il y a aussi une question d'adhérence aux soins,

ça qui est encore importante. 75% disent avoir été mal à l'aise avec un médecin à cause de leur

identité de genre, vous voyez dans la plupart des gens qui ont quand même réussi à consulter,

on a quand même une plus grande part qui est mal à l'aise à cause de l'identité de genre. 51% vivent

de la discrimination sur le lieu de travail, contre 23,8 pour les personnes cisgenres,

51,1 à l'école contre 20% pour les personnes cisgenres, donc les écarts sont quand même

assez importants. Les difficultés que les personnes trans rencontrent sont dans différents

niveaux, on retrouve évidemment la famille qui est le lieu de vie, si les personnes sont encore

dépendantes des parents, alors les questions financières et d'indépendance se posent,

et puis les différentes difficultés au niveau de la société, c'est la reconnaissance,

on a peu de reconnaissance lorsqu'on est une personne trans, où est-ce que je vais si je

suis dans des vestiaires hommes, femmes, est-ce que je dois forcément cocher la case M ou deux M,

E, c'est très compliqué aussi au niveau de la société de pouvoir commencer, d'explorer,

on verra tout à l'heure l'exploration. Du côté de l'approche transaffirmative qui permet

l'exploration, c'est très compliqué de vivre une exploration dans la société,

et au niveau administratif quand les papiers, les documents d'identité, par exemple,

ne sont pas en adéquation. Le côté médical, évidemment on doit pouvoir avoir accès à des

soins facilement, mais le fait d'être une personne trans et de devoir expliquer qu'on

est en exploration, qu'on est dans un parcours de transition, ce sont des difficultés que les

personnes rencontrent au quotidien. Qu'est-ce qui se passe ? Lorsqu'un parcours de transition

classique qui répond aux exigences médicales, donc un parcours dans lequel la personne aura

envie d'avoir une hormonothérapie, voire des chirurgies, elle va devoir répondre à tout un

tas d'exigences du ou de la professionnelle pour obtenir les soins, et ça c'est extrêmement

compliqué puisqu'on sait que les professionnels ne sont pas immunisés contre les stéréotypes de

genre. Il est arrivé que certains de mes patients et certaines de mes patientes me disent avoir

rencontré un ou une professionnelle, leur demander oui mais c'est pas possible, si vous

voulez être un homme, eh bien il faut arrêter de mettre du vernis à ongles. Donc c'est très

compliqué quand les personnes trans rencontrent des professionnels de ce type, de pouvoir se

sentir libre, d'explorer le genre, et puis en même temps de pouvoir avoir droit et accès à des soins,

à une hormonothérapie. Donc ce qui se passe c'est que beaucoup s'automédiquent, et ça ça devient

dangereux, ça devient problématique, puisque on connaît tous les dangers de l'automédication,

mais en l'occurrence de trouver des oestrogènes c'est pas très compliqué, de trouver de la

progestérone c'est pas très compliqué, c'est beaucoup les femmes trans qui s'automédiquent

parce qu'elles ne sont pas satisfaites des résultats, et c'est vrai qu'en toute honnêteté les

standards aujourd'hui parlent de certains dosages d'oestrogène. Il faut savoir que la médication

hormonale pour une transition c'est la même qui est donnée aux femmes ménopausées, donc on n'a

pas forcément des dosages qui correspondent à des femmes transgenres, mais à des femmes cisgenres.

Une femme qui est trans et qui souhaite faire une transition, elle devrait pouvoir être dosée

selon les effets qu'elle souhaite, avec évidemment toute la prudence médicale qu'il faut derrière,

mais elles sont souvent insatisfaites des dosages et des effets, et c'est pour cette

raison qu'elles préfèrent l'automédication. Ensuite, le ou la professionnel n'est pas

toujours formé à la thématique, ce qui complique aussi les échanges entre la personne concernée et

le ou la professionnelle, puisque si la personne concernée doit à tout moment expliquer, justifier

qu'est-ce qui se passe, eh bien c'est une perte de temps, mais c'est aussi une charge mentale pour

elle. Il faut savoir que les délais sont longs, on l'a vu en tout cas pour la Suisse qu'il fallait

deux ans pour qu'une personne puisse avoir accès à une hormonothérapie. Maintenant en France,

je ne connais pas les délais, mais je pense qu'ils doivent aussi être très longs

au vu du peu de professionnels de la santé qui s'occupent et qui traitent les personnes trans,

les délais sont très longs. Qu'est-ce que ça fait ? Ça augmente les co-occurrences, particulièrement

celles qui sont de l'ordre des états dépressifs ou parfois des addictions ou des comportements

à risque, ordaliques, etc. Les traitements hormonaux ont un impact, un effet sur la libido,

sur l'humeur, donc pour que les personnes puissent s'adapter physiquement, psychologiquement,

il faut un certain temps et ce n'est pas toujours évident, particulièrement celles qui ont encore

une vie sexuelle. Alors tout le monde n'a pas toujours une vie sexuelle parce que certaines

personnes souffrent de dysphorie et donc c'est très compliqué pour elles d'avoir une vie sexuelle,

on va revenir là-dessus, mais pour celles qui ont une vie sexuelle, la libido est souvent

chamboulée. Plus facilement chez les femmes trans puisque chez les hommes trans, on injecte de la

testostérone qui élève en général la libido. Les difficultés aussi sont d'ordre intersectionnel,

puisqu'on peut être une personne trans et racisée, on peut être une personne trans et religieuse,

on peut être une personne trans avec un facteur supplémentaire d'oppression et donc qui renforce

les discriminations. Donc sexualité, la masturbation quand c'est possible, elle peut être très

compliquée, elle peut même se faire plus facilement avec des objets ou en tout cas sans avoir

accès directement à la génitalité puisque si la personne souffre de dysphorie, son sexe

devient perturbateur, devient un membre physique de reviviscence traumatique. Dans les fantasmes,

les fantasmes peuvent être très orientés sur la projection de ce que la personne souhaite ou alors

l'inverse parce que justement c'est trop difficile d'avoir une sexualité qui finalement montre que

la personne n'est pas entre guillemets complète, en tout cas ne se sent pas complète. Les problèmes

de consentement sont aussi assez récurrents chez les personnes trans puisque les changements qui

s'opèrent dans leur corps les amènent à avoir une difficulté à savoir si elles aiment une chose ou

pas dans la sexualité, donc à chaque fois c'est une exploration qui est nécessaire et puis c'est un

consentement qui doit être à nouveau et à chaque fois réajusté, ce qui peut sembler aussi difficile

parce qu'à chaque fois avec un ou plusieurs partenaires ou si les personnes changent de

partenaires ou parfois un petit peu une lassitude de devoir expliquer et bien ça c'est quelque chose

qui est difficile pour moi, c'est une pratique difficile parce que je suis une personne trans

donc on voit aussi que le consentement est très difficile, en tout cas l'obtention du consentement

et la nature même de ce que signifie le consentement peut être un peu compliquée. Les

changements physiques et psychiques, donc on l'a dit avant, l'effet des hormones sur la libido et

le sexe, il y a des changements physiologiques puisqu'on voit que le clitoris chez une personne

qui prend de la testostérone va grandir et donc va aussi avoir des sensations différentes. Au début

c'est souvent un peu inconfortable voire piquant et puis la personne doit se réadapter à cette

nouvelle sexualité. On voit que chez les femmes trans, donc les femmes qui ont un pénis ou les

personnes qui possèdent un pénis, les effets des hormones particulièrement lorsqu'elles sont

alors on donne plus d'endrocures à cause des risques de méningiome, mais quand elles sont

sous analogue de GnRH, donc de bloqueurs de puberté, il peut y avoir pour certains

certains bloqueurs, il peut y avoir des effets qui sont très compliqués puisque la libido baisse

drastiquement et puis les problèmes d'érection surviennent souvent assez rapidement. Parfois il

faut changer d'analogue de GnRH et puis voir ce qui est possible, mais en tout cas vraiment bien

écouter la patiente pour qu'elle puisse retrouver facilement une sexualité qui soit épanouissante.

Donc après, personnellement moi j'invite aussi souvent les ou la ou les partenaires parce que

je pense que c'est aussi important que les personnes qui ont des relations affectives et

sexuelles avec les personnes trans puissent comprendre sans que ce soit toujours à la

personne concernée d'expliquer. Parfois elle-même ne le sait pas qu'est-ce qui se passe dans son

corps et qu'est-ce qui peut se passer au niveau psychique, donc d'avoir le ou la professionnelle

qui vient expliquer, donner des outils, aider, écouter, puisque pour les partenaires c'est pas

plus toujours évident de devoir s'ajuster systématiquement à un corps qui change,

à des humeurs qui changent et de comprendre tout ça et de s'adapter, c'est pas toujours évident.

Donc j'invite très volontiers les partenaires, une, deux, voire plusieurs fois si nécessaire.

C'est une population fragilisée, donc évidemment MST, IST, donc ça on est plutôt en haut de l'échelle,

sont des personnes qui ont des rapports à risque souvent parce que peu de connaissances sur la

protection. La protection doit être adaptée justement aux changements physiques et puis

elles ne savent pas toujours, par exemple, qu'en étant hormonées, les hommes trans qui possèdent

toujours un vagin, un utérus et des ovaires, mais qui n'auraient plus de règles, croient

souvent que du coup c'est une contraception. Or, la testostérone ne représente pas une

contraception en soi et c'est important d'avoir toujours des informations qui soient à jour,

mais c'est une population qui ne sait pas toujours comment adapter sa contraception,

ses protections face à ce corps qui change. Évidemment, c'est pas parce qu'on a subi des

opérations, notamment une opération d'affirmation de genre type vaginoplastie, on ne retire pas la

prostate, donc il faut encourager ces femmes trans à contrôler régulièrement leur prostate,

qui peut évidemment subir toutes les complications qu'une prostate chez n'importe

quelle personne peut avoir. Et puis chez les hommes trans ou les personnes ayant subi une

mastectomie, une torseoplastie, eh bien toute la glande mammaire n'est pas retirée et la glande

mammaire peut aussi subir des difficultés, des complications de type tumeur, cancer, etc.

Donc à vérifier, même si la personne a un torse plat. Au niveau gynécologique, on sait que les

personnes trans, masculines, ont beaucoup plus de peine à aller chez le gynécologue. Et puis c'est

vrai, pour la petite histoire, plein de patients trans m'expliquent, donc ils ont déjà une voie

après quelques traitements hormonaux, ont déjà une voie qui a bien mué. Et puis ils doivent

prendre rendez-vous chez le ou la gynécologue. Et puis on leur pose la question, mais vous êtes

sûr, vous savez que c'est chez un gynécologue, ici c'est pour les femmes ? Oui, oui, je suis

sûre, c'est pour moi. Et ça peut être très compliqué, voire gênant, et ça peut aussi

retarder évidemment le soin. Donc c'est important de trouver des gynécologues qui soient ce qu'on

présente la thématique et toutes les difficultés que peuvent rencontrer les personnes trans lors

d'une consultation gynécologique. Outre mesure, c'est vrai qu'on sait qu'il y a une atrophie,

il peut y avoir une atrophie des organes génitaux, ce qui fait aussi que l'insertion d'un spéculum

peut être compliquée. Déjà, si la personne souffre de dysphorie, c'est extrêmement compliqué,

mais alors si en plus l'atrophie au niveau gynécologique est importante, il peut y avoir

des douleurs, donc que pour les gynécologues ce soit possible d'y aller en douceur, de bien

lubrifier, de proposer des spéculums qui soient peut-être un petit peu plus petits dans la mesure

du possible. La contraception, toujours évidemment comme on l'a dit, l'hormonothérapie n'est pas

une contraception et c'est très important de le rappeler. Post-op, là au niveau de la sexualité,

moi ce que je fais personnellement, c'est beaucoup de recalibrage sensoriel, parfois difficile à faire

directement en imaginant son corps, donc la personne a parfois un petit peu du mal à intérioriser les

différentes sensations dans son corps, donc à ce moment-là on travaille soit par dessin,

soit par pâte à modeler, ce qui permet de transposer les sensations sur un corps imaginaire

pour que ce soit pas trop frontal et trop intrusif pour la personne, et puis petit à petit,

lorsque vraiment elle arrive à reprendre un certain nombre de sensations, on peut

commencer à le faire au niveau de son corps et de sa perception personnelle. Évidemment les orgasmes

sont à redécouvrir, ils vont être différents, ils vont pas toujours forcément être là dès les

premières masturbations ou les premiers rapports. La capacité orgasmique reste, normalement si la

chirurgie est bien faite, reste possible, mais ça devient un petit peu différent et on doit

travailler sur la redécouverte de l'orgasme avec les personnes. On travaille aussi en imaginaire

érotique, puisque à présent, pour intégrer aussi le schéma corporel au niveau sexuel,

l'imaginaire ça aide beaucoup, et l'exploration. Par rapport aux bonnes attitudes, vous avez la

possibilité d'appliquer les guidelines de la WPATH, c'est un guide qui est plutôt conséquent,

mais qui a été fait avec plusieurs collaborations de médecins, psychologues, en tout cas des

professionnels de la santé, qui s'occupent de personnes trans et qui sont tout à fait adaptées,

adéquates à une prise en charge pour les personnes trans. Adopter une approche trans-affirmative qui

place la personne au centre des soins, qui lui permet d'explorer, d'intégrer à son rythme son

genre, son identité et les émotions relatives dans un espace sécure et bienveillant. Effectivement,

l'approche trans-affirmative est à ce jour l'approche qui est la plus favorable pour les

personnes en questionnement et en exploration, puisque c'est une accroche qui leur permet

vraiment de pouvoir intégrer un rythme qui est le leur et explorer, et surtout leur permettre

d'avoir cette autodétermination, donc la possibilité de contrôler et déterminer ce qui se passe pour

sa vie. Employer le langage de la personne pour nommer son parcours, les changements physiques,

sa sexualité et sa génitalité. Pour certaines personnes, il est compliqué de parler de vulve,

de pénis, de vagin, de sein, donc on va adopter le langage que la personne en elle-même utilise,

pour désigner son parcours aussi, de dire est-ce que c'est une transition, est-ce que la personne

fait une transition ? Parfois elle peut l'appeler parcours vers soi, parcours à soi, elle peut donner

tout un tas de dénominations différentes, et c'est important d'utiliser son langage, ce qui

montre aussi, ce qui fait partie aussi de l'approche trans-affirmative, c'est-à-dire de mettre au

centre la personne et son parcours. Ensuite, il y a favoriser l'exploration du genre, donc à travers

la favorisation de l'exploration du genre, on permet à la personne de tester, de mobiliser

certaines ressources, de voir comment elle interagit avec son monde, avec le monde qui

l'entoure, et puis de savoir si ça lui correspond ou pas. Effectivement, on l'a dit aussi tout à

l'heure, il y a ce phénomène largement médiatisé qui s'appelle la détransition, qui est aussi une

appropriation, une réappropriation par certaines personnes qui ont envie de faire de ce sujet

un sujet alarmiste, alors que finalement, plus on va laisser et permettre à la personne de s'explorer,

et plus en fait elle va pouvoir être à l'aise avec elle, et ne pas entrer dans une transition trop

vite si pour elle ce n'est pas ce qu'elle souhaite, et ne pas détransitionner au sens où on l'entend

à l'heure actuelle, bien que ce sens est un petit peu différent, puisque les études montrent qu'en

réalité les personnes ne reviennent pas à leur genre d'assignation peu, mais souvent sont un

petit peu prises dans un engrenage de parcours standard, puisque tout est très standardisé,

et qu'au final elles se rendent compte au fur et à mesure des changements au niveau de leur corps,

et au niveau social, que les changements sont suffisants, et qu'elle n'a pas envie d'aller

plus loin, qu'elle n'ira pas forcément jusqu'aux chirurgies, ce qui fait aussi qu'on dit qu'elle

détransitionne, alors que finalement elle s'arrête à leur point de confort, qui peut être un point

où la personne se dit elle-même comme une personne non-binaire. Apporter une aide qui

encourage l'intégration des changements physiques et psychiques, on l'a dit tout à l'heure par rapport

à la sexualité, donc il y a toute l'intégration du schéma corporel qui va changer, donc nous en

tant que professionnels c'est aussi apporter des outils, des outils thérapeutiques, qu'on a

un peu exploré dans d'autres situations, mais c'est important qu'on puisse encourager en fait

cette intégration, et puis de rappeler que ces changements physiques et psychiques sont là,

mais qu'on accompagne aussi la personne pour que ça se fasse le plus en douceur possible.

Se concentrer sur les changements que la personne souhaite et non pas la nécessité de se définir,

et bien comme je l'ai dit en préambule, c'est la personne qui va définir si elle est une personne

trans, non binaire, ou ce qu'elle souhaite, enfin c'est son autodétermination, et ça ne nous

appartient pas de le dire, mais surtout de maintenir un focus sur, et bien maintenant tu es qui ? Est-ce

que tu aimes les filles, les garçons ? Est-ce qu'il faut choisir ? Est-ce que tu es une personne

trans, non binaire, etc. ? En fait c'est un petit peu fausser le vrai questionnement, le vrai

questionnement c'est qu'est-ce que la personne souhaite voir comme changement dans sa vie,

souhaite voir comme changement dans son corps ? Ça ce sont les vraies questions, et si on se

focalise plus sur les changements, et bien on aura une meilleure adhérence aussi à tous les soins

qui vont suivre, et puis surtout la personne va se sentir plus respectée, et ne va pas dépenser une

énergie à chercher à se mettre dans une case, mais plutôt à voir qu'est-ce qui est le mieux

pour elle. Appliquer la responsabilité partagée lors du choix d'un traitement, effectivement on le

sait en tant que soignant que c'est un effet qui participe à l'adhérence aux soins, mais ça permet

aussi d'apporter un contrôle à la personne, et puis le risque c'est que si on ne lui permet pas,

on ne lui laisse pas un espace dans lequel elle puisse engager sa responsabilité, et bien elle

va simplement adopter le langage que vous souhaitez. Elle va dire la personne veut m'entendre

dire que depuis mes quatre ans je me sens petite fille, je mets les robes de ma maman et je me

maquille en cachette, et bien je vais lui dire ça. Or c'est pas vraiment ce qu'on veut, enfin c'est

même pas du tout ce qu'on veut, puisque ce qu'on veut c'est pouvoir adapter le soin à la personne,

à ses besoins, à sa situation spécifique, et puis aussi laisser la place à cette personne de

pouvoir dire les choses, notamment si elle est auto-médiquée, c'est quand même très important

pour les personnes qui sont médecins d'avoir ce type d'élément. Aussi ce qui se passe c'est que

les personnes ainsi vont aller chercher elles-mêmes d'autres médecins, d'autres informations, et puis

on ne leur laisse pas le doute et la réflexion. Or pour moi la réflexion et le doute, enfin le

doute, la personne est en réflexion et je trouve que c'est plutôt une bonne chose, c'est quand elle

arrête la réflexion qu'on peut on peut se poser des questions, mais le doute qu'elle va nous

partager permettra aussi à nos professionnels d'aller chercher bien la nature, la source du

doute, et puis travailler pour savoir exactement l'origine de ce doute et comment le combattre.

Je pense que c'est très important que la personne puisse vraiment évoquer ses

doutes auprès de vous. Intégrer donc là les partenaires affectifs lorsque c'est voulu,

voir la famille, la famille aussi dans le même ordre d'idée, l'idée que justement par un ou

une professionnelle les informations peuvent passer parfois mieux, pas toujours mais parfois,

et puis les familles sont souvent bien plus inclines à écouter ce que vous avez à dire.

Ça m'est eu arriver que des parents viennent et me disent, écoutez dites-nous si notre enfant

il est trans ou pas, et là moi j'explique que c'est pas à moi de dire ça, je peux dire que

leur enfant souffre effectivement d'une incongruence de genre et dans ce cas là c'est la personne qui

s'autodétermine mais je ne peux pas dire si la personne est trans ou pas. Utiliser des supports,

comme on l'a dit tout à l'heure, dessin, pâte à modeler, transposition du corps,

du toucher, pour que ce soit pas intrusif, pas trop intrusif. Montrer que vous êtes inclusif,

inclusif, donc dans vos cabinets vous pouvez mettre des autocollants avec les couleurs trans

ou LGBT, peut-être enlever le genre dans vos toilettes, ça peut être intéressant. Ayez

des brochures inclusives, ne pas forcément dire c'est au tour de madame untel ou c'est

autour de monsieur untel, et de dire, alors moi il m'arrive souvent d'appeler mes patients par

leur prénom, et puis si je dis le nom de famille, je dis Aline Taton, etc. Et puis ça suffit. Voilà,

moi j'ai fini, je vous remercie infiniment pour l'écoute et je passe la parole à Arnaud.

Super, merci beaucoup Aline, d'avoir éclairé sur ce que c'est la transidentité, et puis vraiment

de nous avoir montré un petit peu le parcours du combattant que subissent les personnes qui

effectivement ont une incongréance de genre. C'est vrai que tu m'avais envoyé ton livre

Transidentité, les clés pour comprendre, et alors c'est vrai que ça m'a aidé énormément à

comprendre tous ces enjeux, et c'est un livre qui est aussi super, que tu as écrit aussi pour les

personnes en questionnement, pour les personnes transgenres, parce que du coup il y a plein

d'exemples, il y a plein de témoignages, et je pense que ça peut également beaucoup les aider

à comprendre par elles-mêmes ce qui leur arrive, mais aussi tous les professionnels de santé,

les proches des personnes transgenres. Et puis du coup, c'est vrai qu'on voit à quel point c'est

compliqué, parce qu'il y a 99,7% des individus qui ont le même sexe biologique que leur identité de

genre, très bien, mais c'est vrai que les 0,3% de personnes qui n'ont pas une identité de genre qui

correspond à leur sexe biologique, finalement ça fait quand même beaucoup de personnes au final,

beaucoup d'individus, et ces personnes-là, on est quand même dans une société où tout est

très binarisé, et elles vont être dans des problématiques et des questionnements, des problèmes

sociaux et de détermination, effectivement, qui vont leur prendre énormément d'énergie, notamment

parce que c'est quelque chose qu'elles vont découvrir très tôt dans leur vie et dans leur

développement psychosexuel, ces personnes-là. Et donc ça va leur prendre des plans de vie entier

où elles vont se questionner là-dessus, donc c'est vrai que ça serait important, comme tu l'as dit,

de pouvoir un petit peu mieux former, informer et prendre en soin ces personnes-là dans le parcours,

sans forcément tout de suite opérer, etc., même si chez une majorité des personnes transgenres,

l'opération, c'est-à-dire la réassignation, c'est-à-dire le fait de leur redonner le corps

qu'ils ont dans leur tête, c'est la seule solution vraiment de les faire aller mieux,

mais effectivement, ce n'est pas toujours le cas. Maintenant, comme tu l'as dit, il y a des personnes

qui n'ont pas besoin d'avoir tout la totale et qui aiment bien certaines parties de leur corps

de naissance et qui ont envie de le garder. Et alors du coup, ça me fait penser qu'une fois que ces

personnes auront fait leur transition, qu'elle soit complète ou pas complète, mais en tout cas

qu'elles auront fini effectivement par se sentir mieux dans leur peau, on va avoir affaire à des

individus, des patients, finalement, comme les autres, qui vont avoir aussi besoin de soins,

qui vont avoir des rumes, qui vont se blesser, qui vont avoir besoin d'un dépistage de la prostate

ou d'une palpation des seins. Et alors, quand ces personnes arrivent dans les cabinets,

au moins un chiffre qui m'a étonné, c'est que 75 % des personnes trans se sont senties

discriminées par un médecin. Alors, je pense effectivement que c'est vrai, c'est tout à fait

possible, pas forcément à cause d'une transphobie de la part du professionnel de santé, mais peut-être

parce que comme c'est quelque chose qu'on ne voit pas souvent et pour lequel on n'a pas vraiment de

formation ni d'information, c'est aussi normal, il y a cette espèce de surprise, de curiosité,

voire même de fascination, qui n'est pas du tout adaptée à la situation, parce que la personne

transgenre, elle est là, elle a déjà subi pendant des années et des années une pression sociale

des discriminations, elle vient chez le médecin, elle a juste envie qu'on lui soigne sa bronchite.

Effectivement, si le médecin ou le soignant commence à lui refaire à l'envers tout le truc,

ah oui, d'accord, mais parce que ça l'intéresse, pas parce qu'il est transphobe, au contraire,

parce que ça l'intéresse, mais ce n'est pas du tout le truc adapté à faire.

Non, pas du tout, parce que justement, si déjà elles arrivent à venir pour autre chose que

leur transidentité, eh bien ce n'est pas forcément pour être les pédagogues du médecin,

et puis parce que c'est une charge, comme tu l'as dit, c'est une charge déjà qu'elles subissent

toute la vie, voire depuis très longtemps, et puis elles sont réduites à leur condition de

personnes trans, c'est hyper difficile, on le voit avec les personnes racisées, on le voit avec les

personnes en situation de handicap, où en fait la réduction à leur difficulté devient une

discrimination finalement. C'est ça, et c'est ressenti comme ça. D'où l'importance de se

former de notre côté, de bien comprendre tous les enjeux, et ensuite après on n'a plus besoin

d'avoir cette curiosité qui n'est pas du tout adaptée. Et alors, je ne sais pas si tu as entendu

parler de cet outil transidenticlic qui avait été fait dans le cadre d'une thèse, c'est un site

internet transidenticlic.com, et c'est vrai qu'il y a des bonnes pratiques et des conseils à suivre

et notamment tout ce qu'il faut éviter de faire lors de la première consultation, et ça c'est un

truc qu'il faudrait apprendre par cœur, tout ce qu'il faut éviter de faire lors de la première

consultation, donc demander le deadname, poser des questions sur les organes génitaux, poser des

questions sur les opérations, surtout si ce n'est pas le sujet de la consultation. Et donc du coup,

on a compris ça, on se dit « mais moi je l'ai déjà fait ça ». Je pense que le faire, voilà, ça

arrive, mais après c'est vrai que de persévérer, ça c'est autre chose, et puis de comprendre que

ces personnes ont déjà un vécu compliqué, et qu'il y a un moment donné aussi, je l'écris dans

mon livre, il y a un moment donné où parfois elles ont envie de déménager, parce qu'on les a connues

comme avant, et puis finalement les gens ont gardé l'image de la personne d'avant, et elles ont envie

d'aller comme toute autre personne lambda dans une ville où personne ne les connaît, et où on les

genrerait directement comme du bon genre, et qu'elles n'auraient pas à se justifier systématiquement.

Alors les rappels à la vie antérieure, c'est très compliqué, et ça peut aussi générer de la

dissoirie, donc c'est important. Merci beaucoup Aline. Merci à toi. Je te souhaite une bonne

continuation, et j'espère qu'on aura l'occasion de se revoir dans des sommets ou des conférences.

Avec grand plaisir Arnaud, merci beaucoup pour l'invitation, et merci à toutes les

personnes qui nous écoutent maintenant. Au revoir. Au revoir.