Catherine TROADEC
Psychologue clinicienne, co-autrice de Sexoblogue et coorganisatrice du Sommet de la santé sexuelle.
Catherine TROADEC donne des repères sur le développement psychosexuel de l’enfant et de l’adolescent, pour mieux distinguer exploration normale, inquiétudes et situations nécessitant une réponse adulte.
Psychologue clinicienne, co-autrice de Sexoblogue et coorganisatrice du Sommet de la santé sexuelle.
Bonjour à toutes et à tous, je suis Catherine Troadec, je suis psychologue-clinicienne et
sexologue. Je suis cofondatrice avec Arnaud Zeller de Sexoblog et je suis également à
l'initiative avec lui de ce Sommet de la santé sexuelle. Je vous remercie d'ailleurs de toutes
et tous participer à cet événement en ligne que l'on a organisé à l'occasion de la semaine
nationale de la santé sexuelle et je remercie de nouveau très chaleureusement toutes les
oratrices et tous les orateurs qui ont bien voulu participer, donner de leur temps en
faisant des interventions de qualité afin que ce projet puisse être mené à bien.
Voilà donc encore merci. Donc pour ma part ce soir je vais vous parler du développement
psychosexuel typique et atypique de l'enfance à l'adolescence et ses enjeux. Donc actuellement
je suis psychologue en protection de l'enfance donc auprès d'enfants et d'adolescents. J'anime
également des groupes éducation, vie relationnelle, affective et sexuelle dans différentes structures.
Du secteur du handicap, de la protection de l'enfance mais aussi du milieu plus ordinaire,
collège et lycée. Et j'ai un autre volet aussi, j'anime des groupes lors des stages de
responsabilisation qui sont réservés aux auteurs de violences conjugales. Voilà donc dans une
première partie, un petit peu plus théorique, ça portera sur les comportements sexuels infantiles
et leur développement. Donc dans ce petit topo là en premier, je vais plutôt cibler les
comportements sexualisés on va dire normatifs chez l'enfant. Voilà donc dans une deuxième
partie on verra donc les comportements sexuels problématiques, qu'est-ce que c'est, avec un ou
deux petits cas cliniques aussi chez les enfants de 12 ans et moins parce que ce sont les comportements
auxquels on est confronté très régulièrement quand on travaille dans le secteur du médico-social,
qu'on est éducateur ou psychologue. En tout cas voilà, moi c'est vraiment ma clinique,
les enfants qui présentent des comportements sexuels problématiques. Et très rapidement,
les conséquences de l'exposition des enfants à des contenus sexualisés. Voilà donc alors tout
d'abord la construction et le développement de la sexualité chez l'enfant, c'est un processus
naturel et ça engage tout au long de ce développement et de ce processus, des changements qui fonctionnent
ensemble donc des changements à la fois biologiques, psychologiques, sociaux, sexuels pour l'individu
et en fonction de son âge. Voilà donc il y a plusieurs approches théoriques qui ont
travaillé sur cette question du développement de la sexualité et qui ont apporté leur pierre
à l'édifice dans les connaissances. Donc c'est l'approche cognitive, interactionnelle,
développementale. Voilà moi je vais retenir, parce que c'est celle que je connais dans ce topo,
en tout cas malgré toutes les critiques qu'elle a pu recevoir au fil du temps liées à des mauvaises
interprétations ou à des lectures un peu erronées, mais je vais retenir l'approche psychanalytique
parce que c'est une approche qui a une conception globale et intégrée de la sexualité infantile,
des processus cognitifs, affectifs et motivationnels inconscients. Et voilà c'est aussi
l'approche qui a inspiré après beaucoup d'autres recherches en psychologie, que ce soit en psychologie
clinique, sociale, développementale, et c'est une approche qui a largement contribué à donner
une place à la sexualité infantile dans le développement général et dans le développement
de la personnalité adulte. Donc la sexualité humaine elle s'exprime de la naissance jusqu'à
la mort, elle apparaît pas comme ça à l'adolescence, elle est présente bien avant. On va parler de
stades de développement psychosexuel, donc c'est pas forcément un empilement de stades,
mais il y a quand même des compétences qui doivent être acquises à un moment donné en fonction de
l'âge. C'est nécessaire pour la poursuite du développement on va dire harmonieux. Et donc
ce développement psychosexuel, c'est quoi le but ? Pourquoi est-ce qu'on développe comme ça sa
sexualité ? Pourquoi est-ce qu'elle se développe finalement depuis l'enfance ? Et bien tout
simplement parce qu'elle va nous permettre à l'individu d'acquérir des capacités à la fois
physiques, on applique des changements biologiques, après les modifications pubertaires, et aussi des
capacités psychiques, ça va ensemble, afin d'aboutir à une sexualité individuelle, relationnelle,
satisfaisante et positive. Donc très rapidement, parce que c'est important, la définition de la
santé sexuelle, il y aura peut-être d'autres orateurs qui en parleront aussi. Donc c'est une
définition qui existe depuis 1975, qui bien évidemment a été complétée depuis. C'était une
définition très méconnue du milieu médical jusqu'à il y a peu de temps finalement, parce qu'il y a
beaucoup de tabous et de pensées limitantes, et du coup c'était compliqué, ça l'est toujours,
ça c'est un autre sujet, mais pour les professionnels de santé d'aborder ces questions-là avec leur
passion. Mais la définition en gros de la santé sexuelle, retenue par l'OMS, c'est un état de
bien-être physique, émotionnel, mental et social en matière de sexualité. Donc c'est pas seulement
l'absence de maladie ou de dysfonctionnement, on est sur d'autres aspects là, qui exigent une
approche positive et respectueuse de la sexualité, avec la possibilité d'avoir des expériences
sexuelles agréables, sécuritaires, sans coercition, ni discrimination et ni violence. Les personnes
qui parleront là, les autorataires de l'éducation à la sexualité chez les jeunes, vont certainement
vous dire que très souvent on s'appuie aussi sur cette définition, avec les ados notamment,
pour qu'ils nous disent un petit peu où est-ce qu'ils en sont, de leur relation, de leur sexualité.
Donc on voit que dans cette définition, il y a des notions de consentement, respect, non-violence
dans la sexualité. Donc on a vu que le développement psychosexuel, il tendait à ce que l'individu
puisse aboutir à une sexualité relationnelle, individuelle et satisfaisante. En gros, ce qui est
important, c'est que l'individu, au cours de ce développement, puisse acquérir des connaissances
et des compétences qui lui permettent d'entrer en relation, et en relation intime avec l'autre.
Et pour ça, il faut quand même quelques connaissances biologiques, de comment fonctionne
son corps, anatomie, physiologie, à la fois pour comprendre comment fonctionne, par exemple,
son plaisir, mais aussi pour ne pas prendre de risques. Pour les adolescents, c'est important
aussi d'être informé de ce qui se passe à la puberté, parce que c'est tellement de changements
et de bouleversements qu'ils ont aussi beaucoup de questions sur ce qui leur arrive, est-ce que
c'est normal ou pas normal ? Il faut aussi des compétences au niveau psycho-affectif,
donc suffisamment d'estime de soi, confiance en soi. Ça, ça permet aussi à un moment donné de
consentir, mais aussi d'être attentif et d'identifier les besoins de l'autre dans la relation,
qu'il est capable d'identifier ses émotions, ses sentiments, savoir où en est son identité
sexuelle, de son orientation sexuelle notamment. Et puis, quelques compétences aussi, connaissances
sociales, c'est pas mal, notamment au niveau des stéréotypes, stéréotypes de genre, connaître la
loi, qu'est-ce qui est interdit, qu'est-ce qui est permis. Ça sera plus développé par les
intervenants autour de l'éducation à la sexualité, mais en gros, c'est les trois champs de connaissances
et de compétences qu'on essaye de travailler avec les jeunes qu'on a en groupe, avec différents
médias, différents supports de réflexion. Donc, important aussi, à l'appareil, il y aura une
intervention spécifique là-dessus, mais juste, le développement psychosexuel aussi, ça tend,
c'est le développement de son identité sexuelle. On fait coïncider ensemble des attitudes,
des comportements qui déterminent le sexe, le genre, le rôle, l'orientation sexuelle d'un
individu. L'identité sexuelle se définit, et au moment de la, tout au long du développement,
surtout au moment de l'adolescence. En général, les ados savent vers quelle orientation, vers quel
sexe ils sont plus ou moins attirés. Ils sont au clair avec leur identité sexuelle. Quand le
développement est harmonieux, on verra qu'il y a des particularités, notamment dans la
transidentité, qui n'est pas du tout une question de normes, mais l'important c'est que l'individu
se sente bien dans son identité sexuelle et dans sa sexualité. Donc, développement psychosexuel en
fonction de l'âge. Des petites notions importantes à retenir. On distingue toujours la sexualité
d'un individu non pubert de celle d'un individu pubert. C'est très important, on n'est pas dans
le même monde interne. La sexualité infantile, ce n'est pas celle des adultes. On est bien
d'accord. Il y a d'autres intervenants qui en parleront aussi. Il y a des activités dans la
sexualité infantile qui sont principalement la masturbation, l'exploration de son corps, la
curiosité pour le corps de l'autre, le sexe différent. Tout au long de ce développement,
l'enfant, le jeune ado, l'ado a un besoin de répondre à des questionnements. Beaucoup de
questions sur la vie, les origines, les bébés. Et puis, bien évidemment, c'est une découverte des
sensations agréables, désagréables qui évoluent tout au long, en fonction des âges. Donc, il y a
deux périodes développementales majeures. La période pré-génitale, pré-pubère et la période
génitale pubère avec des stades dont vous connaissez. Vous avez déjà certainement très
bien entendu parler. Stade oral, anal, stade génital, chez l'ado. Ce qui est important à
retenir dans ces deux périodes majeures, c'est-à-dire dans la période pré-génitale,
c'est-à-dire pré-pubère, le plaisir recherché, il est principalement auto-érotique, tourné vers
soi. Et dans la période génitale, quand on est pubère, de plus en plus, ça évolue, mais le
plaisir recherché, il est allo-érotique, c'est-à-dire qu'il implique une autre personne.
Rapidement, pour avoir des repérages, parce qu'en fait, c'est important d'avoir des repérages,
parce que le développement psychosexuel de l'enfant et de l'ado, il est à respecter en
fonction de là où en est l'enfant ou l'adolescent dans son développement. Voilà,
c'est important de ne pas créer des intrusions ou des effractions dans ce développement,
si on veut qu'il puisse continuer et se poursuivre de manière harmonieuse et si
on veut que l'individu puisse se construire psychiquement, puisse construire, c'est-à-dire
dans une liberté psychique. C'est important, quand on s'adresse à des jeunes, d'avoir des
notions d'où est-ce qu'ils en sont dans leur maturité psychique et dans ce qu'ils sont
capables de métaboliser ou pas encore. Donc, de 0 à 5 ans, principalement, c'est une large tranche,
je ne vais pas vous développer exactement tous les stades, mais c'est pour avoir des repères.
Donc, l'enfant, il joue avec son corps en entier. Voilà, toutes les zones, tout le corps est
sensible. C'est pareil quand on grandit. Voilà, là, principalement, entre 0 et 5 ans, l'enfant
découvre et explore son corps. Il manipule ses organes génitaux, notamment au moment du bain,
on le voit quand on a des enfants petits ou quand on travaille avec. Il est en interaction
relationnelle avec l'entourage. L'enfant, depuis tout petit, a des capacités relationnelles.
Progressivement, l'enfant est capable de s'exprimer sur ce qu'il ressent. Il prend
conscience de son corps, de celui de l'autre. Et puis, très important et fondamental dans la
construction, il découvre la différence des sexes. Et il commence à prendre conscience de lui-même,
de son corps, et il porte un intérêt à celui des membres de son entourage. Donc,
très important, la différence des sexes, garçons, filles, pour résumer. Et puis aussi,
de la différence des générations, extrêmement important. Voilà, c'est comme ça qu'on se
construit psychiquement, dans ces deux différences-là. Donc, suite, l'enfant continue, poursuit son
développement et grandit. Il a de plus en plus de capacités relationnelles et il a un intérêt
grandissant pour le lien avec les autres enfants de son âge, entre 6 et 9 ans. C'est aussi l'entrée
dans l'apprentissage, dans les apprentissages, notamment en lecture, écriture. Les capacités
relationnelles, là, elles se développent de plus en plus, parce que souvent, l'enfant,
quand il est à la crèche, puis ensuite à la maternelle, les enfants jouent beaucoup les
uns à côté des autres. Et puis, à partir de l'entrée aux primaires, ça y est, il y a de
plus en plus d'interactions et de relations entre les enfants. Et puis, au niveau du développement
psychosexuel, c'est l'apprentissage des limites de la pudeur, mon corps et mon corps. Et l'enfant
a un besoin grandissant d'intimité. Il souhaite s'habiller seul, être seul aux toilettes, prendre
seul son bain. C'est à respecter, si on veut que les choses se poursuivent de façon harmonieuse.
Ce sont des limites qu'il faut apprendre à l'enfant. L'environnement participe largement
à cet apprentissage des limites de la pudeur. Si c'est trop permissif, on va dire, au domicile,
avec des adultes qui se promènent souvent nus, qui laissent la porte de la salle de bain ouverte,
qui rentrent et qui sortent des salles de bain ou des toilettes quand les enfants y sont,
cet apprentissage va être compliqué et ça va entraîner des répercussions. Ce sont des choses
qui sont à rappeler aussi aux parents avec lesquels on travaille. Moi, dernièrement, je
travaillais avec une maman. Elle disait qu'elle prenait son bain avec sa fille de 9 ans. C'est
important de rappeler ça et c'est vraiment à l'adulte d'apprendre ces limites de la pudeur.
C'est comme ça que l'enfant pourra se protéger des abus et des violences sexuelles. L'enfant de
6 à 9 ans continue à poser beaucoup de questions sur les bébés, beaucoup de questions sur l'amour,
etc. La préadolescence, 10-12 ans. Début de la prise de conscience de l'orientation sexuelle.
C'est aussi les premiers signes de puberté, des fois les plus précoces pour certains et ça peut
être compliqué parce qu'au niveau de la maturité, ce n'est pas très harmonieux. C'est le début des
fantasmes sexuels, de l'imaginaire érotique. Ce sont les premiers émois et les premiers
échanges amoureux, même s'ils existaient déjà durant l'enfance. Il y a un développement
grandissant de l'intérêt sexuel pour un autre. Et là, ça y est, plaisir auto-érotique et érotique
se confondent. L'adolescence, c'est la sexualité de l'individu, du génitalisé de l'individu
pubère. Avec toutes les modifications pubertaires, l'identité sexuelle en devenir avec plein de
perspectives possibles. L'adolescence marque le passage de la sexualité pré-pubère,
qui était on a vu principalement exploratoire, auto-érotique, à une sexualité tournée vers un
partenaire avec des rapports qui sont de plus en plus intimes. Très rapidement, il y a puberté,
les organes génitaux au niveau biologique, physiologique, physique, ça a évolué. Les
potentialités orgasmiques possibles. On a vu le développement des fantasmes sexuels. Il y a un
surinvestissement aérogène des zones génitales. Il y a une recherche du plaisir. On a vu que les
activités masturbatoires, parce que zone agréable dans l'enfance existait, ce n'est pas la même
chose à l'adolescence. La masturbation arrive, la masturbation se développe avec des fantasmes
sexuels de plus en plus tournés vers l'autre. C'est la différence avec la sexualité infantile.
Donc recherche de plaisir, prise de conscience de plus en plus de la sexualité, prise de conscience
du plaisir que peut apporter l'autre au sien dans cette relation. Au niveau psycho-affectif,
affirmation de l'identité, de l'identité sexuelle, de l'orientation sexuelle, avec bien évidemment une
construction identitaire très forte, avec des recherches de modèles avec les pères,
recherche de normes, notamment dans les médias, dans la pornographie, sur les réseaux. Donc là,
c'est très important d'être attentif aussi à ce qui se passe pour l'adolescent, parce qu'effectivement
il va être dans la recherche de normes. Est-ce que je suis normale dans les groupes éducation et la
sexualité ? On a beaucoup de questions, notamment au niveau physique. Est-ce que mon corps est
normal ? Est-ce que la taille de mon pénis est normale ? J'ai des seins petits, j'ai des gros
seins ? Ma vue est levée comme ci, comme ça, est-ce que c'est normal ? Donc ils vont aller
rechercher là où on voit des images, des images de corps, des images de rapports sexuels dans la
pornographie, et c'est très important de faire la distinction avec eux de ce qui se passe dans la
réalité, et puis ça va être aussi discuté dans une intervention autour de ça, pornographie,
adolescence, des représentations médiatiques, et puis de ce qui se passe dans la réalité. C'est
important qu'ils puissent avoir des espaces de parole autour de ça. Et c'est un vaste chantier,
un grand programme à l'adolescence, parce que c'est à la fin de l'adolescence, début de l'âge
adulte, une organisation définitive de la sexualité. On définit son identité sexuelle, son orientation
sexuelle, et on doit faire coïncider à la fois ses besoins, ses fantasmes, donc c'est un gros travail.
Donc voilà, ça c'était des rappels brefs sur le développement harmonieux, on va dire
typique chez l'enfant et l'adolescent. Maintenant, on va évoquer ce qui se passe,
comment est-ce qu'on définit les comportements sexuels problématiques chez l'enfant de 12 ans
et moins. Donc il y a un petit outil que vous pouvez télécharger, qui est bien fait sur le
site violence-sexuelle.info. D'ailleurs sur ce site, il y a plusieurs petits topos qui sont
réalisés à la majorité par des psychologues sous forme de vidéos, ou d'outils comme ça qu'on peut
télécharger, très pratiques pour s'informer. Donc je disais que principalement, et malheureusement,
en protection de l'enfance, je travaille sur des lieux d'accueil sur lesquels sont accueillis
des adolescents ou des enfants qui sont placés par un juge, suite à des difficultés parentales.
Et bien malheureusement, il y a beaucoup de comportements sexualisés problématiques chez
ces jeunes, que ce soit des jeunes filles de 12-13 ans qui font du troc sexuel, c'est-à-dire
qui en échange de faveurs sexuelles vont récupérer des cigarettes, de l'argent ou autre.
Pour elles, ce n'est pas forcément problématique. Ça l'est pour nous, surtout que souvent ce sont
des majeurs ou des jeunes qui sont beaucoup plus âgés qu'elles. Donc on a vu la sexualité quand
on a 12-13 ans, on n'est pas dans le même monde interne que celui qu'on a 16-17, 18-20, 25. Et
puis on a beaucoup de jeunes qui ont été aussi exposés tôt à de la pornographie, montrées
souvent par des adultes, et c'est relativement catastrophique les conséquences. Donc on a vu
le développement typique versus le développement atypique. Alors dans le développement harmonieux,
ça existe, les jeux sexuels entre enfants. On a vu qu'il y avait une curiosité qu'ils
exploraient, qu'ils étaient curieux du corps de l'autre. Mais ces jeux sexuels doivent être
occasionnels, spontanés, avec des enfants du même âge, c'est-à-dire plus ou moins deux ans,
pas plus, non coercitifs, c'est-à-dire qu'un des deux enfants ne doit pas se sentir forcé,
qu'il ne doit pas y avoir de chantage, de menace, et ça ne doit pas entraîner de souffrance. Voilà,
donc ça c'est dans le développement harmonieux. Dans le développement plus atypique, qui commence
à poser souci, qui doit alerter les professionnels, ou les parents, l'environnement en tout cas,
c'est quand il y a l'apparition de comportements sexuels problématiques avec des mots répétés très
régulièrement, des gestes obscènes, des imitations ou des tentatives de relations sexuelles, des
contacts orogénitaux, des comportements impliquant une pénétration. Voilà quand je fais des groupes
avec des petits, 1, 10, 12 ans, qui sont sur des dispositifs particuliers, qui sont sur des
dispositifs d'ITEP, et bien il y a beaucoup malheureusement de jeunes enfants qui miment
sur le groupe des relations sexuelles. Donc ça nous fait poser question. Donc qu'est-ce que c'est les
comportements sexuels problématiques ? Alors c'est compliqué parce qu'il n'y a pas forcément non plus
de consensus, de définition, mais on va s'arrêter sur celle-ci qui est la plus recherchée, travaillée.
Ça fait finalement pas si longtemps que ça, une vingtaine d'années qu'on travaille dessus, sur les
comportements sexuels dits problématiques chez les jeunes. Donc ce sont des comportements qui
impliquent des parties sexuelles du corps, qui sont adoptés par des enfants âgés de 12 ans et moins,
et qui sont inappropriés du point de vue du développement de ceux-ci, ou qui sont potentiellement
néfastes pour eux-mêmes ou pour les autres. Donc ça c'est très important, c'est-à-dire qu'ils vont avoir
des gestes, des mots qui ne sont pas de leur âge, pour résumer, qui ne sont pas appropriés, qui ne
sont pas adaptés en vue du développement, de l'âge de développement dans lequel les enfants sont.
Ce sont des comportements qui sont halo-agressifs de l'enfance et qui constituent un facteur de
risque de comportement de violence sexuelle à l'adolescence chez les garçons, dans des
contextes de victimisation. Je vais développer ça un peu plus tard. Et ce sont des comportements
qui sont... où il existe aussi des comportements dirigés vers l'autre, donc voilà, halo-agressifs,
ou des comportements qui sont dirigés vers soi, comme des jeunes qui vont être dans des
comportements, par exemple, de masturbation excessive. On appelle ça donc aussi des
comportements sexuels problématiques. Donc ce qui est important, c'est d'évaluer si le comportement
est fréquent, ou s'il est plutôt rare. C'est important d'évaluer, de savoir un petit peu
dans la norme, normalement, où est-ce que l'enfant en est de son développement. C'est
important aussi de prendre en compte le sexe de l'enfant et aussi la culture dans laquelle
il évolue. Donc c'est jugé problématique, ces comportements. On l'a dit, les mots,
les gestes, voilà, s'ils sont fréquents. Et l'intensité aussi, c'est-à-dire, voilà,
est-ce qu'il y a une évolution aussi, est-ce qu'on passe des mots à des gestes, à des gestes sur
l'autre, même quand l'autre dit non, voilà. C'est en fonction de l'âge aussi. Et c'est
important de s'en préoccuper suivant l'envahissement de ces comportements sur l'enfant,
c'est-à-dire est-ce que ça va remplacer, finalement, des activités qu'il pourrait
avoir de son âge ou des intérêts, finalement, appropriés à son âge. C'est-à-dire que si
l'enfant est sans cesse en train de parler, ça moi je le vois beaucoup sur les groupes que je peux
faire sur l'ITEP, l'Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique, voilà, les enfants
vont beaucoup, beaucoup parler d'images ou de choses qu'ils ont vues, alors qu'ils seraient
censés parler de cartes Pokémon et autres, voilà. Et ces comportements sont aussi jugés
problématiques s'ils se poursuivent malgré l'intervention des adultes, voilà. Donc l'adulte
pose un interdit, voilà, c'est interdit d'avoir ces mots-là en public, de toucher tes parties
intimes en public, tu peux faire ça dans ta chambre, dans un espace privé, là c'est adapté.
Si ces comportements se poursuivent tout de même en public, malgré cette intervention des adultes,
on ne peut considérer que c'est problématique, voilà. Donc on fait une distinction qui est
importante entre les enfants de moins de 12 ans et les adolescents, parce que les enfants
ne doivent pas être considérés comme des agresseurs, donc sans pour autant exclure
la responsabilité des gestes, on note qu'ils en sont responsables, que c'est interdit,
mais on ne doit pas pour autant les considérer comme des agresseurs. Donc contrairement aux
grands adolescents ou aux adultes, voilà, la maturité elle est très différente chez
les enfants, on l'a vu, ça ne leur permet pas de planifier, de rationaliser leurs gestes comme
chez les adultes. Chez les jeunes, on va plus être dans l'imitation ou la recherche de plaisir,
de sensations agréables, mais pas la stimulation sexuelle comme ça peut être recherché chez l'adulte
ou le grand ado. Et c'est très important de distinguer donc chez l'enfant de moins de 12 ans
et les adolescents, parce que ça évite les phénomènes de stigmatisation chez l'enfant
qui a ces comportements-là, et d'intériorisation du sentiment d'être mauvais. Voilà, les comportements
sexuels problématiques chez les enfants de moins de 12 ans, la plupart des enfants qui
présentent ces problèmes-là sont victimes, on va en parler un petit peu plus tard, et c'est important
de les écouter, et surtout il y a des prises en charge qui peuvent être mises en place et qui ont
de très bons résultats chez l'ado et l'adulte aussi, il y a des prises en charge qui sont possibles,
mais voilà, ça ne sera pas les mêmes que celle de chez l'enfant, et c'est important, là toujours,
comme on distingue la sexualité prépubère de la sexualité pubère, de ne pas faire de confusion
justement, et donc voilà, de bien distinguer les intentions chez les uns ou chez les autres,
c'est important de faire cette distinction-là, et de ne pas stigmatiser. Donc quelques chiffres,
donc il n'y a pas de chiffres officiels de l'incidence et de la prévalence des comportements
sexuels problématiques en France, pourtant ils sont très fréquemment observés par les
intervenants auprès des jeunes et des enfants du secteur du soin et du médico-social, je pense
que c'est très difficile d'avoir des chiffres, alors on pourrait faire des études, et je pense
qu'on a plein plein de matières par contre, et plein de cliniques, parce qu'on observe plein
de choses, mais je pense que c'est encore difficilement objectivable ces comportements,
que c'est encore très, comment dire, subjectif finalement en fonction des professionnels,
c'est pour ça que c'est important d'avoir une définition claire de ce qui est problématique,
mais on remarque, et moi je le vois souvent, ce qui est problématique pour les uns, les moins
pour l'autre, voilà, en fonction des tolérances personnelles, donc ça serait vraiment bien de
pouvoir objectiver les choses, voilà. Alors par contre on a les chiffres de l'observatoire de la
délinquance et des réponses pénales en France, donc on sait qu'il y a 23% des auteurs de violences
sexuelles qui sont mineurs, et il y a 7% des condamnations de mineurs pour viol qui concernent
des enfants de moins de 13 ans, ok ? Donc ça, ce sont les chiffres que l'on connaît en plus,
sachant qu'on sait très bien qu'il y a beaucoup de victimes mineures, de victimes adultes aussi,
mais là on est chez les mineurs, donc de victimes mineures qui ne disent rien, de parents ou de
familles qui sont au courant de choses qui se passent entre enfants, beaux-enfants, quand il y a
des familles recomposées, cousins, etc, et qui malheureusement ne disent rien, on garde le silence.
Les mises en cause pour les viols sur mineurs sont pour plus de la moitié également mineurs, ok ?
Donc ceux qui sont les auteurs, les violences faites sur les mineurs sont pour plus de la
moitié commises par des mineurs, d'accord ? Donc ça, ce sont les chiffres du ministère de l'Intérieur récent.
On sait aussi qu'il y a des études qui ont été faites, notamment aux États-Unis, mais aussi au
Canada, parce que ce sont des questions qui sont beaucoup travaillées au Canada, les comportements
sexuels problématiques, donc sur les populations qui sont suivies par la protection de l'enfance,
donc ce sont des choses qui nous intéressent, en tout cas moi qui m'intéresse parce que c'est
ma clinique et là où je travaille. Donc la ville de New York avait fait une étude qui avait recensé
que 30% des jeunes accompagnés par leur service de protection de l'enfance présentaient des
comportements sexuels problématiques. Au Québec, c'était un enfant sur six pris en charge par la
protection de l'enfance, et ça ce sont seulement les chiffres qui sont déclarés pour les infractions
les plus graves. Donc tous les comportements des jeunes qui vont avoir des gestes, des mots,
qui vont reproduire des actes comme ça, ça ne va pas forcément par les professionnels être perçus
comme des infractions très graves. Donc ça ne va pas forcément être déclaré. Pareil pour les jeunes
qui vont être des masturbations compulsives, de l'exhibitionnisme parfois. Souvent les infractions
les plus graves, c'est quand il y a eu agression sexuelle ou viol que c'est déclaré. Je le vois
aussi par expérience. Donc dix ans après la prise en charge qui vise à réduire les comportements
sexuels problématiques, il y a 2 à 10% des jeunes qui ont participé à l'étude et qui plus tard ont
commis un crime de nature sexuelle. Voilà donc 2 à 10% dix ans après. Donc on voit quand même que
les données disponibles qu'on a pu faire, elles suggèrent que la majorité des enfants qui
présentent des comportements sexuels problématiques n'ont pas un risque élevé de devenir des auteurs
de violences sexuelles lorsque c'est pris à temps et lorsqu'ils reçoivent le bon suivi.
C'est plutôt engageant, encourageant. Donc qu'est-ce que vient nous dire l'enfant à travers les
comportements sexuels problématiques ? On a vu que c'était un symptôme le comportement sexuel
problématique. Donc c'est quoi un petit peu l'éthiologie ? Qu'est-ce que ça les cause ?
Il y a des études qui ont été faites aussi, évidemment. On l'observe tous les jours dans notre clinique.
Qu'est-ce qui se passe chez ces enfants ? Les comportements sexuels problématiques,
tout comme les symptômes de stress post-traumatique, de dissociation et de dépression sont un symptôme
propre à l'agression sexuelle. Le comportement sexuel problématique, c'est un symptôme de
l'agression sexuelle, c'est-à-dire que l'enfant a pu être dans une problématique de victimisation,
a pu être victime. C'est-à-dire que ces comportements, ils sont présents chez une
proportion importante d'enfants victimes d'agressions sexuelles. Et ça distingue vraiment les enfants
victimes des enfants non victimes. C'est vraiment un comportement qu'on observe chez l'enfant qui est
victime. C'est pour ça que pour les professionnels de santé, les professionnels de l'éducation,
il faut vraiment que ça mette la puce à l'oreille. Qu'est-ce que vient dire l'enfant ? Ce n'est pas
normal pour employer ce terme, ce n'est pas adapté, ce n'est pas approprié qu'un enfant de 10 ans
puisse venir avoir des mots d'adulte, des mots pornographiques pour dire ça comme ça,
et des gestes devant les autres. Ce n'est pas normal, ce n'est pas adapté. Il faut se poser
la question de qu'est-ce que l'enfant a vu ou qu'est-ce que l'enfant a subi ? Donc c'est une
séquelle, voilà, suite à une agression sexuelle. Car il y a eu effraction dans le développement
psychosexuel. C'est venu faire effraction dans les capacités de mentalisation de l'enfant à un
moment donné qui n'est pas en capacité d'intégrer ce qu'il a vu ou ce qu'il a subi. La sexualisation
est traumatique et l'enfant, du coup, son développement, il y a une rupture dans le
développement et il va continuer à se développer. Le corps continue à changer, on grandit, mais par
contre de façon dysfonctionnelle et inappropriée. Donc pour faire suite, l'exposition précoce à la
sexualité. Donc l'enfant, il va prendre conscience de l'existence de la sexualité, mais de la
sexualité de l'adulte, fondamentalement différente de celle de l'enfant, sans avoir les capacités
mentales pour l'élaborer et réguler les émotions. Donc ça, ça fait traumatisme quand on n'a pas les
capacités mentales pour élaborer quelque chose. Et donc le traumatisme fait que l'enfant va avoir
des réactions inadaptées pour gérer les sensations corporelles qu'il a ressenties dans les moments
d'agression, par exemple. Comme la stimulation génitale qu'il a pu ressentir suivant les
violences sexuelles qu'il a subies et dont l'enfant va pouvoir après tenter de se servir de nouveau
pour s'apaiser par la suite. Voilà, par exemple dans les cas de masturbation compulsive. Voilà,
l'enfant, il va essayer de stimuler les zones génitales pour tenter de s'apaiser. Donc l'enfant
victime, malheureusement, il va apprendre à utiliser des comportements sexualisés pour
interagir avec les autres ou bien obtenir la satisfaction de ses besoins. Voilà, suivant les
chantages aussi qui lui ont été faits dans cette relation entre l'adulte, le majeur ou le grand
adolescent et l'enfant. Donc, suite à une expérience traumatique, donc tout ce dont je vous parle depuis
tout à l'heure, il y a des études qui ont été faites, il y a les références à chaque fois, puis à la fin
vous les aurez aussi. Donc, il y a trois types de réponses suite à une expérience traumatique, enfin
on va en définir trois. Il y en a plus évidemment, mais là je vous parle de trois types de réponses
possibles chez les enfants, là en tout cas de moins de 12 ans, dans le cas des comportements
sexuels problématiques. Donc, l'intériorisation des émotions, ça peut être une réponse. Donc ça,
ça va favoriser les comportements autodestructeurs dont font partie les comportements sexuels
problématiques qui sont dirigés vers soi. Il peut y avoir une extériorisation des émotions. On a
vu que l'enfant, il n'était pas capable de les réguler dans ses moments de traumatisme et par la
suite parce qu'il n'est pas capable de mentaliser, d'élaborer, de se représenter ce qui s'est passé.
Donc, il peut extérioriser les émotions. Donc ça, ça va favoriser le développement des comportements
abusifs, donc les comportements sexuels problématiques qui vont être dirigés vers les autres. L'enfant
vient nous montrer, vient nous dire aussi que ça ne va pas. Et puis, il y a des enfants qui vont
être en capacité d'exprimer des émotions. Ça va favoriser la compréhension et l'intégration
de l'expérience traumatique aux autres expériences de vie. Il y en a qui vont parler de résilience,
rémission. Tout dépend. Le contexte aussi, l'environnement dans lequel l'agression a pu
avoir lieu ou l'exposition aux écrans. Ce n'est pas la même chose quand on a toujours grandi dans
un climat très confus, très incestuel, voire incestueux. Et là, il y a des violences qui
arrivent ou alors l'exposition à de la pornographie. On va avoir plus de chance parce que déjà d'emblée,
la construction psychique est compliquée. Donc là, on va peut-être plus avoir d'emblée tendance
à développer des comportements problématiques. Alors que si on est dans un environnement plutôt
stable et favorisant et qu'on a entendu, appris à verbaliser ses émotions et que là, de l'extérieur,
il y a une agression qui arrive, ça ne va pas être pris en charge de la même façon non plus
par les parents ou les adultes autour de l'enfant. Et donc là, on a plus de chance à ce moment-là de
pouvoir être pris en charge rapidement et donc d'être résilient de cet événement.
Donc en résumé, l'agression sexuelle de l'enfant ou l'exposition inappropriée à la sexualité des
adultes, c'est-à-dire des enfants qui vont au domicile voir les parents ou les adultes autour
d'eux avoir des relations sexuelles parce que les adultes ne font pas attention, ne ferment pas la
porte, ne font pas attention, c'est tout. Eh bien, ça va perturber le développement psychosexuel et
donc ça va se traduire par une augmentation de l'intérêt de l'enfant pour la sexualité ou par
une répétition compulsive des gestes aussi, afin de comprendre ou de contrôler les aspects
traumatiques de l'agression sexuelle vécue. Ça, ça a beaucoup été travaillé par Marie-Laure Yamé,
qui est également un médecin sexologue à l'AIUS et qui fait régulièrement des interventions sur ce
thème. Donc l'enfant est victime, soit agressé, soit exposé et ce sont des violences qui favorisent
des mises en scène et des comportements sexuels inappropriés. Voilà, c'est ce que j'aimerais que
vous puissiez retenir. C'est quand on est confronté à des enfants qui ont ce type de comportement,
toujours s'interroger sur qu'est-ce qu'ils ont vu, qu'est-ce qu'ils ont subi au domicile ou ailleurs,
à l'école ou dans leur lieu de vie, quand ils sont accueillis aussi, quand ils sont placés. Donc
quelques cas cliniques très rapidement. Les jeunes qu'on a très régulièrement et qu'on
connaît tous quand on travaille en protection de l'enfance. Donc une jeune fille, 13 ans,
bientôt 14, placée en MECS, c'est-à-dire maison d'enfants à caractère social. Depuis peu, jeune
fille suivie dans un centre médico-psychologique infantile pour les enfants ados. C'est une jeune
fille qui a des rapports sexuels dès l'âge de 11 ans, avec des notions d'échange, je vous disais,
de faveur sexuelle contre de l'argent, des cigarettes, avec des mineurs ou des majeurs.
C'est une jeune fille qui a beaucoup de mal à percevoir que ça peut être une mise en danger
très grave aussi pour elle et qu'elle s'abîme avec ce type de comportement. C'est une jeune
fille qui a été exposée très tôt à la sexualité de sa mère, qui dit avoir visionné de la pornographie
très tôt parce qu'il y avoir eu accès facilement. Elle a été dans une relation très fusionnelle,
quasiment incestuelle, en tout cas avec cette maman, qui dormait avec, prenait le bain avec,
relation de copinage, lui racontait ses histoires avec ses amants, lui demandait conseils à sa
petite fille. À ce jour, on n'a pas de notion d'antécédents d'agression sexuelle pour cette
jeune fille, mais des comportements sexuels problématiques. Pareil, en parallèle, on a
aussi une jeune fille à peine plus âgée, deux ans, même profil, placement sur une maison d'enfants
à caractère social. Ce sont des placements judiciaires qui présentent au titre de l'enfance
en danger. On a estimé, un juge et des travailleurs sociaux ont estimé que ce qui se passait à
domicile n'était pas approprié et mauvais pour le développement de cette jeune fille.
Elle a eu un antécédent de viol à l'âge de 13 ans par un jeune majeur, qui a eu un dépôt de
plainte dans le cadre de la procédure Amélie, et pour l'instant toujours en attente. C'est une
jeune fille qui s'expose très facilement, qui parle d'elle, de son corps, de sexe, de ses
pratiques, plus, plus, plus. Elle aussi, elle est dans des comportements de drogue sexuelle. Elle a
été beaucoup exposée aussi à l'intimité de sa mère et à la sexualité de sa fille, donc comme
Valentin, à 13 ans. Et elle aussi, elle regarde du porno depuis l'âge de 10 ans de façon très
régulière. J'ai fait un groupe, il n'y a pas longtemps non plus, avec des jeunes garçons de
10 ans, qui nous parlaient des sites pornographiques, comme si c'était des Walt Disney,
en nous disant qu'ils y allaient très régulièrement et que les premiers visionnages avaient été faits
avec des majeurs. Donc il faut aussi rappeler que c'est interdit par la loi, c'est interdit
aux moins de 18 ans à pornographier. Et surtout, ce sont des enfants qui vivaient au domicile. Les
parents ont une responsabilité, une responsabilité aussi à laisser l'accès comme ça, sans filtre,
sans rien, à des jeunes enfants. Donc très rapidement, quelques chiffres justement sur le
visionnage des supports à caractère pornographique. Donc ça représente quand même 25% du trafic web
de vidéos dans le monde. En France, les quatre premiers sites pornographiques ont été vus par
plus de 25 millions de visiteurs uniques, c'est-à-dire 25 millions d'adresses IP uniques en
France sur le mois de juillet. Donc sur un mois, 25 millions uniques en France. Il y a plus de
2 millions de mineurs qui se rendent chaque mois sur un site pornographique. Donc chaque jour,
près de 1 mineur sur 10. Donc c'est énorme. Et puis, ce sont des mineurs de plus en plus jeunes.
Les jeunes garçons de 12-13 ans, ils ont une probabilité plus importante à être exposés à la
pornographie que les jeunes filles. Je ne vais pas en discuter ici, mais pour plein de raisons,
notamment par exemple dans les agressions sexuelles, c'est un facteur de vulnérabilité d'être un homme,
un garçon. Il y a plus d'un mineur de 15 ans sur 2. Donc il y a quasiment tous,
c'est plus d'un mineur sur deux, qui a déjà vu une vidéo pornographique sur Internet. Et les
chiffres sont exponentiels avec l'âge. C'est-à-dire, plus on grandit, plus il y a de mineurs qui en
regardent et plus on en regarde régulièrement. Il y a une étude qui est sortie il n'y a vraiment pas
très longtemps, puisque c'était en mai 2023. Vous pouvez la retrouver sur l'ARCOM, sur le
visionnage de la pornographie chez les adolescents en France, qui est bien faite et qui donne des
chiffres. Intéressant d'ailleurs, et assez alarmant. L'âge du premier visionnage d'une
vidéo pornographique, elle est majoritairement entre 13 et 15 ans pour 61% des mineurs. Donc
plus de la majorité sont entre 13 et 15 ans, voire avant. Puis là, c'est les chiffres qui ont
été déclarés. Mais il y a quand même 7% des moins de 11 ans et 10% des jeunes âgés de 10 à 12 ans
qui ont déjà vu une vidéo pornographique. Donc quand on travaille en protection de l'enfance,
dans l'éducation spécialisée, en pédopsychiatrie, on peut être sûr que nous, on a quand même en
grande majorité les 7% de moins de 11 ans et les 10% de 10 à 12 ans. Parce qu'il y a plein de
facteurs de vulnérabilité. Quand on a des parents en difficulté financière, des parents en difficulté
sociale, des parents qui souffrent d'addiction, des parents qui souffrent de troubles psychiatriques,
des parents qui ont eux-mêmes été victimes. Quand on est exposé à de la violence conjugale,
ben voilà, malheureusement, on a plus de chances de se développer dans un environnement où les
limites sont très floues et où du coup, on peut être exposé à la sexualité de l'adulte. Et dans
des milieux où il y a beaucoup de confusion. Donc juste quelques conséquences très rapides de
l'exposition chez le mineur. Donc il va y avoir des attitudes et des attentes irréalistes du
jeune sur la sexualité avec notamment des attentes de performance et donc le pendant des angoisses
de performance. Est-ce que je vais durer assez longtemps ? Est-ce que mon pénis est assez gros ?
Est-ce que j'ai une poitrine suffisamment attirante ? Est-ce que ma vulve est bien faite ?
Ça marche aussi pour les adultes, je vous dirais. Mais quand on se construit déjà d'emblée avec
comme première éducation la pornographie, on a de plus fortes chances d'avoir ces attentes
irréalistes. La sexualité, elle est plus permissive aussi. Pour les jeunes
qui regardent beaucoup de pornographie, dans le sens où les limites du consentement, elles sont
un peu floutées dans les pornos. On ne se parle pas. Voilà, en plus avec une image de la femme
plutôt soumise, avec pas mal de stéréotypes, l'homme qui arrive, il ne pose pas la question et
bam, voilà. Donc ça floute un peu ces limites du consentement. La sexualité, elle va être beaucoup
associée à la consommation de porno finalement. C'est-à-dire que le jeune va avoir du mal à
finalement développer ses propres fantasmes parce qu'il va beaucoup avoir les fantasmes
de ce qu'il a vu dans les pornos, déconnecté en plus de tout l'aspect affectif. Il y a une plus
grande acceptation de la sexualité occasionnelle aussi. Bon, après, c'est pas du tout des
jugements de valeur. C'est juste que du coup, quand on a plus de rapports, plus de partenaires
différents, on a plus de risques d'IST ou d'IVG. Les croyances, elles sont modifiées. Beaucoup de
stéréotypes de genre. Ça va maintenir aussi certains dans des incertitudes identitaires quant
à la sexualité. Qu'est-ce que j'aime ? Qu'est-ce qui me fait plaisir ? Du coup, tout m'excite un peu
dans le porno parce que c'est fait pour. Mais du coup, j'ai un petit peu du mal à me définir moi
même. Ça entraîne les conduites addictives, l'addiction au porno parce que le porno, c'est
fait pour être addictif aussi. Des images très rapides, on switch d'un truc à l'autre, c'est
infini. Voilà les vidéos. Et puis, des conduites à risque avec notamment comme le
chemsex, mais aussi tout ce qui est autour sexting, revenge porn. Du coup, j'ai accès
facilement à du porno amateur, donc je peux en faire aussi. Mais du coup, est-ce que je demande
toujours l'accord à l'autre ou est-ce que je balance ça comme ça ? Je fais mes propres vidéos porno,
je les envoie à mes potes. Ça peut entraîner ça aussi toujours parce que c'est un peu permissif.
Donc, conclusion juste. La sexualité infantile, on rappelle, elle a absolument rien à voir avec la
sexualité génitale des adultes, ni dans les manifestations déviantes, même s'il y a des
activités qui peuvent vous y faire penser comme des activités masturbatoires, une recherche du
plaisir, des sensations agréables, de la curiosité. Donc, c'est nécessaire d'envisager très très tôt
la prévention chez les enfants pour qu'ils puissent se prémunir des violences sexuelles commises par
d'autres mineurs, on l'a vu, mais par des adultes bien évidemment. C'est important de poser des
règles claires et des interdits aussi. Les comportements sexuels problématiques, ils doivent
alerter les adultes toujours sur la victimisation possible de l'enfant parce qu'on a vu que c'était
un symptôme propre à l'agression sexuelle ou à l'exposition à des scènes d'une sexualité adulte.
Je vous remercie pour votre attention, n'hésitez pas si vous avez des questions,
dans la fenêtre de chat, j'essaierai de répondre à un moment donné ou à un autre. Si vous avez
des questions sur la bibliographie aussi, voilà. En tout cas, je vous remercie à toutes et à tous
d'avoir participé. Au revoir.