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Education sexuelle

Education à la sexualité inclusive : pourquoi, comment et quel impact sur notre pratique ?

Magaly Pirotte Éducation sexuelle inclusive

Magaly Pirotte présente une éducation à la sexualité inclusive, positive et émancipatrice, attentive aux corps, aux identités, aux handicaps, aux orientations et aux rapports de pouvoir.

Intervenant

Magaly Pirotte

Chercheuse indépendante et fondatrice du projet SEX-ED +. Magaly travaille comme chercheuse sur la santé et les droits sexuels et reproductifs et est la personne en arrière du projet SEX-ED + À travers SEX-ED +, Magaly cherche à alimenter les réflexions et les pratiques pour promouvoir une éducation à la sexualité positive, inclusive et émancipatrice, ancrée dans des valeurs de justice sociale.

Points clés

  • Une éducation inclusive rend visibles des expériences, corps et identités souvent absents des supports classiques.
  • L’inclusion ne consiste pas seulement à ajouter des exemples, mais à modifier les normes implicites des messages transmis.
  • Les outils pédagogiques doivent soutenir l’autonomie, le consentement, la justice sociale et la diversité des vécus.
  • Les professionnels sont invités à interroger leurs propres représentations et angles morts.
  • Cette approche améliore la pertinence et l’accessibilité des interventions en santé sexuelle.

Salut Magali, bonjour Arnaud, ça me fait super plaisir que tu aies pu participer à notre

évènement, à la deuxième édition du sommet de la santé sexuelle, donc Magali Pierrotte

pour les gens qui ne la connaissent pas, elle est canadienne, elle est de Montréal, c'est

chercheuse en santé sexuelle et puis tu es la fondatrice du projet Sex-Aide Plus qui veut dire

éducation sexuelle positive et donc tu vas certainement en parler mais tu crées plein

d'outils qui te distribuent au niveau international et donc tu vas aborder un point qui est l'inclusivité

par rapport à l'éducation à la sexualité, donc je te laisse faire ta présentation.

Donc bonjour tout le monde, aujourd'hui je vais vous parler d'éducation à la sexualité bien

entendu mais avec l'inclusivité au cœur de nos pratiques, ça va être le thème. Donc comme l'a

mentionné Arnaud, en fait je viens du milieu de la recherche et des sciences sociales, sciences

sociales et politiques, j'ai beaucoup travaillé en fait sur les mouvements sociaux, les stratégies

politiques et d'associer tout ça en fait au mouvement pour la santé des femmes, le planning, la défense

des droits. J'ai aussi travaillé comme intervenante dans ce genre de projet. Au cours des dernières

années, j'ai fondé le projet Sex-Aide Plus, donc c'est un projet qui a diverses parties, l'une c'est

de documenter la diversité génitale puis créer des outils pour les professionnels, rendre ces

connaissances ensuite disponibles à toutes et tous via une base de données en 3D qui n'est pas encore

en ligne mais qui va bientôt l'être et produire des analyses et de la vulgarisation scientifique sur

l'éducation à la sexualité parce que souvent quand on est travailleur, travailleuse de terrain, on n'a

pas grand temps pour lire ce qui sort. Ça peut être le fun de se faire, d'avoir des petits

extraits de ce qui sort dans la recherche qui peut informer nos pratiques. Ce qu'il y a au cœur de

mon travail, c'est vraiment, c'est en trois points, c'est centrer la parole et les expertises des

populations concernées, s'assurer que chaque personne a accès à des services, des informations et des soins

compétents, adaptés et qui respectent la dignité, peu importe leur corps, leurs identités, leurs

expériences et toujours amener le fait que la sexualité est politique, qu'elle n'existe pas en

vase clos, que ça se passe à l'intérieur de dynamiques sociales qui ont un impact sur nos vies et nos parcours.

Pourquoi est-ce qu'on travaille en éducation sexuelle? Vous comme moi, souvent en fait c'est

une passion, c'est une vocation. On a vraiment le désir d'accompagner les gens dans leur parcours

de vie, ce qui est comme un privilège incroyable. C'est un métier qu'on fait avec notre cœur, parfois,

souvent, bénévolement et il n'y a vraiment personne qui fait ça avec une volonté de discriminer ou

de nuire. Et en fait, c'est toutes ces raisons-là qui font que parfois c'est difficile de se remettre

en question, de remettre en question ces pratiques parce qu'on y met tellement de cœur dans ce qu'on

fait. Mais là, c'est l'exercice que je vous propose de faire, en fait, qu'on va prendre une grande

respiration ensemble, puis on va regarder nos pratiques, nos interventions, puis en quoi,

des fois, involontairement, elles peuvent avoir des impacts qui sont négatifs ou sous-optimaux par

rapport aux personnes avec qui on intervient. Je vais prendre des exemples que soit j'ai dit moi-même,

soit qui ont été dits dans un contexte où j'étais, soit qui viennent de recherches que j'ai menées ou,

en fait, c'est les jeunes qui parlaient de leur expérience avec l'éducation à la sexualité. Et

surtout, avant qu'on commence, je vais vous inviter à vous rappeler les sages paroles de Jean Milburn,

qui est la maman de Otis dans Sex Education, et qui parle, en fait, de c'est quoi être un bon thérapeute.

Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org

Donc, ça, en fait, c'est vraiment qu'on se rappelle que la plupart du temps, c'est pas à propos de nous,

c'est vraiment à propos des populations qu'on veut desservir et l'impact qu'on va avoir sur elles.

Donc, si on parle de pratiques inclusives, c'est que de facto, il y a des pratiques exclusives.

En fait, c'est quoi qu'on veut dire quand on parle d'exclusion? Souvent, ce qu'on pense que l'exclusion,

on sait, c'est de dire du mal d'un groupe social, refuser de le traiter, de le soigner, l'insulter.

On voit ça comme des actes qui sont individuels, grossiers et facilement identifiables et condamnables.

Si c'était ça, ça serait vraiment facile, en fait, d'avoir des pratiques inclusives,

parce que ça serait facile de les détecter et de les modifier. En réalité, c'est quoi l'exclusion?

C'est tout un tas de mécanismes qui sont subtils, involontaires et qui sont souvent indétectables

par la personne qui en est responsable.

Ça prend tout un tas de formes que vous allez voir sur la prochaine diapo.

C'est ancré, en fait, dans nos représentations sociales.

Nos représentations sociales, c'est quoi? C'est tout ce qui nous constitue en tant qu'êtres humains,

tout ce qu'on pense, nos affects, qui est ancré, en fait, dans notre historique.

C'est d'où on vient, qui on est, où c'est qu'on est, quelle est l'éducation qu'on a reçue.

Tout ceci, ça constitue nos représentations sociales de c'est quoi une bonne vie,

de c'est quoi qui est bien, qu'on pense bien.

Mais ce n'est les représentations sociales d'un individu ne sont que quelque chose qui lui appartiennent

et les autres individus qui vont être en présence avec nous ont aussi leur propre set de représentations sociales.

Et en fait, l'exercice que je veux qu'on fasse, c'est de prendre conscience de ce que sont nos représentations sociales

lorsqu'on intervient, des biais involontaires qu'on a et qui en découlent,

et qu'on entame une déconstruction active de ces représentations, représentations sociales-là,

pour savoir c'est quoi, d'où ça vient, pour le placer dans une petite boîte.

Et être capable de jouer là-dedans pour aussi se décentrer,

puis être capable d'avoir comme une empathie, une compréhension des expériences des autres

et de la diversité de leur vécu.

Les mécanismes de l'exclusion, on va passer là-dessus très vite,

mais on les a catégorisés dans une recherche qu'on a faite avec des collègues

qui s'appelle Promouvoir des programmes d'éducation à la sexualité positive, inclusive et émancipatrice.

C'est en ligne, vous pouvez nous contacter, contactez Arnaud, je lui passerai le lien.

Si vous voulez en savoir plus, c'est de là que ça vient.

Et donc, j'ai créé cinq catégories, puis pour chacune de ces catégories-là, j'ai mis des exemples.

Parce qu'en fait, on ne va pas parler de grands concepts, on va parler du concret,

de ce qui se passe sur le terrain, pour voir c'est quoi qu'on fait,

puis comment est-ce qu'on peut améliorer ce qu'on fait.

Premier exemple, mes premiers mécanismes d'exclusion, c'est la marginalisation.

La marginalisation, c'est refuser à un individu ou à un groupe la pleine participation,

le mettre à l'écart, et en fait, par extension, on lui refuse la possibilité de contribuer pleinement

et de manière significative à la société et à ses débats.

Je vais vous donner trois exemples rapidement auxquels j'ai assisté de marginalisation.

À un moment, il y a eu au Canada un petit mouvement de panique,

probablement créé par les mouvements anti-avortement,

autour de l'avortement sélectif des fœtus de sexe féminin par les personnes qui venaient d'Asie.

Et donc, on supposait une préférence pour les enfants mâles qui menaient à des avortements sélectifs des fœtus féminins.

C'est quelque chose qui n'a pas été documenté non plus au Canada.

Mais j'ai entendu, par exemple, dans le cadre de tables de concertation,

des personnes, des intervenants dire que lorsque la personne était originaire d'Asie,

elle ne disait pas le sexe du fœtus, même si elle l'avait vu.

Donc, il y avait un refus de soins et un refus de passer l'information à une personne sur la base de son appartenance à une communauté XY.

Un autre exemple, il y a beaucoup de fois, on voit que les activités d'éducation à la sexualité sont organisées après l'école.

On fait ça parce qu'on se dit que les jeunes sont disponibles après l'école,

donc on va organiser l'activité à ce moment-là.

Ça part quand même d'un présupposé que les jeunes sont libres après l'école.

Et ce n'est pas une réalité pour tout le monde.

Il y a des jeunes qui sont en charge de famille, qui doivent passer chercher leur petit frère, leur petite sœur à l'école,

qui doivent leur faire à manger, ou alors qui doivent aller aider leurs parents au magasin ou des choses comme ça.

Donc, des fois, il faut penser que ce qui va pour un jeune, en fait, ne va pas du tout pour l'autre jeune,

parce qu'ils n'ont pas les mêmes réalités de vie, parce qu'ils n'appartiennent pas aux mêmes classes sociales, ils n'ont pas les mêmes conditions.

Un autre exemple, c'est la question d'avoir du matériel qui est adapté aux élèves de la différence capacitaire.

C'est-à-dire que la plupart du temps, le matériel pédagogique qu'on a, et on s'entend qu'on n'en a pas beaucoup en éducation à la sexualité,

il est fait pour des gens qui ont toutes leurs capacités intellectuelles, cognitives et physiques.

Donc, souvent, le matériel n'est pas adapté pour les personnes qui ont des déficiences visuelles, pour les personnes qui ont des déficiences motrices,

qui ont des retards cognitifs ou des difficultés. Et donc, en fait, de facto, on les exclut.

Donc là, on voit trois exemples, en fait, de marginalisation où les pédagogues n'étaient pas du tout dans un désir d'exclure des personnes ou des communautés,

mais par échec à se décentrer et à penser la diversité des expériences de leur public, ont failli à les inclure.

Deuxième catégorie, c'est la stigmatisation. La stigmatisation, c'est un mécanisme qui consiste à blâmer, critiquer, dénigrer, humilier, réduire au silence, pathologiser ou faire peur.

Et ça associe de spécifique que ça s'est intériorisé par les personnes de ces communautés, donc qui intériorisent tous les stéréotypes négatifs.

On va prendre un exemple avec un témoignage d'un jeune qui est issu de la communauté LGBT.

Et donc, il dit « L'unique fois où on a parlé d'individus LGBTQI+, en éducation sexuelle, c'était pour dire que les hommes qui ont du sexe avec d'autres hommes

sont plus à risque de contracter une ITSS et le VIH sida. L'homosexualité est associée à la propagation des infections. »

C'est quoi l'impact que ça a eu sur ce jeune-là ? Il dit plus loin dans l'entrevue « L'éducation à la sexualité, ça renforce le sentiment que jamais personne ne va t'aimer, que tu n'auras jamais de partenaire. »

« L'éducation à la sexualité dans un contexte associé à des choses positives et diverses. » En fait, ce qui a été positif pour cette personne-là, il dit, c'est l'émission télévisée Grey's Anatomy,

qui met en scène une médecin qui est lesbienne, c'est un personnage ben normal et qui est dépeint de façon positive. Donc en fait, dans le contexte de l'éducation à la sexualité,

cette personne-là n'a pas eu accès à une représentation de l'homosexualité qui soit positive, diverse, qui montre la richesse d'une communauté, de pratique, de type de famille.

On a juste associé ça à « t'es plus à risque d'attraper le sida ». Donc impact très négatif et stigmatisation.

Un autre exemple. Ça, c'est un exemple vécu. Une personne, donc, qui dit dans le cadre d'une intervention, « l'excision est une mutilation qui est interdite dans ce pays.

Si vous êtes à risque ou si vous connaissez quelqu'un qui est à risque, il faut en parler. Il y a des lois qui vous protègent et les personnes responsables seront poursuivies. »

Ça part d'une excellente intention, mais c'est quoi l'impact de ça? En fait, c'est que souvent, les jeunes filles qui sont à risque d'excision se trouvent dans un contexte migratoire ou de racisation.

Et donc, c'est un contexte où il y a une crainte de la police, des procédures judiciaires et des services sociaux.

Et quand on fait ce genre d'intervention, qu'est-ce qu'on fait? En fait, la personne à risque, c'est sûr qu'elle ne va pas en parler et c'est sûr qu'elle ne va pas venir dire qu'elle est à risque d'excision.

Parce qu'au-delà de la peur de l'excision et de ses répercussions, il y a aussi la crainte des répercussions sur sa famille et sur sa vie qui peuvent se traduire par une déportation,

de la judiciarisation, voire de se retrouver, comme dans les services sociaux, ce que nous on appelle la DTJ, la protection de la jeunesse, je ne sais pas comment ça s'appelle chez vous,

mais en tout cas, se retrouver placée en dehors de sa famille au nom de sa protection.

C'est quoi qui aurait un impact beaucoup plus positif? En fait, c'est de dire que l'excision, c'est une pratique qui est courante dans certains pays, que ce n'est pas permis ici.

Mais que si c'est une question qui vous préoccupe et que vous souhaitez en parler, il y a des organismes et des ressources spécialisées qui peuvent accompagner le jeune avec ou sans sa famille,

avec des intervenants qui parlent plusieurs langues et donner les ressources.

C'est quand même sortir l'idée de la judiciarisation et de la poursuite parce que ça, c'est quelque chose qui va faire que la jeune ne va jamais probablement parler de sa situation à risque.

Et donc là, encore une fois, au niveau du pédagogue ou de la pédagogue, on n'a vu qu'une facette de l'expérience, c'est-à-dire que cette personne est à risque d'excision.

On n'a pas vu l'autre facette de l'expérience parmi une multiplicité de facettes qui est de vivre dans un contexte migratoire ou de racisation qui place à risque de violences policières, d'incarcération, de judiciarisation, de déportation.

Un autre exemple, ceci, je vais le faire, il y en a certains que je vais couper pour entrer dans le temps, mais ceci, je le trouve vraiment intéressant parce qu'on l'a souvent dit, je l'ai déjà dit aussi.

Dire dans une intervention, pour les personnes issues des communautés culturelles minoritaires, le coming out est souvent difficile au sein des familles.

Donc, on part d'une posture plus ou moins informée sur le fait que certaines communautés ont des difficultés à accepter l'homosexualité.

C'est quoi l'impact?

On dit ça, pareil en Éthique, très bien intentionné.

Mais en fait, si on généralise, on suppose que toute une communauté est homophobe, ça peut être une généralisation blessante pour le ou la jeune, parce que ce jeune-là n'est pas seulement LGBTQ+.

C'est aussi quelqu'un qui est issu de cette communauté, qui est certainement pas aussi monolithique qu'on le pense.

Et encore une fois, on voit qu'une facette de l'expérience, on voit la difficulté d'être queer quand on est issu d'un contexte culturel minoritaire.

Mais on ne mentionne jamais l'autre facette de l'expérience, qui est que quand on est LGBTQ+, et qu'on est issu de communautés culturelles minoritaires,

on doit négocier à la fois son identité queer dans sa communauté d'origine, ce qui peut être plus ou moins facile,

mais on doit aussi négocier le racisme qu'on vit dans le milieu queer.

Parce que les personnes racisées dans le milieu queer vont être exoticisées, fétichisées, on va leur assigner comme des stéréotypes ratios qui n'ont absolument pas lieu d'être.

Et donc, encore une fois, il y a une facette extrêmement diverse de l'expérience d'être queer et issu des communautés culturelles minoritaires,

mais souvent en tant que pédagogue, souvent issu de la majorité blanche, on pense à juste un aspect, on ne pense pas à l'autre.

Alors que pour ce jeune, ces deux réalités sont absolument indissociables et l'une ne va pas sans l'autre.

Donc encore une fois, on se rappelle qui on est, on se rappelle d'où on vient, on se rappelle de c'est quoi notre expérience,

et on essaie de se projeter dans les expériences des autres personnes.

Il n'y avait pas de mauvaises intentions, mais ça peut être dommageable pour les autres.

Une autre catégorie d'exclusion, l'invisibilisation.

Là on va prendre l'exemple de, donc c'est une jeune personne lesbienne et une jeune personne trans.

Donc c'est des citations.

Je me souviens de ma première fois, deux vulves, je ne savais pas quoi faire.

On éduque sexe, on parle toujours de pénis plus vagin, j'ai dû googler comment avoir du sexe lesbien.

L'autre personne qui est un jeune trans qui dit, c'est pas normal que ce soit Internet qui m'a appris les mots nécessaires pour parler de moi,

j'aurais dû apprendre ça à l'école.

On a deux personnes en fait qui ont eu de l'éducation à la sexualité,

mais de toute évidence, l'éducation à la sexualité qu'ils et elles ont reçue ne leur ont pas du tout donné les informations

dont ils et elles avaient besoin au moment où elles en avaient besoin.

Et donc ils ont dû aller sur Internet,

donc ils ont probablement trébuché sur tout un tas de bêtises et de faussetés et probablement de la pornographie,

qu'était sûrement pas ce qu'ils cherchaient à ce moment-là, parce qu'ils voulaient juste des réponses à leurs questions.

Et donc, dans le cadre pédagogique, on a vraiment failli à notre poche.

Et c'est quoi les impacts?

Les impacts, ça peut être très très grave, au-delà de l'anecdote.

On a un jeune trans qui nous dit « Si j'avais eu accès à une éducation à la sexualité inclusive,

j'aurais compris plus tôt pourquoi j'étais si mal dans ma peau.

J'aurais pu entamer des procédures médicales plus tôt et faire mon coming out quatre ans avant. »

On a une personne qui, parce qu'on ne lui a pas mentionné son identité

et qui probablement n'avait pas accès à mettre un mot sur son mal-être et sur les possibles qui pouvaient exister,

a retardé son coming out de quatre ans.

On sait que les jeunes trans sont particulièrement à risque de suicide, de troubles mentaux.

Quatre ans, ça peut être long quand tu ne sais pas où tu t'en vas avant de faire ton coming out.

Alors que ça aurait pu être si simple que, dans le contexte d'éducation à la sexualité,

on mentionne les transidentités, on mentionne que ça existe, que ça peut être là,

que ça peut être formidable et qu'il y a des ressources qui existent pour les jeunes qui se questionnent.

Autre invisibilisation, la sexualité des femmes, femmes cisgenres.

Citation. « Ils te disent toutes les choses négatives.

Ça fait mal, tu devrais attendre, tu peux attraper quelque chose.

Tu sais tout ce qui peut aller mal, mais ils ne parlent jamais des bonnes choses. »

Autre citation. « Je suis pas mal certaine que le clitoris n'a jamais été mentionné.

Comment peux-tu enseigner l'éducation à la sexualité sans jamais parler du clitoris ? »

Et ensuite, il y a une citation en anglais que je n'ai pas eu le temps de traduire,

mais en gros, c'est plusieurs filles qui discutent dans un focus group et qui disent

« J'avais jamais entendu parler du mot orgasme jusqu'à ce que j'ai 14 ans. »

C'est comme on n'en parle jamais. On parle les garçons, les garçons, leur orgasme et tout.

« Je ne savais même pas que les filles pouvaient avoir un orgasme jusqu'à ce que j'ai 14 ans. »

Et donc, en fait, effectivement, ce qui se passe en éducation à la sexualité,

c'est qu'on invisibilise le plaisir des femmes.

Et ça, ça a des conséquences sur l'empowerment, tout simplement,

sur le fait que les personnes assignées femmes à la naissance puissent savoir à quoi aspirer

quand elles s'engagent dans une relation à la sexualité,

que le consentement, c'est pas juste dire non, que le consentement, c'est aussi dire oui,

puis savoir à quoi dire oui, que tu as le droit de t'attendre, d'avoir du plaisir,

d'avoir des orgasmes, d'être respecté.

Mais finalement, on tait toute cette expérience autour de la sexualité et du plaisir.

Et ça, c'est dommageable en termes de…

C'est finalement comme si les filles étaient un petit peu passives

et que toute la sexualité reposait sur les hommes et leur sexualité.

C'est des stéréotypes qui sont très dommageables.

La sexualité irrépressible des jeunes garçons

et les jeunes filles qui doivent finalement être un petit peu les gardiennes du temple

et de leur virginité.

Et ça, ça a des impacts sur comment tu te construis en tant qu'agente sexuelle.

Et c'est une citation de jeune fille qui dit,

comme on ne parlait jamais du plaisir, puis de la sexualité en termes positifs pour les filles,

elle dit, ça m'a fait sentir que le sexe, c'est mal,

et qu'y succomber est un signe de faiblesse.

Je pense que si j'en avais appris un petit peu plus sur le fait que la sexualité

est une activité saine, normale, et qui peut nous faire sentir bien,

ça aurait changé pas mal de choses.

On voit que l'impact est quand même vraiment lourd pour cette personne.

C'est penser que le sexe, c'est mal, puis que t'es coupable.

Et on sait que souvent, quand on est en contexte pédagogique,

que c'est le malaise qui est en arrière.

On ne sait pas comment parler de ces choses-là.

On ne sait pas comment parler de plaisir dans la sexualité.

On se dit, ça va rire, ça va ricaner, ça va faire du brouhaha, etc.

Mais c'est hyper important, parce que sinon,

on parle de la sexualité des hommes et pas de la sexualité des autres.

Et en invisibilisant, ça laisse des conséquences.

Je vais passer sur la prochaine slide, parce que c'est un petit peu ce que je viens de dire.

Je vais juste vous lire l'extrait.

C'est un exemple d'une jeune fille qui dit,

les professeurs, ils parlent toujours des garçons.

Ils expliquent tout ce qu'il y a à savoir sur eux,

ce qu'ils doivent faire, ce qu'ils doivent ne pas faire.

Mais à propos de nous, il nous dit juste de ne pas perdre notre virginité.

On ne va pas loin avec ça.

Donc, manque de donner des outils pour naviguer sa sexualité.

Généralisation d'un modèle normatif unique,

c'est pareil en termes de représentation sociale.

En fait, c'est encore une fois,

on pense que tout le monde arrive avec les mêmes expériences.

Et là, je vais vous donner deux exemples.

Vous allez voir, c'est un peu difficile quand même quand on y pense.

Quelque chose qui est souvent dit dans un contexte d'éducation avec la sexualité,

c'est la première fois, c'est important.

Lorsque toutes les conditions sont réunies pour que ça se passe bien

avec le ou la partenaire avec qui on est amoureux, en confiance,

ça ouvre la porte à une belle sexualité.

Et effectivement, c'est comme une première fois réussie,

c'est formidable et ça ouvre la porte à une belle sexualité.

Sauf qu'on est absolument certain que quel que soit le contexte dans lequel on enseigne,

il va y avoir une ou des personnes pour qui l'entrée en sexualité,

ça ne va pas avoir été une belle expérience en confiance et amoureux.

Quand on sait les taux d'inceste,

quand on sait les taux de violences sexuelles sur les enfants,

quand on sait les taux d'agressions sexuelles,

il y a beaucoup de personnes pour qui la première fois, c'était pas le fun,

voire même les fois d'après.

Et en fait, quand on dit ça, on n'est pas trauma-informed,

on ne fait pas attention à comment vont se sentir les personnes

pour qui l'entrée à la sexualité s'est faite dans la violence, dans la honte,

dans la douleur.

Et en fait, finalement, c'est comme on leur laisse peu miroiter la possibilité

qu'eux et elles aussi peuvent avoir accès à une belle sexualité,

même si leur première fois n'a pas été formidable.

Un autre exemple qu'on dit souvent,

encore dans la conférence que j'ai organisée il y a deux, trois jours,

il y a quelqu'un qui a donné l'exemple.

Tu vas dans n'importe quel contexte, ça peut se passer au médecin,

pas au planning, mais au médecin souvent,

et tu dis, l'air de rien, si vous envisagez de devenir actif,

actif sexuellement, c'est important de planifier votre méthode de contraception.

Oui, effectivement.

Mais aussi, il y a des personnes pour qui

il n'y aura pas besoin de méthode de contraception.

C'est comme, oui, il va falloir parler de plus de protection et de TSS.

Mais il faut les mentionner ces personnes-là,

parce que si on ne les mentionne pas, on les marginalise.

On parle d'un modèle unique,

que toutes les personnes vont entrer en sexualité hétéro,

que toutes les personnes vont entrer en sexualité

sans contraintes, sans coercition, sans violence.

Ce n'est pas la réalité.

Donc, il faut toujours avoir une approche qui tient compte de cette diversité.

Sinon, on repousse les gens dans les marges.

Si on résume, en fait, si on met la parole des jeunes au centre,

on va prendre cet exemple-là,

parce que souvent l'éducation à la sexualité, c'est avec les jeunes,

mais sachant que ça peut prendre tout un tas de formes.

C'est quoi qu'ils veulent, les jeunes?

C'est des modèles positifs et diversifiés de la sexualité.

Ils veulent se voir,

voir leurs expériences représentées dans leur diversité.

Ils veulent ne pas se faire assigner à des catégories prédéterminées

selon leur sexe assigné à la naissance,

leur ethnicité, leur situation de handicap, etc.

Ils veulent se faire reconnaître comme des individus à part entière.

Et ils veulent qu'on aborde les aspects relationnels de la sexualité.

Pas juste la reproduction, les ITSS, puis tout ça.

C'est comme, ils rentrent en sexualité,

ils ont des questions, ils ont besoin d'être outillés.

Ils veulent savoir.

C'est notre rôle de leur donner les outils pour qu'ils puissent naviguer ça.

Je vous remets une autre citation d'un jeune qui dit

« On n'avait pas le droit de poser des questions.

Ils n'ont même pas mentionné les différentes orientations sexuelles ou de genre.

C'était pas mal réduit à « Voici votre anatomie, bonne chance ». »

Donc ça, c'est vraiment ce à quoi on ne veut pas

que ça ressemble, l'éducation à la sexualité.

Et en fait, pourquoi l'inclusion, c'est important?

Je pense que c'est vraiment parce qu'on veut que jamais un jeune

ne nous dise qu'à cause de nous, cette phrase-là.

C'est comme « Merde, si t'es pas représenté,

si tu ne te vois pas quand on parle de sexualité humaine,

ben t'es juste pas humain.

T'es juste pas humain parce que t'es pas inclus. »

Et ça, c'est vraiment le clé.

On ne veut jamais qu'un jeune se sente comme ça.

On ne veut jamais qu'un jeune ou même un adulte

sente qu'il n'est pas humain parce qu'on n'a pas inclus

sa réalité dans la sexualité.

On est tous et toutes humains dans notre diversité.

C'est vraiment important.

C'est vraiment important, finalement.

L'éducation à la sexualité, c'est important parce que ça touche

à beaucoup plus de sujets que le sexe.

Ça touche à notre rapport au corps,

aux changements qui ont lieu dans les moments de la vie,

au consentement, aux relations familiales, etc.

Ça touche à une multiplicité de trucs.

Et en tant que pédagogue, en fait, on a la possibilité

de jouer un rôle dans la vie des jeunes.

On a la capacité de les outiller, de les accompagner.

Mais vraiment, la façon dont on va jouer ce rôle-là,

en fait, dont on se rend compte avec les exemples

précédemment donnés, c'est que malheureusement,

des fois, on peut nuire.

Des fois, on peut juste contribuer au statu quo.

Mais ce qui est formidable, c'est qu'on peut aussi avoir

un impact absolument formidable pour les outiller

puis pour les émanciper.

Donc, concrètement, on fait quoi ?

C'est la grande question parce qu'au-delà des grandes

déclarations, c'est on fait quoi au jour le jour concrètement

dans notre pratique ?

Il y a une chose qu'on ne fait pas, en tout cas,

c'est la stratégie des modules supplémentaires.

Je vous explique ce que c'est et pourquoi on ne fait pas ça.

La stratégie des modules supplémentaires, en fait,

c'est on garde notre cursus d'éducation à la sexualité

exactement comme il est et on rajoute une ou deux séances

sur, par exemple, la lutte à l'homophobie et la transphobie

et, je ne sais pas, l'inclusion de la sexualité

des personnes handicapées.

Quand on fait ça, en fait, aussi bien intentionné que ce soit,

on contribue à remarginaliser ces choses-là,

ces identités-là, ces expériences-là,

parce qu'on continue à avoir un cursus qui est centré

sur l'expérience majoritaire, blanche, hétéro,

basée sur la pénétration aux personnes qui ont toutes

ces capacités physiques, etc., et on rajoute quelque chose

comme quoi il ne faut pas discriminer ou ça aussi,

c'est important.

Mais, en fait, en rajoutant ça comme un module supplémentaire

à la fin, ça contribue à renforcer la marginalisation,

le fait que tu ne fais pas partie de la norme.

Donc, ce qu'on fait, au contraire, c'est on prend

ce qui n'était pas dans notre cursus et on l'intègre

de façon transversale.

Et à travers nos exemples et à travers nos outils

et à travers tout ce qu'on fait, on est sûr et certain

d'avoir inclus des exemples de personnes qui sont

de la diversité capacitaire, qui sont de la diversité africaine,

qui sont de la diversité queer.

Et, en fait, on donne autant de place à toutes les expériences

pour les normaliser parce que toutes ces expériences

sont humaines et toutes ces expériences ont le droit

d'être considérées, toutes ces personnes ont le droit

de recevoir de l'information sur leur réalité.

Ce qu'on fait, on ne panique pas, tout simplement.

Ça peut paraître tout d'un coup énorme, c'est-à-dire

« Ah là là, mais là, il faut que je me forme sur toutes

les réalités des personnes trans, des personnes intersexes,

de la racisation, le racisme, je ne sais pas, etc. »

On ne panique pas, on respire, c'est comme ces gens-là,

ils ont toujours été dans nos classes.

C'est juste, en ce moment, on entend leur voix,

alors que pendant longtemps, on n'a pas entendu leur voix.

Donc, c'est juste un rattrapage à faire.

On a tout le temps du rattrapage à faire, de toute façon.

C'est-à-dire, on n'a pas de chance.

Comme vous le savez, ça fait longtemps que vous pratiquez.

On ne pratique pas de la même façon qu'il y a 10 ans,

qu'il y a 20 ans, que maintenant, que dans 5 ans.

Donc, finalement, ça fait partie d'une formation continue.

Qu'est-ce qu'on fait?

On continue à s'informer sur les meilleures connaissances

et pratiques en matière d'éducation à la sexualité.

C'est-à-dire, dans les colloques, on lit des blogs,

on lit Sexoblog, peu importe, mais on se garde à jour

de c'est quoi qui se passe dans le milieu.

On développe nos savoir-être aussi,

donc c'est-à-dire, c'est pas juste nos connaissances

sur l'éducation à la sexualité,

c'est comment on les transmet.

Donc, on déconstruit nos représentations sociales,

donc qui sont ancrées dans qui on est,

comme on vient, et on se décentre

et on est capable d'accueillir la diversité de notre public.

Aussi, super important pour moi,

c'est on développe les connaissances

sur le public à qui on parle.

Et ça, on est vraiment très, très chanceux

parce que comment mieux savoir

c'est quoi que pensent des...

mettons, si vous travaillez avec des jeunes de 15 ans,

on a les réseaux sociaux.

Et ça, c'est absolument formidable.

C'est comme suivre des jeunes qui sont des influenceurs.

C'est comme qu'ils parlent de leur réalité queer,

qu'ils parlent de leur réalité trans,

qu'ils parlent de leur réalité de dating

en situation de handicap.

On a un accès absolument phénoménal

à avoir une parole directe aux gens

et en fait à ce qu'ils vivent et à comment ils se perçoivent.

Et donc, en suivant tout simplement des personnes

sur les réseaux sociaux, on est capable de suivre

plein de discussions, plein de réalités.

Et on s'entend qu'on n'a pas 15 ans la plupart du temps

quand on fait d'éducation à la sexualité,

mais c'est super important de savoir

c'est où qu'ils en sont, c'est quoi qu'ils pensent,

c'est quoi qui se passe dans cette catégorie d'âge

à ce moment-là.

Et de le savoir de leur propre point de vue.

Et dernier point, on développe une compréhension

des contextes sociaux et de leur impact

sur les corps et les relations.

Ça, je vais y revenir parce que c'est la partie

la sexualité et la politique.

Vous aurez l'occasion de, je vais le lire,

mais dans le rapport de recherche qu'on a fait

avec les collègues de l'UQAM, dont je vous ai parlé

au début, en fait, dans les recommandations

qu'on sortait, on parlait de comment concevoir

le rôle du ou de la pédagogue.

Je vais vous lire cette recommandation-là.

Les pédagogues doivent agir de façon proactive

et égalitaire.

Cet impératif nécessite entre autres une capacité

à identifier et à déconstruire ses propres

méconnaissances et préjugés afin de ne pas les diffuser

dans la classe, de ne pas renforcer et reproduire

des relations de pouvoir inégalitaires,

et d'éviter d'appliquer un double standard.

Car toutes ces conduites ont un impact négatif,

d'abord sur les jeunes, dont les identités,

les pratiques et expériences sont divergentes

de la norme, et deux, sur ceux et celles

qui sont dans la majorité et qui ne peuvent pas

décentrer leur regard.

Donc, c'est vraiment, il faut qu'on travaille

sur comment on approche notre pratique pédagogique

pour les jeunes qui sont minorisés,

mais aussi pour tous les autres, parce que ces autres-là

vont être en contact dans leur vie avec des personnes

minorisées, et il faut développer la connaissance,

l'acceptation et la solidarité entre les personnes,

tout simplement.

Donc là, quand je vous disais qu'il faut être ouvert

sur ce qui se passe dans le monde,

j'en reviens à l'idée du début, c'est la sexualité,

ça ne se vit pas en vase clos.

Ce n'est pas quelque chose qui se vit uniquement

entre des personnes.

Oui, c'est quelque chose de relationnel,

mais ça se vit aussi comme dans un contexte politique

qui est traversé par une diversité d'axes,

d'oppression et de privilèges.

Que ce soit la race, la classe, le contexte migratoire,

le genre, etc.

Donc on a tout un tas de choses qui impactent, en fait,

la façon dont sont vécues nos sexualités,

dont sont vécues nos familles, dont sont vécues nos vies,

finalement.

Et si on ne tient pas compte de ça,

on rate beaucoup nos interventions en éducation

à la sexualité.

Je vais vous donner un exemple qui,

comme je vis en Amérique du Nord,

pour moi c'est plus proche, pour vous ça sera peut-être

plus loin, mais vous allez comprendre l'idée.

Non, excusez-moi.

Aux États-Unis, on a un stéréotype très prégnant

qui est la famille noire monoparentale

avec le père absent.

C'est statistiquement d'ailleurs démontré

que c'est une réalité.

Donc si on s'arrête à cette statistique

et à cette réalité,

qu'est-ce qu'on peut en conclure finalement?

C'est que les pères d'origine africaine-américaine

sont absents et les mères élèvent leur famille

toutes seules.

On est vraiment très, très loin d'avoir une compréhension

globale de cette réalité-là.

La réalité, c'est qu'aux États-Unis,

il y a un système qui est extrêmement discriminant

envers les personnes racisées,

spécifiquement les hommes noirs,

qu'il y en a un sur trois qui va connaître

l'incarcération dans sa vie,

qu'il y a énormément de harcèlement,

de harcèlement policier, de violence policière,

qu'il y a beaucoup d'incarcération injustifiée

ou pour finalement des broutilles qui ciblent

les hommes noirs,

qui sont perçus comme des corps dangereux

et délinquants.

Il y a aussi tout un système capitaliste

de prison privée qu'il faut remplir

parce que ça rapporte beaucoup d'argent aux États.

Donc là, on a une réalité d'avoir

comme un tiers des hommes noirs

qui vont passer par la caisse prison

à un moment de leur vie

pour des raisons variées, diverses,

qui, pendant qu'ils vont être en prison,

ne vont pas gagner d'argent,

donc ne vont pas pouvoir payer leur pension alimentaire

et donc qui vont sortir de prison,

qui vont avoir de la difficulté à trouver un emploi

parce qu'ils sont passés par la caisse prison

et qui vont avoir un mandat d'arrêt

sur eux parce qu'ils sont en retard

de paiement de pension alimentaire.

Donc, on a quelque chose

qui fait comme absolument système

sur le pourquoi finalement

les familles africaines, américaines,

pour une partie,

le père est absent

et ce n'est pas lié

comme à la…

seulement à la moralité

et aux conditions personnelles des personnes

qui étaient dans la relation.

Il y a comme toute une relation systémique

à comment on peut vivre sa famille

dans un contexte où le racisme

et l'incarcération sont omniprésents

et la discrimination.

Si on intervient avec des jeunes filles

des communautés africaines, américaines

aux États-Unis

et qu'on parle de projet familial

et qu'on n'inclut pas toutes ces considérations,

on passe complètement à côté

d'une intervention réussie

parce qu'on n'est pas capable

de mettre en contexte

l'expérience vécue de ces personnes-là

et de leur donner les outils

pour faire sens d'une réalité

qui va les affriger,

qui va potentiellement les concerner

et qui tente leur vie

de façon absolue.

C'est un exemple.

Ça peut paraître loin,

mais je suis sûre qu'en France

il y a une multiplicité de contextes

où comme certaines réalités,

certaines statistiques

doivent être prises dans un cadre

d'analyse beaucoup plus large

pour pouvoir remettre la réalité

des personnes au centre.

Et donc, je vais finir

sur les trois dernières slides.

Je suis presque totalement dans mon temps,

donc j'en suis assez contente.

Ce que je souhaite en fait,

ce que j'aimerais

que vous repartiez avec,

mon Dieu, cette syntaxe était terrible,

c'est que l'éducation à la sexualité

ça a vraiment un impact

et qu'il y a des principes

qui nous permettent

de vraiment se mettre à jour

dans nos pratiques

et de faire un petit peu

des checkpoints

de est-ce que j'ai fait ça,

est-ce que j'ai fait ça,

est-ce que dans mon cursus

il y a ça.

Pour moi, c'est vraiment

de promouvoir une éducation

à la sexualité

qui soit positive,

inclusive et émancipative.

Ça veut dire quoi?

Positive, on reconnaît

le droit des personnes

à avoir une sexualité

ou pas.

Toutes les personnes

ont promu l'idée

que la sexualité

est une source de plaisir

et de bien-être.

On reconnaît que le désir

joue un rôle

dans les décisions

que prennent les gens.

On encourage chacun

et chacune

à réaliser son plein

potentiel sexuel

quelle que soit

la forme de suicide

sans jugement

tant que les parties

impliquées sont consentantes

et on reconnaît

la capacité de chacun

et chacune

de faire les meilleurs choix

par rapport à sa vie sexuelle

et reproductive

dans le contexte

qui est le sien

parce que nos choix

sont souvent limités

par nos contextes

et nos possibilités.

Une éducation

à la sexualité inclusive,

ça tient compte

de la diversité des corps,

des expériences,

des vécus

et des identités

en matière de sexualité.

Ça reflète cette diversité

dans les contenus

qu'on propose

et dans le matériel

pédagogique

qu'on utilise.

Une éducation à la sexualité

adapte ces contenus

et ces approches pédagogiques

aux différentes capacités

du public.

Une éducation à la sexualité

tient compte

des besoins

et de l'expertise

du public visé

et intègre

toutes les réalités

dans son cursus

parce que les élèves

ont le droit

de recevoir l'information

qui leur est nécessaire

pour faire des choix

éclairés

dans leur vie intime

quelles que soient

leurs identités,

leurs capacités

ou leurs expériences.

Ça n'a aucun sens

que certains élèves

ne reçoivent pas

l'information

dont ils et elles ont besoin.

Et le dernier point,

une éducation à la sexualité

émancipatrice

souligne les liens

entre les différents systèmes

d'oppression,

privilège

et la sexualité.

Par exemple,

quels corps sont considérés

comme désirables

ou indésirables?

Qui a accès à l'intimité?

Qui a la capacité

de faire des choix?

Ça aide à faire sens

des dynamiques sociales,

politiques

et économiques

et de leurs impacts

sur les sexualités

et à politiser les vécus.

C'est le passé

du jeu au nous,

c'est le privé

et politique

des années 70.

C'est vraiment

faire un sens plus global

de ce qu'on vit

au niveau intime.

Une éducation

à la sexualité émancipatrice,

ça contribue à montrer

du doigt

les systèmes

qui impactent

nos vies affectives

et sexuelles.

Par exemple,

le racisme,

le capacitisme,

la grossophobie,

la culture du viol,

le cis-hétérosexisme,

le classisme,

etc.

Et ce faisant,

c'est pas juste

montrer du doigt,

c'est que ça donne

des pistes

pour les démanteler

et pour nous émanciper

individuellement

et collectivement.

C'est un processus

d'empowerment.

Et finalement,

l'éducation à la sexualité,

ça s'inscrit

dans un processus actif

de réalisation

de la justice sociale.

Finalement,

tout ceci,

ça ne peut qu'avoir

un impact positif

pour les personnes

qui sont directement concernées,

pour les personnes

qui ne sont pas

directement concernées,

mais qui vont interagir

avec des personnes

directement concernées

à un moment ou l'autre

de leur vie.

Ça a aussi un impact

positif pour nous

dans notre pratique

parce qu'en fait,

en allant

en se décentrant,

en allant voir

ce qui se passe

dans ce qui,

pour nous,

est notre marge,

en sortant

de notre zone identitaire

expérientielle,

on développe

de nouvelles compréhensions

et ça fait de nous

des meilleurs pédagogues

et praticiens.

Moi,

par exemple,

dans mon parcours,

ce qui a vraiment,

vraiment révolutionné

ma façon de penser

la sexualité,

c'est d'aller lire

et partager des textes

et des récits

sur le sexe

lesbien,

sur le kink,

puis sur la sexualité

en situation de handicap.

Ça a permis

de complètement repenser

mes notions de consentement,

mes notions de sexualité

sans génitalité,

des questions aussi

comme la simultanéité

du plaisir.

En tout cas,

ça m'a vraiment aidée

à ouvrir

comment je pensais

la sexualité

et les possibles sexuels

parce que

j'étais chercher

quelque chose

qui n'était pas moi

dans ma pratique

et dans ma connaissance.

Et je pense

qu'on a tous

à gagner

à vraiment

aller chercher

les paroles

et les expertises

pour et par.

Et on s'entend

que tout ce dont

je vous ai parlé,

c'est pas évident.

C'est sûr qu'on manque

de temps,

on manque de ressources

et des obstacles

sur le terrain.

On a peur

de l'institution,

du directeur d'école,

de la réaction

des parents.

On a tout un tas

d'obstacles

dans nos pratiques.

On a aussi

des contre-mouvements

qui commencent

à se faire entendre

très fort.

Mais après,

il faut choisir

ses stratégies.

Puis moi,

à travers le projet

SAC-7+,

je me suis rendue compte

que la stratégie

des pieds sur la table

était étonnamment efficace.

En fait,

j'ai décidé

quand j'ai parti

le projet,

il y a cinq ans,

il y avait comme

tout un tas

de professionnels

qui me disaient

« Moi,

je ne suis pas à l'aise

de parler

de transidentité,

je ne suis pas formée. »

Un exemple parmi d'autres.

Et donc,

en fait,

ils n'en parlaient pas.

Quand j'ai créé

les outils,

en fait,

je les ai créés

pour que toutes les identités

soient visibles.

C'est-à-dire,

même si vous achetez

un outil

d'une personne

qui est cisgenre,

ça va être mentionné

qu'elle est cisgenre.

Et donc,

ça va de facto

visibiliser le fait

qu'il y a une réalité trans.

Et en fait,

en prenant

cette position politique-là

et en rendant

ces outils disponibles

que les gens ont achetés

et qui sont rendus

comme dans une multitude

de classes,

de contextes

d'éducation

à la sexualité,

en fait,

cette stratégie

des pieds sur la table,

ça fait qu'on ne peut plus

éviter la question.

C'est comme

ça ne repose plus

sur les jeunes

ou les personnes

qui sont dans la classe

de dire,

hé, mon identité

n'est pas représentée.

C'est comme,

pourquoi on ne parle pas de moi?

C'est comme,

moi j'ai adopté

la stratégie

de visibiliser

la diversité

et de la,

littéralement,

poser sur la table.

Et en fait,

toutes les gens

qui, moi,

me disaient

qu'ils n'étaient pas à l'aise

et qu'ils ne savaient pas

comment en parler,

ben, ils se sont formés

puis ils se sont outillés

puis je suis sûre

que leur pratique

a été enrichie

du fait d'enrichir,

d'inclure plus de diversité

dans leur parcours

et qu'ils se sentent

comme beaucoup mieux

dans leur pratique.

Et en fait,

c'est ça que je nous souhaite,

qu'on soit tous

et toutes absolument

enchantés

du travail

qu'on fait

qui est un privilège

d'accompagner

les gens

dans leur développement

dans leur connaissance

d'eux-mêmes

puis d'elles-mêmes

et ça vient

avec tout un tas de défis

mais finalement,

c'est vraiment,

vraiment

un grand privilège.

Puis,

je nous remercie

toutes,

tous

du travail

qu'on fait

parce que c'est important

puis on ne se le dit pas

assez souvent

et si on souligne

nos manquements

puis nos angles morts,

il faut aussi

comme souligner

nos forces

et le travail formidable

qu'on fait.

Donc,

il faut toujours être

dans cette espèce

de mélange

de gratitude

et de questionnement.

Voilà,

sur ce,

je vous laisse.

J'espère ne pas vous avoir

trop assommé de paroles.

Vous pouvez me contacter

à travers Arnaud,

à travers le site

Positif s'accède.

Ça me fera plaisir

de répondre à vos questions,

de donner des compléments

d'informations

ou quoi que ce soit.

Sur ce,

je vous souhaite une excellente soirée.

Merci.

Merci beaucoup Magali

pour cette intervention

qui était extrêmement

éclairante

et enrichissante.

Avec des aspects

presque philosophiques,

mais tout en restant

pragmatique.

Et donc,

vraiment,

c'était super.

J'espère qu'on aura

l'occasion

de continuer

nos partenariats

et à travailler ensemble

parce qu'effectivement,

on a des pratiques

très complémentaires

et je trouve que ton approche,

elle est vraiment super.

Moi,

je suis un soignant de base.

Donc du coup,

tout ce qui est

les sciences politiques

et tout ça,

je ne connais pas trop,

mais du coup,

tu m'ouvres à plein de choses.

Et donc du coup,

merci également

à tous les participants

qui étaient très nombreux.

Avant de sauter

dans votre char

et d'aller manger

une bonne poutine,

n'oubliez pas

qu'il y a encore

une dernière intervention.

En attendant,

cette intervention,

si vous voulez,

on peut essayer

de jaser encore

une petite minute

dans la fenêtre de clavardage.

A tout de suite.

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