Tout d'abord, un grand merci à Catherine et Arnaud d'organiser ces journées du sommet
des Santés sexuelles.
Alors, je suis André Ledzel, je suis sexologue, conseiller conjugal et familial psychanalyste,
je suis membre du conseil d'administration de l'AIUS, membre de l'ANSEF également,
et de plusieurs autres associations en France.
Cela fait maintenant 13 ans que j'interviens dans différents établissements scolaires
de mon département de l'Oise, j'interviens seul, mais souvent j'interviens aussi en
binôme avec mon épouse qui est la psychanalyste et conseiller conjugal et familial également.
L'éducation à la vie affective et sexuelle fait partie des missions des conseillers conjugaux
et familiaux, et c'est dans ce cadre-là que j'avais député à l'époque des différentes
interventions.
Aujourd'hui, en ce qui me concerne, c'est avec cette double casquette de sexologue et
de conseiller conjugal et familial que j'interviens.
Au début, j'intervenais à la fois dans les établissements publics et privés, mais
les établissements publics ont cessé de faire appel à nos services, en tout cas par
manque de moyens, en tout cas c'était l'argument qui a été avancé à l'époque.
Pour qu'une sexualité puisse être épanouissante pour chacun, chacune, elle doit être apprise.
Et cet apprentissage commence dès l'enfance, et même quand on aura expérimenté sa propre
sexualité, celle-ci change selon les saisons de la vie.
Pouvoir parler de sexualité nécessite d'être au clair avec son propre rapport à celle-ci,
avoir conscience de ses propres tensions et ses motivations à en parler.
Finalement, nommer les choses, c'est les faire exister.
A l'inverse de ne rien dire, c'est faire comme si la sexualité n'existait pas.
Mais n'est-ce pas un problème, justement ? La sexualité et ses corollaires, le désir,
le plaisir font peur à beaucoup.
Je me rappelle lors d'une de mes interventions, donc avec une classe T4e, j'avais un groupe
de garçons, je vais le redire tout à l'heure, nous travaillions en 4e en deux groupes séparés,
dans une première intervention en garçons, filles séparées, et dans une deuxième intervention
en classe entière, en binôme.
Lorsque nous faisions les groupes séparés, donc je travaillais avec un brainstorming
où on met sur les tableaux, les élèves peuvent mettre sur les tableaux différents
mots.
Et je me souviens que sur les tableaux étaient, entre autres, le mot sodomie et lubrification
vaginale.
Un élève posait la question, il ne comprenait pas les mots, et j'ai envoyé la question
au groupe, personne ne voulait vraiment dire, donc du coup j'ai expliqué avec mes mots
de quoi il s'agit.
Quelques semaines plus tard, la mère de cet élève qui a posé la question a demandé
au chef d'établissement de me voir, ça a pris quelques semaines, j'ai demandé
à la professeure principale de ma compagnie pour accueillir cette maman.
Elle était très remontée, comment cela se fait-il, nous demandait-elle que dans un établissement
privé, en quatrième, on parle de sodomie et de lubrification vaginale, ça n'intéresse
pas mon fils.
Pourtant c'était bien lui qui nous posait la question.
Petit à petit dans la discussion, on voyait bien que finalement cette maman était très
angoissée finalement par cet intérêt qu'elle pourrait porter son garçon à la sexualité.
Et du coup j'ai fait la démonstration devant elle, je lui ai fait part de ma façon
de travailler.
J'ai pris ma tablette, j'ai dit écoutez si votre fils me pose la question, c'est
moi professionnel qui ne répond pas avec des mots simples à sa question, qu'est-ce
qu'il va faire ? Il va rentrer chez lui, il va prendre sa tablette, son téléphone,
il va aller sur internet, il va taper sodomie, je l'ai fait devant sa maman et je ne vous
fais pas un dessin, ce qui sortait sur les premières pages du Google quand je lui tape
sodomie, c'est effectivement la moitié des pages qui pointe vers un contenu à caractère
pornographique.
Je ne sais pas si elle a compris ce que je voulais lui communiquer, mais en tout cas
c'est pour illustrer à quel point parler de sexualité peut faire émerger tout un
tas de peur, d'angoisse, à la fois chez les parents, chez les jeunes, mais aussi souvent
chez le personnel scolaire.
Pour parler d'éducation à la sexualité, nous devrions d'abord définir les champs
d'intervention.
Depuis plus de cent ans, les sociétés occidentales réfléchissent à la question.
Elisabeth Locke, médecin et co-fondateur de la sexologie au début du XXe siècle,
en Angleterre, évoquait déjà la nécessité d'une éducation à la sexualité.
Mais bien que sur cette nécessité, disait-il, on soit généralement d'accord, et cela
dans un grand nombre de pays, on ne saurait en dire autant de sa mise en pratique.
Bien des personnes qui sont persuadées que les enfants doivent un jour ou l'autre être
renseignés sur les sources sexuelles de la vie, éprouvent une sorte d'anxiété à
décider de quel âge auquel cet enseignement devrait être donné.
Leur sentiment caché semble être que le sexe est un mal, que l'enseignement de la
sexualité est donc aussi un mal, quoi qu'il soit nécessaire, et que le mieux est de ne
parler de ces choses que le plus tard possible, et ils rajoutent cette attitude, et cependant
erronée.
Voyez, ce texte est là cent ans, et quand je réfléchis à mes propres interventions,
j'ai vraiment parfois l'impression qu'il n'y a pas grand chose qui a changé depuis
un siècle.
En France, c'est surtout après la Deuxième Guerre mondiale que l'État, la République,
commence à s'intéresser un peu plus à cette question.
Quelques années plus tard, les mouvements étudiants, réclamant un accès aux chambres
des filles dans les cités universitaires en mai 1968, accentuent et accélèrent ce
processus de changement d'humeur.
Un marqueur important dans l'histoire de l'éducation à la sexualité en France a
été la circulaire Fontenay du 23 juillet 1973, et il apparaît dans ces documents l'importance
de substituer à une formule dépassée de l'équation protectrice une formule nouvelle
qui devrait reposer sur deux éléments, d'une part sur la maîtrise de l'information et
d'autre part sur l'éveil de la responsabilité, et que c'est entre autres, à l'école,
de contribuer à prémunir les jeunes contre les dangers de l'ignorance et à les aider
à accéder à un comportement responsable.
Les deux mots-clés qui introduisent ainsi une nouvelle approche sont information et
responsabilisation.
C'est dans ces contextes historiques que l'Organisation mondiale de la santé a élaboré
un texte, et ensuite le concept de la santé sexuelle.
C'est lors de l'Organisation mondiale de la santé, l'OMS, je pense que pour la majorité
d'entre vous ce texte est connu, mais permettez-moi malgré tout de le projeter.
La santé sexuelle, pour rappel, est un état de bien-être physique, émotionnel, mental
et social.
En matière de sexualité, ce n'est pas seulement l'absence de maladies, des dysfonctionnements
ou d'infirmités.
La santé sexuelle exige une approche positive, respectueuse de la sexualité et des relations
sexuelles, ainsi que la possibilité d'avoir des expériences sexuelles agréables et sécuritaires,
sans coercition, ni discrimination, ni violence.
Pour atteindre et maintenir une bonne santé sexuelle, les droits humains et les droits
sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et réalisés.
Cette définition actuelle de l'OMS est aujourd'hui posée comme fondement pour la mise en place
de programmes de santé publique dans plusieurs pays d'Europe.
La France, depuis le 26 janvier 2016, a inscrit dans le Code de la santé publique la notion
de la santé sexuelle.
C'est finalement en acceptant que la sexualité fait partie de la santé humaine dans sa globalité
que nous pouvons établir à la fois le cadre, mais aussi le contenu d'une éducation à
la sexualité.
L'éducation à la vie affective et sexuelle est donc un droit essentiel et humain qui
permet aux personnes de s'informer sur leurs droits, sur la santé sexuelle et de
créer en même temps un espace d'échange, dont le non-jugement est cet élément extrêmement
important, sur la sexualité, les relations affectives et l'égalité de genre.
La OAS, la Société Mondiale de la Santé Sexuelle, réfléchit depuis plusieurs années
à la question de la justice sexuelle, plus précisément à une définition universelle
comme celle de la santé sexuelle.
Cette question des droits sexuels, qui est liée du coup à la question de la justice
sexuelle, cette question des droits sexuels est souvent ignorée et inconnue du public.
Combien de filles, combien de femmes, mais disent parfois accepter un rapport sexuel
juste par pression ou par peur de perdre le copain.
Pourtant, les droits sexuels sont définis par l'OMS depuis 2006 comme faisant partie
des droits de la personne qui sont reconnus dans les lois nationales.
Ils incluent le droit de tous d'accéder sans être en but à la coercition, à la discrimination
ou à la violence au point suivant.
Ils donnent droit à la meilleure santé possible en matière de sexualité, y compris l'accès
à des services de santé sexuelle et génétique, à chercher, à recevoir et à diffuser des
informations en matière de sexualité.
Ils donnent droit à l'éducation sexuelle, ils donnent droit au respect de l'intégrité
de leur corps, à choisir leur partenaire, à décider d'avoir ou non une vie sexuelle
active.
Ils donnent droit à des rapports sexuels librement consentis, à un mariage librement
consenti, à décider d'avoir ou non des enfants et à choisir le moment de leur naissance
et finalement, dernier point, à rechercher une vie sexuelle satisfaisante, sûre et agréable.
Sans forcément citer ces textes avec les élèves, il me semble intéressant, pertinent
même que les différentes interventions pourraient s'en inspirer, que ces textes officiels
finalement pourraient servir des bases, déjà pour nous professionnels, des bases de réflexion
pour intervenir auprès des élèves.
Presque 30 ans après la circulaire Fontenay, la loi de 2001 a mis en place un nouveau
cadre légal de l'éducation affective et sexuelle en milieu scolaire.
Cette circulaire, elle dit qu'une information et une éducation à la sexualité sont dispensées
dans les écoles, les collèges, les lycées, à raison d'au moins trois séances annuelles
et par groupe d'âge homogène.
Le texte de loi a été modifié en 2021 et comporte maintenant une directive quant au
contenu de ces interventions.
Je vous parle juste des éléments en rouge, c'est ce qui a été rajouté.
Ces séances présentent une vision égalitaire des relations entre les hommes et les femmes,
elles contribuent à l'apprentissage du respect dû au corps humain et sensibilisent
aux violences sexistes ou sexuelles ainsi qu'aux mutilations sexuelles féminines.
Pour arriver à cette version de 2021, le texte a connu quatre modifications depuis
20 ans, ce qui témoigne finalement de l'évolution du sujet dans la société, en tout cas ici
en France, et la prise en compte des sujets sociétaux plus larges comme par exemple
l'égalité femmes-hommes et la prévention des violences sexuelles.
Un autre texte a suscité quelques réactions mais il semble que cela donne lieu à un vrai
débat, c'était la circulaire du 30 septembre 2021 et qui demandait aux établissements scolaires
de tenir compte du désir d'un élève qui se définit comme transgenre.
L'UNESCO a publié un guide en 2018, les principes directeurs internationaux sur l'éducation à la
sexualité, vous voyez le document affiché à l'écran. D'après ces guides, l'éducation
complète à la sexualité est un processus d'enseignement et d'apprentissage qui est
fondé sur un programme portant sur des aspects cognitifs, affectifs, physiques et sociaux de
la sexualité. Vous voyez là on voit aussi directement déjà la mise en relation d'une
transdisciplinarité. Cette éducation elle vise à doter les enfants et les jeunes de connaissances,
d'attitudes et de valeurs qui leur donneront les moyens de s'épanouir dans le respect de leur
santé, de leur bien-être et de leur dignité, de développer des relations sociales et sexuelles
respectueuses, de réfléchir à l'incidence de leurs choix sur leur bien-être personnel et sur
celle des autres et enfin de comprendre leurs droits et de les défendre tout au long de leur
vie. Il y a quelques semaines, le ministre de l'éducation nationale a publié une circulaire qui
a fait un état d'évidence sincère mais précise le cadre et le contenu des interventions scolaires.
Donc c'est une circulaire du 30 septembre 2022. L'éducation à la sexualité contribue à une
meilleure connaissance, à un meilleur respect de soi et des autres, à la prévention des violences
sexistes et sexuelles et à la promotion de l'égalité. Tous les élèves doivent bénéficier
d'une éducation à la sexualité adaptée à leur âge. Pourtant, l'effectivité de ces séances
demeure très inégale depuis plusieurs années alors que les élèves sont souvent confrontés,
notamment dans l'univers numérique, à des représentations sexistes vares et dégradantes.
Il conviendra d'être particulièrement vigilant à ce que les sujets abordés lors de ces séances
soient conformes aux dispositions de la circulaire submentionnées et explicitées auprès des familles
afin d'éviter toute méprise sur ce qu'est réellement cette éducation au respect de soi
et des autres. Alors peut-être que vous êtes en train de vous demander pourquoi évoquer tout ça.
On pourrait presque dire c'est de la politique. Mais c'est vrai, la sexualité a été depuis
toujours un sujet politique. Avant c'était un sujet religieux, c'est devenu un sujet politique.
Les politiques posent les cadres au sein duquels la sexualité devrait, doit ou peut s'exprimer.
L'éducation sexuelle est d'ailleurs un de leviers efficaces contre les violences sexuelles. L'éducation,
et si elle est bien faite, a un travail pluridisciplinaire. Alors je ne veux pas vous
parler de l'éducation affective et sexuelle dans l'ensemble du territoire national, mais uniquement
de mon cadre d'intervention, de mon expérience locale et régionale. Ces interventions nous
permettent de nous inscrire dans cette transversalité de l'éducation à la vie affective
et sexuelle, comme nous allons vous la présenter dans quelques instants. Et nos actions se basent
sur cette définition qu'on a entendue tout à l'heure de la santé sexuelle. Il est dur que
l'éducation affective et sexuelle se base sur plusieurs compétences et connaissances qui
interagissent entre eux. Tout d'abord, des compétences et des connaissances biologiques. Sur l'anatomie,
la physiologie, et puis là, effectivement, les élèves en quatrième ont un cours en SVET au
milieu de l'année sur la reproduction. La puberté, la prévention du sida, des IST,
et la contraception. Une deuxième compétence et une connaissance est psychoaffective. Être
informé sur qu'est-ce que ça veut dire avoir une estime de soi, avoir confiance en soi, et où
on est dans sa relation à l'autre. Sur les émotions, les sentiments, je constate depuis plusieurs années
que de plus en plus d'élèves ont du mal à verbaliser, à accueillir les émotions et à les
verbaliser. Je me pose souvent la question, est-ce que ce n'est pas aussi, est-ce que ça ne peut pas
être aussi une raison, une cause peut-être de plus de violences que je pourrais observer. Cette
compétence, elle va aussi évoquer la question des orientations sexuelles, de l'identité et des
compétences psychosociales. Apprendre l'empathie par exemple. Et puis la troisième compétence et
connaissance, c'est tout ce qui tourne autour des rôles sexuels, des stéréotypes, des genres. Mais
aussi le développement de l'esprit d'analyse face aux facteurs sociaux environnementaux, la
liberté et la responsabilité face à des choix personnels. Mais aussi, il me semble, ça inclut
une éducation aux médias, à l'information, comment gérer les médias, comment vérifier qu'une
information est juste. Mais aussi avoir la notion, en tout cas à minima, des lois écrites, le code
civil, le code pénal, en ce qui concerne le couple, la sexualité. Mais aussi parler des valeurs et des
normes dans une société et finalement la prévention des violences sexuelles. Et là, effectivement, nous
allons évoquer la question du consentement qui est effectivement une question extrêmement large,
aussi pluridisciplinaire. Nous avons vu que la loi préconise que l'éducation affective et
sexuelle soit dispensée de manière progressive, dès la maternelle, à raison des trois séances
par année. Par la force des choses, souvent pour des raisons de moyens, tant financiers qu'humains,
c'est le personnel scolaire duquel il est attendu en priorité qu'il s'engage sur cette loi. Un
personnel qui, à la base, n'est pas formé pour cela. Dans les faits, le planning familial informé
en juillet 2021, par le biais d'un communiqué presse sous les titres « L'éducation à la
sexualité, un droit toujours à appliquer », qu'à la fin de leur coursus scolaire, les élèves
interrogés déclarent avoir eu une ou deux séances d'éducation à la sexualité en moyenne sur l'ensemble
de leur scolarité. Le Haut conseil à l'égalité entre femmes et hommes, dans son rapport sur le
même sujet publié en 2016, relatait que 25% des écoles rependant déclaraient n'avoir mis en place
aucune action ou séance en matière d'éducation à la sexualité, pourtant une obligation légale.
Alors, on peut se poser la question, qui est formé pour mettre en place de telles interventions?
Ce sont, avant tout, les conseillers conjugaux et familiaux dont la formation débute par une
formation d'éducateurs à la vie, comme ils appellent cela. Alors, dans les faits, ça va être
donc les CCF, les conseillers conjugaux et familiaux, ça va être des diverses associations qui se sont
formées autour de ce projet. Les sexologues sont, hélas, en tout cas dans mon observation,
encore trop peu présents sur le terrain auprès des élèves. Et sinon, les établissements ont recours
aux infirmiers, infirmières, scolaires, au CPE, etc. Vous voyez sur le diaporama quels pourraient
être les objectifs si l'on suit vraiment la progression telle qu'elle nous est proposée par
la loi. Dès 3 à 5 ans, qu'ils puissent prendre conscience finalement que leur corps leur appartient.
De 6 à 8 ans, il va être aussi important qu'ils puissent être bien dans leur âge. Certains enfants
ont déjà un portable ou une tablette à disposition à la maison. On va à des enfants qui ont une télé
toute seule dans leur chambre, qui ont accès, dès leur plus jeune âge, à des jeux ou des films
déconseillés au moins des 16 ou 18 ans. Et vous le voyez, au fur et à mesure, on leur permet de
mettre des mots sur leurs émotions, de pouvoir se positionner sur ce qu'ils veulent ou ne veulent
pas, etc. Donc pour chaque tranche d'âge, des objectifs sont formulés. Pour que ces séances
d'éducation affective et sexuelle puissent être pertinentes, elles se doivent d'être adaptées
à l'âge, au niveau du développement et aux capacités intellectuelles des enfants et des
jeunes. Être mise en place de manière continue dans le temps, dans une logique de parcours éducatif
en santé sexuelle. Et ce doit être réaliste, être en phase avec les réalités socio-culturelles du
public. Avoir une approche pluridisciplinaire, plurisectorielle, en faisant intervenir différentes
catégories de professionnels. Je pense par exemple aux sages-femmes, aux infirmières, aux psychologues,
aux sexologues, chacun dans sa compétence. Être fondé sur l'égalité des sexes, l'autodétermination
et l'acceptation de la diversité. Soutenir les ressources et les compétences de chacun.
De respecter aussi la sphère privée des enfants et des jeunes et instaurer un climat de confiance
mutuelle. L'éducation doit être basée sur des informations précises et scientifiquement étayées.
D'être pensée pour et par les jeunes en valorisant leur participation et en favorisant les interactions.
Et tout dépend effectivement du niveau. Elle peut inclure les familles des jeunes enfants,
voir les faire participer. Et ce point est important car en primaire, il est fondamental,
avant d'intervenir auprès des élèves, de proposer une information aux parents qui
présentent le contenu de la séance l'éducation à la sexualité. Et au final, d'être fondé sur
une approche citoyenne et respectueuse de la dignité. En ce qui me concerne, je n'interviens
seulement en quatrième et troisième au niveau scolaire, donc du collège. En quatrième,
nos interventions se divisent en deux séances de deux heures chacune. La première se tient,
comme je l'avais dit tout à l'heure, en garçons-filles séparés et la seconde en classe entière.
En collaboration avec l'établissement, nous permettons aux élèves de nous poser des questions
anonymes une à deux semaines avant l'intervention. Nous commençons donc nos interventions qui durent
à peu près deux heures par un brainstorming autour du sujet amour et sexualité. Vous allez
voir à l'écran, je vous ai mis en photo un brainstorming que j'ai pris en photo récemment.
Vous voyez les mots qui sortent, je vous laisse découvrir. Ensuite, nous allons, en tout cas moi
je me prends toujours du temps et parfois ça peut prendre plus d'une heure, le temps de répondre à
ces questions anonymes qu'il pose, il y a toujours des questions. Alors quel genre de questions ? C'est
vague. Il y a une dizaine d'années, pendant plusieurs années de suite, c'était omniprésent
chez les garçons la taille du sexe quel et la taille du sexe normal pour un homme. C'est une
question qui était absente pendant quelques années, elle revient de nouveau depuis deux ans. C'est la
question comment savoir si j'aime l'autre ? Ça va poser la question du j'ai jamais éjaculé, est-ce
que c'est normal ? etc. J'ai proposé aux élèves, tout dépend effectivement si le temps nous le
permet, la présentation des différents stades du développement psycho-affectif, dès la plus
jeune enfance jusqu'à l'âge adulte. La présentation des différents stades de l'intimité, et là je
m'inspire en particulier du modèle de Descartes-Maurice de 1972. Je crois qu'en français le livre s'appelle
Les couples nus, pour ceux et celles qui souhaitent approfondir cela. La deuxième intervention donc
se fait en classe entière, garçons et filles ensemble, nous allons intervenir en binôme, et lors de
cette deuxième intervention nous nous basons sur la projection du programme C'est autre que
moi. Alors quels sont nos objectifs pour cette deuxième intervention ? Il nous semble important
de pouvoir instaurer des espaces d'échange entre les élèves, de mettre en mot la relation à l'autre
comme à ce moment. Pas plus tard que ce matin, j'ai eu un appel du responsable du CPE dans un
collège, qui m'a informé qu'effectivement dans une classe que je vais avoir dans deux jours, qu'un
élève de troisième aurait eu des gestes qui pourraient être associés à un viol vis-à-vis d'une fille de
quatrième, il s'agissait d'une pénétration digitale, donc il m'a juste averti que probablement toute la
classe est déjà au courant de ce qui s'est passé, et puis donc on aura probablement des réactions quand
on va intervenir sur le sujet. Donc parfois effectivement on va mettre un peu de côté notre
programme pour être à l'écoute des élèves dans leur quotidien, peut-être s'il a là une urgence
qu'il faut prendre en compte. Pour revenir sur ce court métrage, ce court métrage nous permet de
travailler sur des sujets comme le sentiment amoureux, mais aussi la pulsion, la notion de
victime, la différence, les représentations de soi, de l'autre, mais aussi le rôle du groupe, le regard
de l'autre, les médias, le consentement et la relation entre les adultes et les jeunes. Même
si ce programme a déjà à peu près une dizaine d'années, je le trouve toujours très pertinent, et je
vous invite à regarder le teaser, le résumé de cette... parce qu'en fait il s'agit des quatre
films dont nous ne montrons qu'un seul film, il y a trois autres courts métrages, donc je vous invite à
découvrir le teaser de cet outil audiovisuel.
Mais si tu veux voir, t'as qu'à me le demander, c'est lui.
Tu te crois marrant? Mais tu vas pas sortir avec un mec comme ça, tu vas te taper dans l'encre.
Mélanie, 13 ans.
Oh, je pourrais t'excuser.
Elle peut faire mieux.
Tu l'as retenue, tu l'as retenue, tu l'as retenue.
Ouais, je l'ai retenue.
Non, c'est pas lui.
C'est sérieux, là?
C'est pas vrai.
Je m'en fous.
De toute façon, j'ai appris qu'elle est morte.
Amina, pour la dernière fois, tu vas en cours maintenant.
Non, je vais pas.
Et toi, qu'est-ce que tu fous là? Je t'avais dit de pas bouger de ta chambre. C'est ma fête, pas la tienne.
Elle est trop grosse, la mienne.
Non, c'est moi qui suis la plus grosse.
Alors, qui veut répondre? Répondez pas tous à la fois.
Tu veux que je te montre d'autres?
Des plus grosses que ça, en plus, viens.
Et puis des femmes aussi, elle vient.
Fais plus.
Tu vas bien?
Tu vas voir, ça, tu l'as jamais vu.
Tu danses avec moi?
Ouais.
Regarde.
C'est faux, monsieur. Jamais elle aurait fait ça.
Surtout comme c'est raconté, ça veut rien dire.
Toi, t'en penses quoi?
Moi, je pense qu'elle l'a cherchée.
Franchement, elle lui dit de venir.
Il vient, après il l'embrasse. C'est normal.
Je sais pas y faire.
Est-ce que vous vous rendez compte ce que ça veut dire vouloir tuer quelqu'un?
Qu'est-ce que vous foutez là, les obsédés? Allez dehors!
Mais c'est toi qui me l'a montré.
Alors viens.
C'est la vie d'un jeune homme promis au meilleur avenir qu'on détruit.
Amina, elle te cherche.
C'est bon, on n'a rien fait de mal. J'ai le droit de m'habiller comme je veux, non?
Madame, attendez qu'on nous fiche la paix, monsieur, s'il vous plaît.
Voilà ce qu'on veut et qu'on libère mon fils.
Tu t'arrêtes avec moi, bouffonne?
Viens.
C'est pas parce que tu mets une jupe que t'es une pute.
Une mauvaise histoire d'adolescent.
Vous savez qu'il y avait une lesbienne dans le collège?
Non, c'est dégueulasse.
Je lui avais promis qu'on le ferait pour la première fois ensemble.
Tu peux y aller, allez tranquille.
Je sais bien que de toute façon, il faut que ça m'arrive, mais...
J'espère qu'il y aura une justice.
Qu'est-ce que c'est?
J'attends!
T'arrêtes, douille!
T'es avec qui?
Les mecs, y'a que la retente, y'a que la retente!
Tu t'es fait quoi, toi?
J'ai été humiliée devant tout le monde.
Surtout que c'est une fille qui m'a traité.
Hein, c'est ça que tu veux? C'est un bidet, un bidet?
Non mais de toute façon, tu peux pas comprendre ça.
Moi, je comprends pas ce qui s'est passé.
J'aurais pas voulu que ça se passe comme ça.
Mais pleurer, y'a que ça qu'elle sait faire.
J'ai détesté après.
C'est pas ma faute, je l'ai embrassée.
Puis moi aussi, je m'en voulais trop.
Je voulais pas lui faire de mal.
Je suis passée pour quoi?
Les filles, elles voulaient que pleurer.
C'est pas de ma faute.
Tout le temps, je pouvais pas savoir.
Tout le monde le racontait dans le collège.
Ça devait pas se finir comme ça.
Et puis, après tout, peut-être que je serai comme ça.
Y'a toujours des gens qui refusent de voir la vérité en face.
Faut croire que ça les arrange de penser comme ça.
Et Mélanie? Elle est pas là, Mélanie?
C'est plus facile de se donner d'avance toutes les excuses.
C'est pas de ma faute.
J'avais bu.
C'est pas de ma faute, j'avais envie.
C'est pas de ma faute, elle était belle.
Alors, c'est pas de ma faute, c'est pour dire que c'est la faute de l'autre.
De la victime.
Mais je peux leur dire que la victime, c'est plus moi.
La victime, c'est le coupable.
Et le coupable, c'est celui qui fait, pas celui qui subit.
Et ça, ça vaut pour tous, filles comme garçons.
Parce qu'il y a les garçons aussi qui subissent.
Les jeunes comme les vieux.
Je serai pas une femme battue.
J'interviens également depuis à peu près 5 ans dans un autre établissement
avec un groupe de 15 garçons dans un cadre d'atelier
sur une séance de 45 minutes environ.
Cet atelier a lieu durant toute l'année scolaire avec environ 13 séances.
Dans cet atelier, nous allons débattre autour des notions du consentement
et je propose des apports légaux,
c'est-à-dire des exemples, des procès, d'agression sexuelle et du viol.
Et je tente de les faire réfléchir sur la question du comment exprimer leur désir.
Finalement, avant de vivre l'asexualité,
souvent c'est une question que je leur pose,
n'est-ce qu'il ne faudrait pas pouvoir la dire.
Autrement, comment dire que l'on a envie ?
Et envie de quoi ?
Et comment ?
Où et quand ?
Une autre intervention dans ces cadres est consacrée à l'interprétation des médias
quant à leur contenu normatif en termes de comportement sexuel.
Je me sers pour cela de plusieurs publicités
et là je vous permets de découvrir une publicité que j'utilise dans ce cours-là
qu'on va déchiffrer, que je vais arrêter image par image
pour essayer d'échanger avec les élèves
qu'est-ce qu'ils voient sur l'image,
qu'est-ce que ça produit comme message.
Donc je vous permets aussi de découvrir ce clip qui va durer 30 secondes.
Une des questions qui vient déjà en quatrième
mais que j'aborde surtout en troisième
est la question de la première fois
où j'utilise une petite web-série qui s'appelle Puceau.
Là aussi, voici un extrait.
Les week-ends prochains, mes parents ne sont pas là.
On peut être juste tous les deux.
Ça va ?
Oui, carrément, il n'y a pas de soucis.
C'est une question de la première fois.
Je suis trop contente.
Ouais, moi aussi.
Puceau !
Tu vas enfin faire partie du club des hommes.
Est-ce que tu te rends compte ?
Tu vas arrêter de te branler.
T'imagines le gain de temps dans ta vie ?
Puceau !
J'ai une idée de génie
et tu trouves même pas ta meuf en plus.
C'est quoi ?
On va faire un film de cul.
Puceau !
Tu te rends compte ?
Tu vas te baiser.
Je baisse qui ?
Puceau !
Je vais pas tourner dans un film de cul spécial Puceau avec mon cousin.
Puceau !
Je suis super fan d'elle, c'est un truc de fou.
Puceau !
Alex et Karim, mes plus grands fans.
C'est ça qui t'excite ?
Puceau !
Salut, Kékette !
Puceau !
Je te montre pas ma bite ?
Puceau !
Cyber !
Puceau !
Frère !
Puceau !
Merci de regarder mes films.
Puceau !
Dans d'autres interventions autour de ce même atelier,
nous allons aussi parler de contraception.
Vers la fin de l'année,
je me sers d'un autre outil audiovisuel
qui est aussi issu de Je Tue Ville,
l'association dont je vous donnerai le lien tout à l'heure.
Un film qui est découpé en cinq parties
qui s'appelle « Ce jeu » ou « Ce jeu entre nous ».
Ce programme se compose d'une fiction
et d'une mosaïque de connaissances
dans la thématique majeure et les consentements.
Ce programme permet également les débats
autour de l'orientation sexuelle,
mais aussi l'handicap.
La fiction se présente sous forme de cinq séquences
assez brefes, de cinq à huit minutes,
qui brouillent l'ordre chronologique du récit
pour provoquer des réactions,
pour susciter des interprétations, des hypothèses,
que la séquence suivante viendra confirmer ou affirmer,
et ainsi de suite jusqu'à la résolution finale.
À la fin de chaque séquence,
la mosaïque des connaissances peut venir donner
des informations légales, médicales, psychologiques, etc.
aux jeunes sur les thèmes traités pendant le débat.
Là aussi, je vous montre le teaser du film.
T'es inconscient ou quoi ?
Mais non, je l'aime pas.
Tu te rends compte un peu ce que t'as fait ?
Hé, c'est pas vrai !
Allez, vas-y !
C'est nous, les filles !
J'utilise donc depuis des années
le matériel de très bonne qualité créé
par l'association parisienne Je Tue Il.
Vous trouverez des références à l'écran.
Le site On S'Exprime propose également de nombreux outils.
Je vous laisse découvrir
toutes les références que je vous ai mises à l'écran.
Il y en a certainement beaucoup, beaucoup d'autres.
Alors, les outils de Je Tue Il sont payants,
mais il y a d'autres outils qui sont gratuits.
Je posais dans le titre de mon intervention
la question qu'elle place pour une intervention
pluridisciplinaire au milieu scolaire
face à la surabondance d'informations.
Aussi nombreuses que sont les compétences
des intervenants de ce sommet virtuel,
aussi nombreuses sont finalement les possibilités
de croiser ces compétences
pour les mettre au profit de ce jeune public.
Une éducation à la sexualité en France
devrait davantage, me semblait-il, tenir compte
de ce besoin de transdisciplinarité.
Faire intervenir des sages femmes
des psychologues, conseillers conjugaux, infirmières
et sexologues me semble pertinent,
être une piste qui reste toutefois
inventée dans nos territoires.
Voilà, j'arrive à la fin de mon intervention.
Je vous remercie pour votre attention
et je vous souhaite encore un bon sommet.
Merci beaucoup André
pour cette intervention
qui clôture donc
cette première journée, cette première soirée
du sommet de la santé sexuelle.
Alors merci à vous tous
qui avez été très nombreux
ce premier jour dédié
à l'éducation sexuelle,
éducation, vie affective, relationnelle et sexuelle.
Vous avez vu, c'est comme ça qu'on l'appelle.
Merci à tous les intervenants,
les conférenciers, les orateurs,
les oratrices surtout
qui sont plus nombreux que les orateurs.
Merci à vous
d'avoir donné de votre temps pour ce sommet
et surtout pour la qualité de vos interventions.
Je vous remercie
et je souhaite une bonne soirée à tout le monde.
Et on se retrouve demain
à 17h pour la deuxième journée
dont le thème sera
prévention d'épistage en santé sexuelle
et qui sera également passionnante
avec des intervenants
qui sont tous des experts dans leur domaine
et des interventions très intéressantes.
Donc bonne soirée à tout le monde.
Vous pouvez encore rester
si vous êtes motivés à quelques minutes.
On peut encore discuter un petit peu
dans la fenêtre de chat là.
Et après, on va se dire bonne soirée.
Je pense qu'on a tous des choses à faire
et puis il faut qu'on soit en forme pour demain aussi.
En tout cas,
la semaine de la santé sexuelle
a quand même très bien démarré
avec cette première journée du sommet.
J'espère que ça vous a plu vraiment.
J'espère que les interventions vous ont plu.
N'hésitez pas à le dire.
N'hésitez pas à faire vos retours.
C'est très important pour nous
qu'on ait vos retours,
positifs ou négatifs aussi d'ailleurs.
Je vous souhaite une bonne soirée
et à demain.