Bonsoir Carole, merci beaucoup de venir partager avec nous de ton temps pour cette troisième
journée du Sommet de la santé sexuelle.
Merci à toutes les personnes qui sont très nombreuses à suivre ce sommet, vraiment,
merci beaucoup de participer à ce sommet en masse.
Alors, Carole, le docteur Carole Bureté, on la connaît parce que lors des derniers
sommets de la santé sexuelle, elle nous avait déjà présenté en avant-première les premières
recommandations françaises sur la prise en charge du déficit en testostérone.
Carole Bureté, elle est médecin, sexologue, andrologue, présidente de la Société francophone
de médecine sexuelle, administratrice de l'association interdisciplinaire post-universitaire
de sexologie, directrice de l'enseignement de sexologie à l'Université de médecine
de Nice, et elle exerce au centre hospitalier Princesse Grasse de Monaco ainsi qu'à Cannes
la médecine sexuelle exclusive.
Et donc, aujourd'hui, Carole, merci beaucoup de venir nous présenter les premières recommandations
françaises pour la prise en charge de l'éjaculation prématurée, dont effectivement, tu es une
des instigatrices et dont tu vas nous présenter.
Bonsoir, Arnaud, un grand merci pour ton invitation, ça me fait doublement plaisir d'être là
parce que je présente toujours des nouveautés, déjà, et puis parce que ce sommet, ça devient
de plus en plus quelque chose d'important.
Moi, je travaille beaucoup dans le domaine, on va dire scientifique, c'est-à-dire regarder
ce qui a été publié, ce qui est publié à notre tour, et ça, c'est vraiment indispensable.
Donc, on va partager avec vous aujourd'hui quelque chose qui vient juste d'être publié,
d'ailleurs, enfin, un premier article vient d'être publié, mais il y en aura d'autres,
bien sûr, sur la prise en charge de l'éjaculation prématurée.
L'éjaculation prématurée, vous le savez tous, c'est un motif de consultation extrêmement
fréquent en sexologie et en médecine sexuelle, et finalement, on a autant de figures de patients
que de cas possibles, et entre nous, finalement, on a énormément de modalités de prise en
charge.
Jusqu'à présent, il n'y avait aucune recommandation qui avait été publiée sur ce sujet, bien
maintenant, c'est un petit peu chose faite.
Nous avons fait un travail avec l'AIUS, qui a été un gros travail de lecture de
littérature, duquel nous avons extrait des recommandations, qui sont les recommandations
de la littérature, je vais vous l'expliquer, pour le traitement de l'éjaculation prématurée,
et le premier article publié à ce sujet, il y en aura d'autres, vient juste d'être
publié dans le programme neurologie au mois d'avril, signé du groupe de travail.
Alors, pour ceux qui ne connaissent pas, qu'est-ce que c'est que des recommandations ?
Les recommandations sont liées à la lecture de la littérature, et il y a des protocoles,
et en particulier une méthode de recommandation qui est publiée par l'ANAS et qui est actualisée
par la Haute Autorité de Santé.
En fait, l'idée, c'est de regrouper un panel d'experts, de gens reconnus pour être
des cliniciens et qui connaissent bien le sujet, d'experts de différentes disciplines,
avec des modes d'exercice public ou privé, d'origines géographiques différentes, qui
vont lire toute la littérature, je vais vous montrer après, attribuer des nouvelles preuves
aux articles, et puis, de là, faire des recommandations.
Et une fois qu'on a fait des recommandations, de là, on a un gros document qui est relu
par un groupe francophone, qui va donner des commentaires, et on va essayer le plus possible
de suivre les commentaires pour faire la rédaction finale des recommandations.
Donc, on a interrogé les bases de données bibliographiques PubMed et PsycInfo sur la
période de janvier 1995 à février 2022, en se limitant à la littérature en anglais
et en français.
On a fait une analyse critique de cette littérature avec la méthodologie de l'HAS, je vais vous
en parler.
Et donc, à chaque article, on va attribuer un niveau de preuve, et sur les bases de
cette analyse, donc, à chaque fois que possible, on va dire, là, on peut dire qu'il y a vraiment
une recommandation, parce qu'il y a suffisamment d'articles, et ces articles sont suffisamment
solides pour émettre une recommandation.
Et puis, ces recommandations, elles sont gradées en fonction de leur force, en grade A, B,
C ou AE, AE, ça veut dire accord d'experts.
Alors, voilà la grille avec les niveaux de preuves scientifiques fournis par la littérature
et en face, le grade des recommandations qu'on peut y attribuer.
Donc, le niveau de preuve le plus fort, c'est le niveau 1, ce sont des essais comparatifs
randomisés de forte puissance, il y en a très peu dans ce domaine, les méta-analyses
d'essais comparatifs randomisés, il y en a peu également, et des analyses de décisions
basées sur des études bien menées.
Dans le domaine de l'éjaculation prématurée, il y en a relativement peu, donc on a peu
de recommandations de grade A, ça ne veut pas dire que les choses que l'on recommande
sont fausses, ça veut dire simplement qu'on n'entre pas dans ce cadre.
Donc, la suite, c'est le niveau 2, c'est des essais comparatifs de faible puissance,
des études comparatives bien menées, qui amènent à des grades de recommandations
de grade B.
Le niveau 3, c'est lorsqu'il y a des biais, ça devient déjà moins sérieux et moins
quelque chose qui est indiscutable, en fait.
Donc, c'est un faible niveau de preuve, mais il y a quand même un niveau de preuve,
ce n'est pas zéro.
Et l'accord d'expert, c'est quand il y a absence d'études, fondée sur un accord
de pratique clinique entre experts du groupe de travail, après consultation du groupe
de lecture.
Et en fait, ça ne veut pas dire que ce n'est pas pertinent et utile, mais par contre, ça
incite à faire des études complémentaires et en fait, ce travail qu'on a fait, en
particulier sur les recommandations de l'éjaculation prématurée, il y a pas mal d'accords d'experts.
Et donc, pour quelles raisons ?
Parce que nous, en tant que sexologues, on traite énormément l'éjaculation prématurée
avec des sexothérapies, alors qu'en fait, dans la littérature, on va retrouver beaucoup
d'études, notamment sur les médicaments, ce qui fait qu'au final, ça va peut-être
vous paraître axé sur les traitements médicamenteux, mais en réalité, ce n'est pas un choix,
ce n'est pas une décision, ce n'est pas qu'on dit que les sexothérapies, ce n'est pas bien.
Au contraire, on les pratique tous et on sait l'intérêt que ça peut avoir.
Par contre, c'est moins représenté dans la littérature.
C'est pour ça que ces recommandations sont faites de cette manière.
Alors, la première chose, c'est la définition de l'éjaculation prématurée.
Les premières définitions, c'est toute une histoire, les définitions de l'éjaculation
prématurée, parce que ça a vraiment évolué dans le temps et au tout début, on ne faisait
pas de distinction entre l'éjaculation prématurée primaire et acquise et on n'avait
pas de critère objectif pour définir l'éjaculation prématurée.
On parlait d'une éjaculation qui arrive trop tôt par rapport au moment où le sujet
le souhaite. Dans tout ce qu'on a lu, toutes les définitions récentes et des
recommandations internationales, il y en a, des sociétés internationales de médecine
sexuelle, on prend en compte trois éléments.
D'une part, le délai de survenue de l'éjaculation, qui est court.
Deuxièmement, l'incapacité de différer la survenue de l'éjaculation et les
conséquences négatives personnelles liées à l'éjaculation prématurée ou
relationnelle d'ailleurs.
Toutes ces définitions reconnaissent que l'éjaculation prématurée a de
multiples facettes.
Il peut être présent dès le début de la vie sexuelle, permanent, primaire, ou
après une période de contrôle éjaculatoire satisfaisant.
On parle alors d'éjaculation prématurée, acquise ou secondaire.
Les définitions les plus utilisées sont celles de l'ISSM, du DSM-5 et
actuellement de la 11e révision de la classification SIM, la SIM 11.
Très récemment, et juste quand on a terminé nos recommandations, la
Société italienne d'andrologie et de médecine sexuelle a proposé une
définition pour la pratique quotidienne qui nous a paru assez
séduisante parce qu'elle est beaucoup plus inclusive, alors que les
précédentes définitions tenaient en compte un rapport avec une pénétration
vaginale uniquement, puisque c'étaient des anciennes définitions sur
lesquelles étaient faites les études.
Donc, si on doit retenir quelque chose de la définition de
l'éjaculation prématurée, ce serait une perception subjective,
forcément, puisqu'on relate un symptôme persistante et récidivante
de la perte du contrôle du mécanisme de l'éjaculation en présence
de stimuli érotiques appropriés.
Deuxièmement, une détresse subjective liée à cette éjaculation
prématurée induite chez le patient et chez le ou la partenaire,
bien entendu, et un délai d'éjaculation en général inférieur
à 180 secondes, c'est-à-dire trois minutes.
C'est la définition qu'on a choisie pour nos recommandations et on
est sorti de la discussion une minute trop tôt, de manière trop
floue, une minute, deux minutes, etc.
Le délai en général est court, inférieur à trois minutes de la
pénétration à l'éjaculation.
Et ceci, que ce soit perçu subjectivement ou mesuré
objectivement par le patient ou le ou la partenaire.
Les études ayant montré que l'appréciation subjective,
elle est assez fiable, finalement, dans ce domaine.
Alors, quelle est la prévalence de l'éjaculation prématurée ?
Là aussi, c'est très difficile de conclure parce qu'en fait,
les définitions ont évolué et par conséquent, les chiffres
d'épidémiologie ont vraiment évolué.
Moi, quand j'ai appris la sexologie, il y a bien autant
de ça, on disait que c'était 20 à 30 % des hommes.
Aujourd'hui, on n'est plus dans ces chiffres-là, on parle
plutôt de 5 % de la population générale.
Et puis, ça correspond à peu près, parce que quand on fait
des grandes enquêtes, on sait qu'à peu près 5 % de la
population a une latence d'éjaculation inférieure à deux
minutes, alors 5 % de la population, ça correspond à un
homme sur 20, donc un homme sur 20, c'est loin d'être rien du tout.
D'où ça vient l'éjaculation prématurée ?
On ne connaît aucune éthiologie.
Beaucoup de choses ont été évoquées, comme l'hypersensibilité
du blanc et du faureau, ça, c'était les premières
constatations, une époque où on disait qu'il fallait faire
des sections du frein de la verge en cas d'éjaculation
prématurée, autant dire que ça n'a jamais vraiment marché
à grande envergure.
Ça peut être une surreprésentation corticale
d'une ère plus dandale, ça reste des points d'interro,
des troubles de la neurotransmission
sérotoninergique centrale.
Pourquoi ?
Parce que la sérotonine, c'est le neurotransmetteur
principal qui est lié à l'éjaculation.
Un hyponfonctionnement des réseaux cérébraux impliqués
dans l'inhibition des comportements, des troubles
érectiles, et on a souvent, on va en reparler, l'association
dysfonction érectile et comorbidité sexuelle, le
sevrage de certains médicaments, dans certains cas,
certaines drogues, des troubles psychologiques, des troubles
du sommeil, l'anxiété, la dépression, les symptômes
du bas appareil urinaire.
On peut les évoquer en cas d'éjaculation prématurée
secondaire, normalement ce que l'on appelle
la prostatite chronique, des syndromes de douleurs
pelviennes chroniques, l'hyperthyroidie a également
été incriminée.
En tout cas, beaucoup de choses.
Vous voyez le déficit en vitamines dès la distance
anogénitale courte, le syndrome métabolique, etc.
etc.
etc.
Pas d'éthiologie connue, notez bien, et c'est un symptôme.
Encore une fois, ce n'est pas une maladie, donc aller
rechercher l'éthiologie précise n'a pas un intérêt majeur
dans cette situation là.
Alors, il y a quand même un lien qui est important, c'est
celui entre dysfonction érectile et éjaculation prématurée.
Et en fait, c'est un lien bidirectionnel, c'est à dire
que dans un cas sur deux, quasiment, on peut avoir les
deux dysfonctions qui coexistent en même temps.
L'un étant, ayant été le premier, ayant provoqué l'autre
ou en sens inverse.
Et ça, on ne sait pas pourquoi.
Et mais bon, certains patients qui présentent une
éjaculation prématurée vont pouvoir développer une
dysfonction érectile tout simplement parce qu'ils vont
essayer de réduire leur excitation et en réduisant
leur excitation, ils vont perdre leur érection.
Et les patients qui présentent une dysfonction érectile vont
au contraire, développer une éjaculation prématurée en
augmentant excessivement leur excitation et aussi parce
qu'ils ont de mauvaises sensations étant donné que leur
érection n'est pas de bonne qualité.
Donc, l'un des deux symptômes peut se développer comme étant
un mécanisme d'adaptation à l'autre.
La dysfonction érectile comme étant le résultat de
l'anxiété de performance, tandis que l'éjaculation
prématurée pour faciliter l'orgasme en présence d'une
fonction érectile alternée.
Mais ça peut être aussi, bien sûr, la conséquence du manque
de confiance dans la capacité à maintenir une érection fiable,
comme si l'éjaculation allait se précipiter pour mettre fin
finalement à cette érection.
Alors, quand on évalue un problème d'éjaculation
prématurée, voilà, on a fait un petit tableau qui n'est pas
d'un intérêt extraordinaire, mais en réalité,
il y a plusieurs catégories.
On définit quatre catégories.
La première, c'est l'éjaculation prématurée primaire qui
survient dans la majorité des cas dans les 30 à 60 secondes
ou entre une et deux minutes qui suit une pénétration.
L'éjaculation prématurée est présente depuis les premières
expériences sexuelles avec presque toutes les partenaires,
quel que soit le sexe du partenaire.
L'éjaculation survient trop tôt, quasiment à chaque rapport
sexuel et ça demeure tout au long de la vie de l'homme.
Et là, on peut se poser la question de causes
neurobiologiques ou génétiques, mais la recherche ne nous a
pas donné la réponse jusqu'à maintenant.
L'éjaculation prématurée acquise ou secondaire, c'est un délai
qui est court, mais un peu moins court peut-être, qui apparaît
à un moment donné dans la vie de l'homme, l'homme ayant fait
antérieurement des expériences d'éjaculation normale,
c'est-à-dire où il avait pu maîtriser le moment à peu près
où l'éjaculation allait survenir.
Donc, la survenue est soit soudaine, soit progressive.
Ça dépend des cas.
Et là, on peut rechercher un trouble neurologique, comme
je disais, une prostatique chronique, un trouble de
distérologie ou des problèmes psychologiques et ou des
problèmes relationnels.
Après, certains patients ont une éjaculation prématurée
variable, c'est-à-dire qu'il y a des situations où on va avoir
un délai qui va être très court.
Alors qu'à d'autres, il va être tout à fait normal.
Ce n'est donc pas constant.
On peut avoir une capacité à retarder l'éjaculation
diminuée, voire absente.
Et en tout cas, c'est une impression pour le patient de
ne plus être capable de contrôler quelque chose, bien que ce
ne soit pas vraiment étayé par quelque chose qui se produit,
comme nous le dit le DSM, dans plus de 75 % des cas, etc.
Et là, en première intention, c'est sûr qu'on envisage
plutôt une étiologie de l'ordre du psychologique et donc une
psychothérapie peut être indiquée, mais on reviendra sur
les traitements après.
Et puis ensuite, il y a l'éjaculation prématurée
subjective.
On a des patients qui consultent parce qu'ils ont un délai
d'éjaculation qui est à peu près dans la normale ou des fois
même plus long.
Mais par contre, eux, ils ont la perception subjective d'une
éjaculation prématurée, de ne pas être capable de retarder.
Donc, la préoccupation de l'homme à ce moment-là n'est
pas expliquée par un autre trouble mental, mais ça peut
être relatif aussi à un temps rallongé du côté partenaire.
Alors, comment est-ce qu'on évalue une éjaculation
prématurée ?
L'éjaculation prématurée s'évalue comme tout trouble
sexuel sur un modèle biopsychosocial dans lequel on doit
prendre en considération cinq éléments qui sont, d'une part,
les aspects physiques.
Est-ce que physiquement, il peut y avoir quelque chose qui
explique cette éjaculation prématurée ?
De là, on en vient à la question, doit-on faire un
examen clinique des hommes qui présentent une éjaculation
prématurée ?
Eh bien, dans certains cas, oui, parce qu'en particulier,
si le patient nous dit qu'il a une hypersensibilité de
sanglant, on va aller rechercher s'il n'y a pas un problème
de prépuce, un problème de faim, etc.
Dans certains cas, on peut rechercher ça.
À proprement parler, si on est dans une situation
d'éjaculation prématurée secondaire, il faut rechercher
des stéroïdites, des problèmes de prostate, etc.
Donc, il ne faut pas négliger les aspects organiques de la
dysfonction sexuelle, en l'occurrence de l'éjaculation
prématurée.
L'éjaculation prématurée peut être liée à des facteurs
d'origine sexuelle, c'est-à-dire liée à la sexualité du
patient, la sexualité du couple.
Et en particulier, ce qu'on a pu déterminer, c'est la forte
influence d'un point de vue comportemental des premières
expériences sexuelles.
Évidemment, les facteurs psychologiques sont à rechercher,
les facteurs relationnels, et tout ça dans un contexte
environnemental, bien sûr, au sens large, c'est-à-dire la vie
qu'on mène, les stress de la vie quotidienne, l'espacement
des relations sexuelles, etc.
Alors, on a des questionnaires qui sont disponibles pour
évaluer l'éjaculation prématurée, des questionnaires
qui sont validés.
Le premier, c'est le Premature Ejaculation Profile.
C'est quatre questions sur le délai de l'éjaculation,
sur le contrôle de l'éjaculation, sur la difficulté
relationnelle causée, sur la satisfaction du patient
vis-à-vis de sa sexualité.
C'est un questionnaire qui est bref et qui est
facile à utiliser.
Ensuite, on a l'index Premature Ejaculation, qui évalue le
contrôle perçu de l'éjaculation, la satisfaction
sexuelle et la détresse chez les patients qui souffrent
d'éjaculation prématurée.
Et enfin, on a le Premature Ejaculation Diagnostic Tool,
qui évalue la présence ou l'absence d'éjaculation
précoce, selon les critères de la classification du DSM-4,
qui n'est pas la même classification que le DSM-5.
Donc, peut-être que le questionnaire, le premier
questionnaire peut être utile dans la pratique quotidienne.
Donc, l'examen clinique peut être pratiqué selon
l'évaluation initiale et donc dans le but d'identifier des
anomalies anatomiques, des comorbidités, des facteurs de
risque étiologique qui peuvent favoriser l'éjaculation
prématurée.
Comme je vous l'ai dit précédemment, une griefté du
frein, une pathologie du prépuce, tel le phimosis, le
paraphimosis, la balanite, des troubles anatomiques de
l'appareil urogénital, rechercher une prostatite,
rechercher des signes de dysthyroïdie.
On ne recommande aucun examen complémentaire de manière
systématique, sauf s'il est motivé par des points d'appel
cliniques spécifiques.
Comme un bilan de thyroïde ou un bilan de prostate.
Alors, comment est ce qu'on va traiter l'éjaculation
prématurée?
On a les sexothérapies, on a les traitements médicamenteux.
Certains ont une AMM, alors que d'autres n'ont pas d'AMM.
On a des thérapies dites combinées, c'est à dire la
combinaison des différentes formulations, des moyens par la
rééducation, des approches corporelles, des approches
émotionnelles.
Et puis, il y a des nouveaux traitements qui sont à l'étude.
Alors, voilà le tableau, globalement, de tout ce qu'on
peut utiliser pour traiter l'éjaculation prématurée.
Donc, tout d'abord, nous, ce qu'on connaît bien dans notre
domaine de sexologue, c'est les thérapies d'aspiration plus ou
moins comportementales, Master et Johnson, ou plus
section corporelle ou autre.
Et effectivement, quand on regarde la balance bénéfice-
risque, ça présente un avantage majeur, c'est que ça n'a pas
d'effet secondaire.
Ça présente un désinconvénient qui est majeur également, c'est
que là, on n'a pas vraiment de gros niveau de preuve dans la
littérature sur leurs bénéfices, même si chacun individuellement
sait que ça marche bien.
Ça n'a pas été complètement prouvé par la littérature.
Ça prend du temps.
Et puis, alors aussi, il faut dire que tous les praticiens ne
sont pas formés de la même manière, ne sont pas formés à
la même sexothérapie et donc n'ont pas forcément les mêmes
résultats qui, d'ailleurs, ne sont pas forcément publiés.
C'est toute la difficulté.
Les deux carrés rouges, là, ce sont les médicaments qui ont
obtenu une AMM dans l'éjaculation prématurée.
Donc, tout d'abord, la dapoxétine.
La dapoxétine, c'est un inhibiteur de la recapture de
la sérotonine qui a une demi-vie très courte.
C'est son gros avantage.
Du coup, il n'a pas tous les effets secondaires de long terme
des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et pour
avantage également de bien augmenter le temps de latence
éjaculatoire de 3 à 4 fois.
Alors, 3 à 4 fois, ça peut paraître ridicule étant donné
que là, on parle d'une minute, mais en même temps, en 3 ou 4
minutes, on a bien plus le temps de faire attention à ce qu'on
fait qu'en une minute.
L'inconvénient de ce traitement là, c'est son coût,
les effets secondaires.
Et du coup, il y a beaucoup de sorties de traitement qu'on
estime à peu près à au moins 50% de patients qui ne continuent
pas leur traitement par la dapoxétine.
Le deuxième médicament qui n'est plus maintenant d'ailleurs
un médicament parce que c'est en vente libre en pharmacie
depuis quelques mois, c'est une association de deux principes
qui sont des anesthésiants et sous forme d'un spray.
C'est donc un anesthésiant de contact qui a une très bonne
efficacité puisqu'il augmente la latence de 6 à 10 fois avec
pas d'effet secondaire.
En réalité, c'est un spray qu'on pulvérise sur le gland.
Quelques minutes avant le rapport sexuel et à partir du
moment où il va faire son essai, eh bien, il n'y a pas de
risque de passage particulier du côté partenaire, même si ça
fait partie des des notices de dire que le transfert vaginal
est possible.
Mais rien n'empêche le patient d'aller faire une petite
toilette dès qu'il sent qu'il a une hypoesthésie.
Je dirais l'inconvénient de ce traitement, de ce produit,
c'est qu'il faut arriver à le doser.
Donc, voilà.
Donc, voilà pour les deux médicaments, les deux
pharmacothérapies, on va dire.
Et puis après, il y en a qui sont hors à eux-mêmes.
Alors, d'abord, les antidépresseurs tricycliques qui
ont montré leur efficacité quotidiennement et à la demande
avec une bonne augmentation du temps de latence, mais au prix
d'effet secondaire.
Les inhibiteurs des phosphodiesterase de type 5 qui
ont, qui sont une indication, une indication de première
intention quand on a une association entre éjaculation
prématurée et dysfonction érectile, qui peuvent avoir,
bien sûr, des effets secondaires, mais qui ont été étudiés
aussi sur l'éjaculation prématurée sans dysfonction
érectile avec une assez bonne efficacité.
Ensuite, il y a le tramadol.
Le tramadol a une bonne efficacité.
Par contre, il faut faire très attention si on décide d'en
prescrire sur les effets secondaires et surtout le
risque d'addiction.
Les alpha-bloquants ont été étudiés avec peu d'efficacité.
C'est dans des petites séries, donc on ne peut vraiment pas
tirer de recommandations là dessus et donc entraînent
aussi d'autres effets secondaires, comme notamment
les éjaculations rétrogrades ou une diminution du volume du
sperme, avec des effets secondaires également.
Et puis, on peut utiliser enfin des anesthésies entopiques
hors label sous forme de crème, etc.
Et là, les dosages sont encore plus difficiles à établir.
Le transfert vaginal également peut poser problème.
Voilà un peu la palette de ce que l'on peut utiliser comme
traitement et qu'on a pu retrouver dans les études qu'on
a lues sur des essais ou des études qui sont de niveau de
preuves extrêmement variables.
Alors, les sexothérapies, qu'est-ce que c'est les
sexothérapies?
Je ne vais pas vous faire la fonte de vous expliquer quoi.
C'est un ensemble de thérapies qui sont inspirées des
psychothérapies.
Ce sont des thérapies brèves, comprenant notamment les TCC,
qui servent à mettre en perspective les comportements,
les cognitions et les émotions, qui sont des éléments en
interaction permanente et qui sont en jeu dans toutes les
problématiques sexuelles.
Là, il y a eu beaucoup d'évaluations systématiques.
Les TCC, ce sont ces deux niveaux de preuves de grade A dans
les recommandations en psychothérapie et en
sexothérapie.
Il y a quand même pas mal d'évaluations qui ont été faites.
Ensuite, il y a les thérapies systémiques adaptées aux
couples, les thérapies qui peuvent associer des approches
à la fois psychodynamiques, à la fois systémiques, à la fois
comportementales, qui ont été notamment développées au départ
par Hélène Caplan.
Et puis, la sexoanalyse issue des approches analytiques.
Et puis, tout ce qui est thérapie à médiation corporelle.
Là, on agit essentiellement sur le corps.
Aujourd'hui, on emploie énormément en sexologie, en
médecine sexuelle, les approches émotionnelles, les thérapies
complémentaires à visée émotionnelle, comme la relaxation,
comme l'hypnose, comme la méditation de pleine conscience,
qui peuvent être d'un excellent apport également.
Ensuite, il y a les thérapies combinées.
Alors, la thérapie combinée, c'est la combinaison, comme son
nom l'indique, de différentes choses.
On peut avoir une thérapie psychosexuelle associée à une
pharmacothérapie.
On peut avoir des pharmacothérapies associées, comme
IPDE5 plus anesthésiants ou IPDE5 plus inhibiteurs spécifiques
de la recapture de la sérotonine ou inhibiteurs spécifiques de
la capture de la sérotonine plus les anesthésiants.
Alors maintenant, avec tout ça, ça, c'est un peu tout ce qu'on
a pu lire dans la littérature.
Du coup, on a fait des recommandations qu'on a extraites
comme je vous l'expliquais au départ de cette littérature,
en fonction des niveaux de preuves.
Et nous avons établi 24 recommandations qui sont en fait
des guides de bonne pratique, mais qui ne sont absolument
pas des recettes qu'on doit suivre exactement à la lettre.
C'est comme pour la bonne cuisine.
Il faut s'en inspirer, mais il faut aussi savoir réfléchir
avec le patient qu'on a en face et avec sa propre
expérience clinique.
Donc, tout d'abord, nous recommandons que la meilleure
définition qu'on ait, enfin, d'employer la définition qui
pour nous est la meilleure, c'est à dire celle de la Société
italienne de médecine sexuelle.
Et ça, c'est une recommandation de grade A.
La recommandation est la suivante.
L'éjaculation prématurée se définit comme premièrement,
une perception subjective, persistante et récurrente de
perte de contrôle du mécanisme de l'éjaculation en présence
de stimuli érotiques appropriés.
Deuxièmement, une détresse subjective liée à l'éjaculation
prématurée qui est induite chez le patient, une insatisfaction
sexuelle ou une anorgasmie liée à l'éjaculation prématurée
chez le ou la partenaire.
Et troisièmement, un temps de latence éjaculatoire
intravaginale court qui soit perçu subjectivement par le
patient ou par le ou la partenaire ou objectivement
mesuré comme étant inférieur à 180 secondes pour la pratique
quotidienne.
Et nous suivons également les recommandations de la Société
de médecine italienne de médecine sexuelle, car nous
suggérons que la même définition soit appliquée à d'autres
pratiques que la pénétration vaginale, comme la masturbation,
les rapports oraux ou anaux et des contextes non hétérosexuels.
Donc, vous voyez, la grade A, pourquoi?
Parce que ce sont des recommandations fortes, l'ISSM,
mais grade C pour la recommandation 2 et 3, parce
qu'on n'a pas suffisamment de niveau de preuve, étant donné
que la plupart des études ont été faites, encore une fois,
sur des couples hétérosexuels lors d'une pénétration vaginale.
Recommandation numéro 4, les trois critères qui
caractérisent l'éjaculation, à savoir la rapidité, la
survenue de l'éjaculation, le défaut de contrôle et la
détresse doivent être, faire l'objet d'une évaluation
systématique.
En pratique, nous suggérons d'utiliser les informations
rapportées par les patients, dont la latence de l'éjaculation
dans différents contextes, et éventuellement compléter avec
les questionnaires que je vous ai montrés précédemment.
Nous recommandons de rechercher la présence d'autres
comorbidités sexuelles, en particulier la dysfonction
érectile chez tous les patients atteints d'éjaculation
prématurée.
Ça, c'est un grade A, mais ça, normalement, ça fait par
partie de notre travail en cas de dysfonction sexuelle,
de faire une investigation de toute la fonction sexuelle.
Et là, c'est d'autant vrai qu'il y a beaucoup de
publications sur l'association dysfonction érectile
éjaculation prématurée.
Nous suggérons de rechercher d'éventuelles dysfonctions
sexuelles des partenaires.
Nous recommandons également de recueillir les antécédents
médicaux et psychosexologiques et de réaliser un examen
physique ciblé chez les patients qui se plaignent
d'éjaculation prématurée.
Ça, c'est une recommandation forte, donc de grade A.
Et c'est l'évaluation biopsychosociale que je vous
ai présenté précédemment et qu'aujourd'hui, tout le monde
connaît et qui doit être un petit peu notre fil rouge.
Chez un patient qui présente une éjaculation prématurée
et avec des symptômes évocateurs d'hypertiroïdie,
l'hypertiroïdie, c'est la perte de poids, c'est une hyperphagie.
C'est une hyperactivité, une tachycardie, etc.
On recommande de prescrire un dosage de l'ATSH.
Là, on a une recommandation de grade B.
Nous suggérons de chercher une pathologie prostatique ou un
symptôme de la douleur pelvienne chronique.
C'est le synonyme, en fait, chez les hommes qui se plaignent
d'éjaculation prématurée, d'autant plus que c'est une
EP qui est acquise.
Grade B.
Nous suggérons d'étudier la fonction sexuelle ainsi que
l'état de santé psychologique des patients masculins des
couples infertiles parce que dans l'infertilité, on n'évalue
jamais assez les troubles sexuels et notamment une éjaculation
prématurée très, très précoce, voire antéportasse peut,
dans certains cas, pouvoir être mise en compte dans
cette situation-là.
Nous suggérons de donner à tous les patients atteints
d'éjaculation prématurée des conseils psychosexologiques et
à chaque fois que possible, associer les pharmacothérapies
et les thérapies cognitivo-comportementales centrées
sur la sexualité en impliquant le ou la partenaire dans le
processus de traitement.
Donc, c'est quelque chose de très important parce qu'on ne
résout pas tout avec une seule méthode et qu'il est très
important de s'adapter aux patients qu'on a en face et
qu'on ne peut pas prescrire un médicament sans donner des
conseils précis sur la manière d'apprendre à se retenir,
d'apprendre à différer et, dans certains cas, on ne peut
pas faire de thérapie, même cognitivo-comportementale,
notamment si le délai éjaculatoire est trop court,
sans une aide médicamenteuse.
Évidemment, l'implication du ou de la partenaire est quelque
chose d'important également.
Les conseils aminima.
Quels sont les conseils aminima associés à une prescription
médicamenteuse ?
Ces conseils sont très importants, non pas pour les
sexologues, mais pour les médecins tels, par exemple,
les urologues, qui vont avoir à traiter une éjaculation
prématurée et qui ont à leur disposition, finalement,
une pharmacopée.
Il y a un minimum de conseils précis à donner aux patients.
Le premier, c'est d'avoir des rapports sexuels de façon
régulière, parce que plus les rapports sont espacés et plus
l'éjaculation survient rapidement, ça, c'est chez tout
le monde, or beaucoup de patients, justement, évitent la
relation sexuelle de peur de l'éjaculation prématurée, ce qui
fait que ça ne fait qu'aggraver le problème.
Éviter d'engager tout son corps et surtout ne pas se bloquer,
notamment au niveau du bassin, et bouger lentement, se relâcher
sur le plan musculaire, alors que beaucoup de patients ont
plutôt tendance à serrer les fesses, respirer lentement et
profondément, avec de préférence une respiration abdominale,
surtout d'être attentif à ses propres sensations et s'arrêter,
faire des pauses régulières avant que l'excitation ne soit
trop forte, et ceci dès le début des rapports sexuels.
Et surtout pas précipiter la pénétration.
Voilà, ça, c'est un peu les conseils de base qu'on peut
donner quand on fait une prescription.
La recommandation suivante, c'est qu'on peut utiliser d'autres
approches sexologiques, mais par contre, on n'a pas
suffisamment de niveau de preuve pour avoir une recommandation
et c'est donc un accord d'experts en attente, évidemment, de preuve.
Parce que, ce que je ne vous ai pas dit depuis le départ, c'est
que des recommandations, ce n'est pas du tout quelque chose
qui est figé dans le temps.
Il va falloir qu'on les remette régulièrement à jour, à la
lumière des nouvelles données de la littérature.
En ce qui concerne le médicament et la prescription de première
intention, nous recommandons l'utilisation de la
dapoxétine comme traitement oral de première ligne, à la
demande, pour les éjaculations prématurées primaires et
secondaires.
Mais ça, c'est une recommandation de grade 1, encore une fois,
et vous l'avez compris, parce que c'est les données issues de
la littérature et on en a beaucoup.
Donc, on suggère une dose initiale de 30 mg de
dapoxétine prise une à trois heures avant le rapport sexuel
et nous suggérons de ne pas dépasser 60 mg.
Et il faut, on ne peut pas non plus passer à tout autre
traitement avant au moins 6 à 8 tentatives sexuelles complètes
dans un événement érotique optimal.
Nous recommandons également l'utilisation du spray
lidocaïne, prilocaïne, trois pulvérisations sur le gland
parce que c'est ce que dit la notice.
Mais ça, c'est à adapter, bien entendu.
Dix minutes avant le rapport sexuel, là également, c'est
une recommandation de grade B.
En fait, là où il y a le plus de preuves, c'est sur la
dapoxétine, même si vous l'avez remarqué, je vous ai dit
précédemment, beaucoup de patients abandonnaient ce
traitement pour plein de raisons, notamment son coût et
notamment les effets secondaires.
Nous recommandons absolument de traiter la dysfonction
érectile avant l'éjaculation prématurée chez les gens qui
ont les deux symptômes en même temps.
Ça, c'est une recommandation forte.
Nous suggérons l'association entre la dapoxétine et un IPDE5
pour améliorer le contrôle chez les patients qui ont à la fois
une éjaculation prématurée et une dysfonction érectile, mais
qui sont insuffisamment améliorés par la prescription
d'IPDE5 seul.
Nous suggérons l'association de la dapoxétine et de la
lidocaïne, prilocaïne chez les patients qui ont une éjaculation
prématurée et qui ne sont pas suffisamment améliorés par
la monothérapie.
Donc là, on est dans la bithérapie.
Ces deux dernières recommandations de grade C, donc
pas des recommandations fortes non plus, tout comme la
recommandation numéro 20, c'est-à-dire que les patients
qui n'ont pas répondu au traitement de première ligne,
nous suggérons d'utiliser un inhibiteur spécifique de la
recapture de la sérotonine hors AMM et de préférence la
paroxétine parce que c'est la molécule qui a l'effet
retardant le plus évident, ceci en l'absence de
contre-indications.
Chez les patients qui n'ont pas répondu au traitement de
deuxième ligne, nous suggérons la chlonipramine hors AMM
s'il n'y a pas de contre-indications.
Nous ne recommandons pas du tout d'utiliser les alpha-
bloquants pour avoir manque de preuves, simplement.
Nous ne recommandons pas d'utiliser le tramadol pour les
raisons que je vous ai exposées précédemment et nous ne
recommandons pas la réalisation systématique d'une
postectomie, c'est-à-dire une section du frein ou du prépuce
pardon, du frein, du prépuce ou d'une chirurgie du frein chez
les patients atteints d'éjaculation prématurée.
Voilà, je vous ai fait à peu près la liste des
recommandations que vous pourrez lire très prochainement
dans différentes publications et que nous allons évidemment
présenter dans différents congrès, dont les Journées
francophones de santé, santé sexuelle et de sexologie à Lille.
Merci, merci, merci beaucoup, Carole.
Franchement, super travail, énorme travail que t'as réalisé
encore avec tous ces experts et hyper intéressant.
Et puis, merci de nous l'avoir proposé en avant-première
pour le sommet.
Ça, c'est un super cadeau.
Donc, j'espère que ça a plu aux auditeurs.
Je pense que oui, vu le nombre de personnes qui ont suivi
l'intervention.
Du coup, là, comme on est un peu juste en temps, mais c'est
bien, il fallait le temps, il fallait prendre le temps d'expliquer
ses recommandations.
Je vais souhaiter une bonne continuation de congrès pour les
prochaines interventions à tous nos auditeurs.
Et puis, Carole, je te remercie encore de ton temps et de tout
ce travail.
Encore merci pour cette invitation.