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Soin, sexologie et médecine sexuelle

L’utilisation du Sexocorporel dans la consultation sexologique

Virginie Gasc Sexocorporel

Virginie Gasc montre comment l’approche sexocorporelle aide à observer et travailler les dimensions corporelles, émotionnelles, cognitives et relationnelles présentes dans la consultation sexologique.

Intervenant

Virginie Gasc

Psychologue sexologue. Psychologue clinicienne, Sexologue, Oncosexologue, Sexothérapeute, Virginie GASC est chargée de cours aux universités de Toulouse et Paris au DIU de Sexologie. Elle est également formatrice au sein du Cifres (Centre International de Formation et de Recherche en Sexualité).

Points clés

  • Le sexocorporel permet de relier les manifestations corporelles aux vécus émotionnels, imaginaires et relationnels.
  • La consultation s’appuie sur l’observation du tonus, de la posture, de la respiration, du mouvement et des perceptions.
  • L’approche aide à sortir d’une lecture uniquement symptomatique des difficultés sexuelles.
  • Les exercices corporels peuvent soutenir l’appropriation progressive de sensations, de repères et de compétences érotiques.
  • Le cadre clinique reste individualisé, respectueux du rythme et articulé à la demande de la personne ou du couple.

Et bonsoir à tous, et bonsoir Virginie.

Bonsoir Arnaud, bonsoir à tous.

Bon Virginie, je suis vraiment ravi de t'accueillir.

Merci beaucoup du temps que tu as passé pour cette présentation et merci beaucoup de nous

accorder du temps pour cette deuxième édition du Sommet de la santé sexuelle.

Je suis vraiment très content de te recevoir parce que Virginie, tu es psychologue,

clinicienne, sexologue, onco-sexologue, sexothérapeute.

Tu es chargée de cours aux universités de Toulouse et de Paris aux diplômes interuniversitaires

de sexologie.

Et puis tu es aussi formatrice au sein du CIFRES,

qui est le Centre International de Formation et de Recherche en Sexualité.

Et tu vas nous parler du sexo corporel dans la consultation sexologique.

Donc je te laisse présenter ça et ça m'intéresse énormément,

donc je vais être très attentif.

Merci Arnaud.

Donc je vais vous présenter l'utilisation du sexo corporel dans la consultation sexologique.

Alors j'ai choisi de vous présenter en quelques images l'approche sexocorporelle

et j'essaierai de l'étayer avec deux vignettes cliniques,

voilà, pour que ça puisse paraître un petit peu plus clair.

Donc l'approche sexocorporelle est le fruit d'une recherche,

d'une pratique sexologique depuis plus de 30 ans par Jean-Yves Desjardins,

qui était professeur titulaire de sexologie, psychologue et qui est décédé en 2011.

L'approche a été structurée à partir de 1985 par Jean-Yves Desjardins et François de Carufel,

puis a été reformulée depuis 1990 avec la collaboration du docteur Claude Roudelande,

qui est de l'école de Toulouse.

Elle a été vérifiée, approfondie par l'enseignement de la clinique

par différents professionnels et écoles partout dans le monde.

Elle s'inscrit dans l'histoire de la pensée sexologique et de la pensée intégrative.

Elle s'appuie sur des données scientifiques, notamment les neurosciences,

et est une partie de ce qu'on appelle les TCC, les thérapies cognitivo-comportementales.

Le sexocorporel est une branche des TCC.

Jean-Yves Desjardins s'est inspiré de plusieurs auteurs,

de William Reich, par exemple, John Monnet, John Bubley, Piaget, Avlock-Ellis,

Carl Rogers et bien sûr Masters et Johnson.

L'approche sexocorporelle est un modèle de fonctionnalité sexuelle.

C'est vraiment une approche qui va être ciblée sur la sexualité humaine

et va s'appuyer sur une vision holistique,

c'est-à-dire une théorie selon laquelle l'homme est un tout indivisible,

qu'il ne peut pas être expliqué par ses différentes composantes

physiques, physiologiques ou psychiques, si elles sont considérées séparément.

Elle s'appuie sur une vision humaniste, scientifique et a une conception multimodale

du changement, où vraiment le corps a une place centrale et incontournable.

L'approche sexocorporelle tient compte de plusieurs choses.

La première des assises génétiques, hormonales, physiologiques de la personne.

C'est vraiment le socle de la personne.

Elle tient compte de la fonctionnalité sexuelle

et plus précisément aussi de la notion de santé sexuelle.

Vraiment, avec l'approche sexocorporelle,

on parle en termes de santé et non pas en termes de dysfonctionnement.

Et elle tient compte également de l'unicité corps-cerveau-cerveau-corps.

Elle est une approche développementale, c'est-à-dire que toutes les composantes

de la fonctionnalité sexuelle humaine vont être soumises aux lois de l'apprentissage

et donc par le fait même à l'acquisition d'habiletés corporelles.

Elle est une approche adaptative, elle va s'adapter à l'âge,

aux pathologies, aux handicaps et bien sûr aux spécificités de chacun.

C'est une approche intégrative.

Elle tient compte des différentes composantes de la tension sexuelle humaine.

On va évaluer la composante physiologique qui elle est incontournable,

c'est-à-dire l'excitation sexuelle et son développement,

en passant par ses modes d'excitation, ses sources ou alors ses courbes d'excitation.

Les composantes cognitives, c'est-à-dire les connaissances que nous avons de la sexualité,

les idéologies, le système de pensée de l'individu, les jugements de valeurs,

les idéalisations, les croyances, les méconnaissances aussi.

Les composantes sexo-dynamiques, la sexo-dynamique va regrouper l'identité sexuelle de l'individu,

son assertivité, l'intensité sexuelle avec laquelle il va se présenter et être dans la sexualité.

Ses codes d'attraction, son imaginaire sexuel, le délire sexuel, le plaisir sexuel.

Tout cela, toutes ces composantes font partie des composantes sexo-dynamiques.

Également sont évaluées les composantes émotionnelles et relationnelles.

C'est une approche interactive, les différentes composantes interagissent grâce au corps.

Rien ne se passe dans le corps intrapsychique sans une répercussion dans le corps physiologique.

Et à l'inverse, rien ne se passe dans le corps physiologique sans qu'il y ait une répercussion

dans le corps intrapsychique. C'est ce qu'on appelle le concept de corps miroir.

Dans l'approche sexocorporelle, vraiment le corps va être inducteur de changement.

Comme je le disais, soit les changements vont être induits en agissant sur le corps physiologique

ou en agissant sur le corps intrapsychique.

Et justement, je vais vous présenter deux cas cliniques

pour essayer de comprendre l'utilisation du sexocorporel en consultation

et essayer de détailler ce que je viens de vous dire,

sachant que ce n'est absolument pas une présentation exhaustive de l'approche,

mais on ne peut pas le faire en quelques minutes.

J'ai décidé de vous parler de Rémi. Rémi s'est présenté avec Julia, sa compagne.

Les premières consultations que j'ai eues avec Rémi étaient des consultations de couple,

où j'ai reçu Rémi et Julia dans la même consultation.

Donc Rémi a 30 ans et Julia a 34 ans.

Lorsque je les rencontre, ils ont trois ans et demi de relation.

Lorsque je questionne Rémi sur pourquoi il vient me consulter ce jour-là,

il me dit qu'en décembre 2019, elle m'a imposé la proposition d'une relation non exclusive.

Suite à ça, j'ai commencé à avoir des crises d'angoisse.

Lorsque je questionne Julia sur sa présence en consultation,

elle me dit qu'on n'a plus de rapport sexuel depuis un an et demi.

Quelques hommes, mais absolument pas satisfaisants.

Au départ, je n'en avais pas et maintenant je n'ai plus du tout envie.

Donc Rémi est informaticien.

Dans son histoire de vie, je vous donne quelques indications,

il a trois frères dont il est très proche, tous ingénieurs,

et a grandi dans un cadre familial sans problème.

C'est lui qui l'exprime comme ça.

Sa mère est une institutrice retraitée et il la décrit comme une maladive à ne pas déranger.

Ce qu'il sous-entend par là, c'est que, surtout pas de conflit,

elle les a toujours élevées dans un objectif de plaire à tout le monde

et de ne pas faire de vagues.

Et son père est un ingénieur retraité.

Il n'évoque pas de particularité pour son papa.

Julia Cantal est commerciale dans une société d'édition.

Elle consulte en parallèle une collègue sexologue pour un trouble du désir sexuel.

Et elle décrit le sexe comme la satisfaction immédiate d'un besoin égoïste.

C'est sa définition de la sexualité.

Donc, je continue sur Julia.

Julia a toujours eu diverses relations, qu'elles soient hétéro ou homosexuelles,

sans jamais s'engager.

Rémi est le premier auprès duquel elle s'engage.

Et pour elle, le couple, c'est une perte de liberté.

Et lorsqu'elle me dit ça, Rémi lui me dit

mais de toute façon, tout inconnu sera toujours plus excitant que moi.

Je ne serai jamais quelqu'un qu'elle ne connaîtra pas.

Et c'est assez difficile pour lui de l'aborder comme ça

parce qu'il me dit mais au final, voilà, je serai toujours moi,

celle qu'elle a connue et on se connaît bien maintenant,

que faire pour que je redevienne un inconnu au final.

Et toute cette situation, voilà, lui a fait perdre confiance en lui.

D'où cette démarche de consulter un thérapeute.

Dans leur sexualité, Rémi aime prendre son temps.

Il aime les préliminaires, il aime la regarder, la toucher

de manière sensuelle, lente.

Elle aime les rapports qui sont brefs mais intenses.

Parfois, je les ai reçus à deux reprises

pour les premières consultations et elle me disait,

voilà, moi je rêve qu'il m'attrape de manière un petit peu vive

et qu'on puisse avoir un rapport sexuel

contre un mur de façon assez vive et intense.

Sa façon de s'exciter, elle, va être rapide, intense,

avec beaucoup de pression et surtout au niveau du clitoris.

En sexe corporel, on va appeler cette façon de s'exciter

un mode archaïque mécanique.

Rémi, quant à lui, donc il aime prendre son temps,

les préliminaires et surtout peu soucieux des performances érectiles.

Parfois, il me dit, bon, j'ai l'érection qui est retombée

mais ce n'est pas grave, moi ce que j'aime c'est m'occuper d'elle,

elle va bien revenir un jour cette érection.

Donc, il y accorde, pas qu'il y accorde pas d'importance

mais voilà, ce n'est pas une source d'anxiété pour lui.

Donc, moi, au terme des deux premières consultations de couple,

je leur demande mais finalement, qu'est-ce que vous souhaitez ?

En venant me voir, quelles sont vos attentes ?

Pour que moi, je puisse me caler sur ce que vous souhaitez vous

par rapport à vos objectifs, par rapport à cette thérapie.

Donc, Rémi, lui, clairement me dit, moi je veux reprendre confiance,

je veux arriver à exprimer mes désirs à Julie,

parce qu'effectivement, un an et demi qu'il n'avait plus de rapport sexuel

et qu'il, lui, avait beaucoup de désirs très régulièrement

mais ne parvenait pas à exprimer ses besoins et ses envies à Julia.

Et Julia, quant à elle, est quand même assez ennuyée par la situation,

donc elle est au clair qu'elle ne le trouve pas excitant

elle le trouve attirant mais pas excitant et qu'elle l'aime.

Elle aime Rémi et ce qu'elle veut, c'est partager une sexualité avec lui

et en étant consciente que peut-être, il faudra réenvisager

sa manière de vivre la sexualité et de travailler sur,

c'est le travail qu'elle fait avec la collègue,

voilà, d'essayer de chercher ce désir sexuel

et aussi tout un questionnement autour de l'engagement

puisque c'est le premier homme avec qui elle s'engage véritablement

dans une relation durable.

Donc je lui ai poursuivi mes consultations avec Rémi uniquement,

donc c'est vraiment sur lui que je vais me cibler.

Donc on a commencé par un travail sur les conditions,

donc j'ai tenté d'évaluer un petit peu l'éducation à la sexualité qu'il a reçue.

Donc il me dit « Bon, n'en parlez pas à la maison,

sauf vraiment sur un versant contraceptif,

il faut toujours avoir des préservatifs,

il faut faire attention aux maladies sexuellement transmissibles,

il faut se tester », voilà.

C'est ce genre de choses que pouvaient lui dire ses parents

mais aussi l'éducation qu'il a reçue au collège ou au lycée.

Voilà, dans les cours d'éducation à la sexualité.

Lui ce qu'il exprime c'est qu'il avait vraiment peur d'être ce qu'il lit comme le gros connard,

c'est-à-dire qu'il voulait toujours être dans le respect de l'autre,

donc il est attiré par les femmes uniquement.

Donc vraiment c'était important pour lui que ce ne soit pas le goujat,

qu'on ne le perçoive pas comme le goujat,

et du coup il évitait le contact avec les filles de peur de mal faire,

de peur de ne pas savoir comment en faire.

Les rapports sexuels pour lui sont automatiquement liés aux sentiments,

donc s'il n'est pas amoureux,

il ne peut pas avoir de rapports sexuels avec une femme,

parce que pour lui ça n'a que peu de sens d'avoir des relations sexuelles si on n'est pas amoureux.

Et les premières expériences de Rémy,

donc ça a été à l'âge de 23 ans,

qu'il considère lui comme tardive,

où il a découvert les premiers baisers et aussi les premières relations sexuelles,

et aussi les premières déceptions.

Les premières déceptions parce que dans sa difficulté à exprimer ses besoins et ses envies,

déjà à ce moment-là,

il n'était pas complètement satisfait de ce qu'il pouvait partager avec ses femmes.

Et d'ailleurs avant de rencontrer Julia,

si ma mémoire est bonne, il n'a rencontré que trois femmes,

qu'il considère comme un nombre très petit.

Son éducation, autre que la sexualité,

on évite le conflit à tout prix.

Comme dit précédemment, sa maman, c'était une maladie, va ne pas déranger.

Il dit d'ailleurs, je n'ai jamais vu mes parents se disputer,

ils sont très portés sur l'empathie,

et ont toujours été, voilà, il ne faut pas faire de vagues,

on évite le conflit,

et on est gentil, poli,

et on essaie de ne pas se faire remarquer.

Et il me dit un jour, c'est plus confortable de ne rien tenter,

et de laisser venir les choses, plutôt que de les demander.

Donc c'est vrai qu'à partir de là, moi je lui ai dit, Rémi,

c'est compliqué, parce que lorsqu'on souhaite s'épanouir,

et surtout sur le plan de la sexualité,

il y a un moment donné où il va falloir s'affirmer,

et affirmer aussi ce qui peut nous amener,

justement, vers un mieux-être, et vers un épanouissement sexuel.

Nous avons fait également un travail sur la sexodynamique.

Donc pour lui, il se considère comme un homme, dans son corps d'homme.

Donc un sexe corporel, c'est ce qu'on appelle le sentiment d'appartenance à son sexe biologique.

Est-ce qu'on est en accord avec le corps dans lequel on est arrivé ?

Et pour lui, avec une part de féminité incarnée par sa préférence pour des rapports sexuels,

tendres, sensuels, il dit oui, le fait que j'aime caresser,

le fait que je ne sois pas, je le cite, un gros bourrin, c'est ma part de féminité.

Voilà, c'est comme ça qu'il l'aborde.

Et également une vie fantasmatique, onirique, qui est très très riche.

Régulièrement, il me raconte ses rêves, des scènes dans lesquelles il apparaît.

Il apparaît également avec Julia.

Voilà, et un beau jour, j'arrive en consultation, dans la salle d'attente,

et je ne l'avais jamais observé de cette manière-là dans la salle d'attente,

et je le vois comme ça.

Donc, ce n'est pas Rémi, c'est une photo pour illustrer un petit peu la posture

et la position de Rémi dans la salle d'attente.

Donc là, je l'observe, et il y a quelque chose qui s'éclaire pour moi.

En le voyant comme ça, qu'est-ce que je me dis ?

Alors, j'observe, parce que la lecture corporelle, en sexocorporelle,

ça fait une partie intégrante de l'approche et de l'évaluation qu'on va pouvoir en faire.

Donc, si vous regardez bien ses pieds, ils ne sont absolument pas posés à plat sur le sol.

Le haut de son corps est penché sur son portable.

Cela dit, c'est une position qu'on observe surtout depuis les évolutions numériques en tout genre.

Le casque sur les oreilles, là, il est complètement déconnecté.

Et d'ailleurs, je le cherche du regard parce que j'ai une grande salle d'attente,

et il met quelques minutes avant de me voir et de m'entendre l'appeler

pour débuter la consultation.

Donc, en le voyant dans cette position-là, j'ai eu une idée.

Et l'idée que j'ai eue, ça a été de travailler sur cette posture,

de travailler sa présentation au monde, sa présentation à l'autre.

Donc, ce jour-là, j'ai débuté un travail vraiment corporel.

Là, purement sexocorporel.

Et pendant la consultation, alors qu'il a un petit peu dérouté,

mais à la fois, on se connaissait depuis un petit moment,

donc ça a été bien accueilli par lui,

je lui ai proposé qu'on marche, qu'on marche tous les deux,

qu'on expérimente la démarche.

Alors, expérimenter la démarche, c'est quoi ?

Je lui ai simplement demandé de marcher.

De marcher et de me faire partager son vécu sensoriel

de cette marche, de cette démarche.

C'est-à-dire que je lui ai proposé de sentir comment il posait son pied au sol.

Donc, finalement, d'essayer d'évaluer son ancrage sur le sol,

sa verticalité, comment est-ce qu'il marche,

quelle est la position de son bassin,

est-ce qu'il a un bassin qui va être vers l'avant, vers l'arrière,

son regard.

Quand on marche, où se positionne le regard ?

Et nous avons joué, pendant un petit moment,

dans la consultation, à explorer,

parce que c'est vraiment le propre du sexe corporel,

on explore.

On explore dans un premier temps,

avant d'essayer de comprendre ce qui se passe.

Et dans l'exploration, je lui ai proposé

d'avoir une démarche un peu plus lente, un peu plus rapide,

d'avoir une démarche, pardon,

d'avoir une posture un peu plus courbée,

un peu plus tournée vers le haut du corps,

un haut du corps un peu envoyé vers l'arrière.

Et le regard, est-ce que le regard est à l'horizontale,

vers la verticale, d'un côté, de l'autre ?

Est-ce que ça pouvait lui faire vivre,

lorsqu'il explorait différents types de postures et de démarches ?

Bon, ça a été intéressant, parce que j'ai ajouté,

en dernière proposition d'exercice,

qu'il s'imagine être...

Alors, avec les femmes, je parle de reines,

et puis avec les hommes, je parle de rois.

Qu'il s'imagine être le roi d'un village, d'un pays,

et il passe, il passe et il salue, il salue ses sujets.

Et qu'il me montre, corporellement,

comment un roi marche, se montre et salue ses sujets.

Alors, c'est intéressant, parce qu'au départ,

les patients, ils sont un petit peu en difficulté pour faire cet exercice,

parce que je ne suis pas une reine, je ne suis pas un roi,

ça va faire que je ne vais me montrer qu'eux.

Certes, mais je leur dis que c'est un exercice,

on est là, vous et moi, il n'y a personne d'autre.

Et moi, ce qui est important, c'est que vous vous sentiez.

Parce qu'un roi, il va avoir confiance en lui,

il va montrer quelque chose d'affirmé et de posé.

Et en entendant ça, en faisant cet exercice,

j'ai vu un Rémi beaucoup plus grand,

beaucoup plus affirmé et beaucoup plus, comment dire, confiant.

Lorsqu'il est parti de la consultation,

moi je lui ai dit « amusez-vous, posez-vous dans un jardin

et puis observez les gens, comment ils marchent,

comment ils se tiennent et peut-être faites des hypothèses.

Parce que l'histoire de la lecture corporelle,

en sexe corporel, on n'est pas dans l'interprétation.

On n'est pas dans « il met la tête comme ça, ça veut dire ça. »

Pas du tout.

Par contre, ça peut nous donner des impressions.

Et effectivement, quelqu'un qui penche la tête en avant,

quand il marche, ça peut donner une impression peut-être de tristesse,

une impression de non-confiance en soi.

Et dans la consultation, ces observations-là peuvent être questionnées

en disant « là, j'ai vu que vous êtes arrivé,

vous traîniez un petit peu les pieds,

vous aviez la tête un peu basse, qu'est-ce qui se passe ?

Est-ce qu'il y a quelque chose qui ne va pas ? »

C'est plus un moyen de questionner

et de mettre au travail certaines réalités corporelles

plutôt qu'une interprétation, je ne sais pas,

psychologie de comptoir, comme on dit,

à dire « ça, ça veut dire ça. »

Non, je ne sais pas ce que ça veut dire,

mais je le questionne.

Mais là, l'exercice fait avec Rémi pendant la séance,

ça m'a donné une impression de « waouh, j'ai rencontré un nouveau Rémi,

un Rémi plus confiant. »

Alors après, on est dans le mouvement de la consultation

et si vous voulez faire un exercice, c'est bien,

mais il va falloir le répéter et le répéter

pour qu'il soit vraiment intégré.

Parce que, voilà, ce n'est pas en faisant l'exercice une fois

que la prochaine séance, hop, tout est gagné

et puis je vais avoir un Rémi qui n'a plus besoin

de travailler justement sur sa confiance en lui.

Et puis je lui ai proposé d'enlever le casque,

d'essayer de se connecter à l'autre, de se connecter au monde

et d'être dans l'observation à la fois de lui-même

et des autres personnes.

Donc ce que je vous disais, de se poser dans un jardin

et d'observer ce qui se passe et aussi d'observer Julia

et d'être vraiment dans un regard un peu plus affirmé envers elle

et puis d'observer aussi sa façon d'être à Julia.

Parce que dans les difficultés aussi qui étaient rencontrées

et exposées par le couple, c'est qu'au final, il n'osait pas.

Il n'osait pas ni la regarder, ni avoir des gestes

qui soient un petit peu trop sexuels, comme il dit, ou explicites.

Parce que pour lui, non, c'est manquer de respect à la femme.

Mais par contre, pour Julia, c'est ce qu'elle attend.

Donc on est dans quelque chose d'un petit peu ambivalent

ou paradoxal de, je veux répondre à ses attentes

mais à la fois, je ne suis pas en capacité de le faire moi-même.

Donc cet exercice a été surprenant.

Donc on l'a fait à plusieurs reprises.

Donc je vous fais un petit propos quand même assez rapide.

Et après quelques mois de consultation, dans les évolutions,

à travers cette concentration ou cette centration sur ses sensations

et sa manière d'être, de se tenir sur sa verticalité, son ancrage

et puis sa manière d'être au monde, il a eu des révélations.

Il a eu des révélations vraiment dans un premier temps sensoriel

où il m'a dit, voilà, j'ai senti certaines choses.

Même dans la masturbation, j'ai fait un petit peu différemment.

Maintenant, bon, ça on y a travaillé un moment

mais j'arrive à m'autoriser à dire les choses qui ne vont pas.

Donc c'est assez intéressant et aussi touchant parfois

parce que quelquefois, il arrive en consultation,

j'ai des tas de choses à vous dire.

Voilà, là il s'est passé ça, ça, ça.

J'ai réussi à lui dire ça, ça, ça.

Donc voilà, il y a des choses qui se mettent en place.

Il arrive à bien identifier ses émotions

et comment surtout elles se traduisent dans son corps.

Parce qu'il y a eu aussi un temps d'identification de,

lorsque je suis en colère, lorsque j'ai peur,

lorsque il se passe telle ou telle chose,

comment ça se répercute dans mon corps ?

Qu'est-ce que mon corps me dit finalement sur cet état émotionnel ?

Et ce changement d'attitude a entraîné quand même

une modification de l'attitude de Julia.

J'ai mis Julie, bon, de Julia.

Qui elle-même a perçu,

alors j'ai revu Julia ponctuellement dans des consultations de couple.

Mais voilà, elle a perçu un Rémi qui était quand même plus actif

et qui a généré une reprise des relations sexuelles.

Donc pour peut-être conclure un petit peu sur ce cas clinique,

alors je n'ai pas mis de côté

tout l'aspect cognitif et l'aspect histoire de vie

et puis manière dont Rémi s'est construit et a évolué

et l'éducation qu'il a reçue, bien sûr j'en ai tenu compte.

Mais à la fois c'est quand je suis passée par le corps

et quand je suis passée par des exercices corporels

et surtout sur la verticalité,

c'est là que les choses se sont un petit peu débloquées.

Voilà, c'est que là vraiment j'ai utilisé le corps

et les exercices corporels pour faire bouger les choses

et du coup avoir des répercussions, comme je le disais,

sur sa façon d'être et sa façon de faire.

Et n'être plus dans « j'attends que ça arrive,

je ne demande pas », c'est quand même plus simple comme ça.

Là maintenant, il demande, ce n'est pas toujours accepté,

mais là il y a vraiment une évolution très positive

dans cette situation et qui d'ailleurs ont amené Rémi et Julia

à avoir de nouveau des relations sexuelles.

Donc ça, c'est pour le premier cas clinique que je vous ai proposé.

Le deuxième, j'aimerais vous parler de Valérie.

Valérie a 26 ans, elle est en couple depuis 6 mois avec Jean,

qui a 30 ans, très attentionné, gentil, généreux, drôle, amoureux.

Elle me le précise plusieurs fois dans la consultation.

Le motif de consultation de Valérie,

c'est « je pense que j'ai besoin d'aide pour le sexe,

j'ai vécu 4 ans avec un homme qui avait une image dégradée de la femme,

j'ai enfin découvert le plaisir d'être à deux,

mais je crois que je n'ai pas droit au bonheur ».

Donc pendant cette relation de 4 ans qu'on a dû quand même

un petit peu décortiquer et évaluer,

Valérie a souffert d'infections urinaires et de mycoses à répétition.

Les rapports sexuels pénétratifs ont toujours été douloureux

et une source bien évidemment d'appréhension.

Donc arrive cette nouvelle relation pour Valérie et du coup elle a peur.

Peur de ne pas être assez bien et peur qu'il reparte avec son ex.

Avant notre première consultation,

Valérie a cherché de l'aide auprès de plusieurs personnes.

Elle a fait des séjours de méditation,

elle a été voir des magnétiseurs,

beaucoup de thérapeutes autour de la nature,

autour des bienfaits de la nature.

Et sans parvenir à trouver des réponses à ces questions.

Ses attentes sont les suivantes,

elle ne veut plus avoir peur du sexe.

C'est comme ça qu'elle me le dit.

Je veux être dans la spontanéité,

ne plus calculer et m'autoriser à avoir du plaisir.

Alors je suis partie d'emblée avec Valérie dans des exercices corporels.

Les exercices proposés ont été déjà sortir de l'obligation

du rapport sexuel pénétratif.

Puisque Jean est bienveillant, amoureux, gentil, attentionné,

je lui ai dit qu'il va certainement accepter

que la sexualité ce n'est pas que de la génitalité,

ce n'est pas qu'un pénis dans un vagin pour les relations hétérosexuelles,

mais ça peut être aussi de partager autre chose,

d'autres sensations, en dehors du coït.

Donc l'idée était dans un premier temps de sortir du schéma

imposé par son précédent partenaire,

parvenir à érotiser les rapports sexuels non pénétratifs,

donc faire de la caresse quelque chose de très sensuel,

de très sexuel et de très jouissif aussi,

sans pour autant qu'il y ait une pénétration.

Et bien sûr, se centrer sur ces sensations durant tous les moments avec Jean.

Et aussi un travail sur la vaginalité.

Donc en deux mots, la vaginalité,

c'est un concept élaboré par Catherine Cabanis,

qui est gynécologue et sexologue.

La vaginalité se définit comme la possibilité pour une femme

d'atteindre un épanouissement et un plaisir sexuel

passant par la découverte, l'appropriation, le partage de son intimité,

son intériorité érotique, à savoir le vagin.

Cela renvoie pour la femme à sa capacité de percevoir dans son corps

le vagin comme un organe sexuel féminin,

sa capacité de vivre la pénétration comme un élément de la rencontre sexuelle,

et sa capacité d'érotiver le vagin et la pénétration par l'activation corporelle,

le sentier interne et les fantasmes.

Cela met la notion de vaginalité au centre de la santé sexuelle féminine

et au centre de toutes les dysfonctions sexuelles.

La vaginalité va être vraiment liée au choix de la femme

de faire de son vagin un lieu de rencontre érotique et sexuelle.

En clair, une vaginalité présente va amener à une bonne fonctionnalité sexuelle

parce qu'elle permet la recherche et l'acceptation de la pénétration dans la relation sexuelle,

l'accessibilité au plaisir sexuel coïtal et aussi au désir sexuel coïtal.

D'avoir envie d'être pénétrée.

Dans ce travail sur la vaginalité, le premier travail a été de travailler sur le sentier interne

et l'érotisation des creux, autant des creux du vagin,

mais aussi les creux du cou, de la poitrine, de tout ce qui va permettre

un emboîtement avec l'autre et pas que du pénis.

On a également travaillé la démarche, un petit peu comme Rémi,

mais avec la particularité que là, les exercices sont faits entre femmes

et que l'identité aussi du thérapeute va être parfois importante

dans l'adhésion qu'on va pouvoir avoir avec nos patients et nos patientes.

Et là, vraiment, il y a quelque chose qui s'est passé dans le fait que je sois une femme

et qu'elle aussi soit une femme, et que nous nous sommes entraînés ensemble, entre pères.

On a travaillé sur la conscientisation des points d'appui,

donc les points d'appui, comment elle déroule son pied au moment de la marche,

de la respiration, c'est vrai que je n'en ai pas parlé avec Rémi,

mais la respiration fait aussi partie du travail corporel,

de la posture et développer son incertivité sexuelle,

c'est-à-dire la fierté d'être une femme et de le montrer.

Et puis aussi, on a travaillé un petit peu le relationnel

dans la communication du couple.

Alors, pas qu'il y ait eu de grandes difficultés,

mais le fait de rendre les rapports sexuels non pénétratifs,

voilà, il y a eu tout un travail fait pour impliquer aussi le partenaire,

que je n'ai jamais rencontré,

ça n'a été qu'une thérapie individuelle et des consultations individuelles.

Mais à travers elle, je parlais aussi avec Jean.

Voilà, donc il me semblait important de rappeler aussi

qu'il est vraiment important dans une consultation de créer une adhésion,

tant une adhésion émotionnelle qu'une adhésion cognitive.

Alors, moi, ça c'est ma technique à moi,

mais bon, je ne sais pas si vous l'avez vu,

mais je bouge pas mal.

Je me sers aussi de mon corps pour montrer des choses.

Moi, je pense qu'il ne faut pas hésiter à jouer,

à se mettre en scène corporellement lors de la consultation,

de faire des gestes, de bouger.

Lorsque je peux parler justement des creux vaginaux,

je vais faire des gestes qui montrent qu'il y a justement ce creux.

Je peux aussi, quand je veux montrer une façon de se caresser ou de toucher,

je vais montrer mon bras et puis faire certains gestes.

Ça, ça parle beaucoup.

Ça parle beaucoup les gestes et quelquefois, ça parle pas.

Mais en tout cas, pour beaucoup de personnes,

c'est vraiment un moyen aussi de créer cette adhésion.

De même, l'utilisation des mots qui vont être percutants en parlant.

Lorsque j'ai une patiente qui vient me voir pour un désir sexuel,

par exemple pour des difficultés, des troubles du désir,

quand on aborde la question de l'excitation,

la question de cette rencontre sexuelle avec l'autre,

moi, je leur dis qu'est-ce qu'il fait votre vagin ?

Est-ce qu'il salive ?

Je fais beaucoup de parallèles avec, par exemple, la nourriture.

De voir un gâteau, est-ce que ça ne fait pas saliver ?

C'est la même chose pour un vagin.

La lubrification, c'est aussi une forme de salivation.

Et du coup, il me semble important d'utiliser vraiment des mots qui parlent

et de faire des gestes pour les accompagner, ces mots.

Voilà ! J'ai terminé ma présentation.

J'espère avoir été claire.

Voilà, je vous remercie pour votre attention

et je vous souhaite de bonnes interventions après la mienne.

Bonne soirée !

Merci beaucoup Virginie pour cette intervention qui a vraiment été très intéressante

et qui montre justement pour les non sexologues

ce que fait un sexologue dans ce cabinet, grâce à ses vignettes cliniques.

Et puis pour les sexologues qui sont plutôt des somaticiens purs,

effectivement, c'est hyper important de cette prise en charge intégrative.

Alors bon, c'est aussi ce qu'on fait un petit peu en tant que,

par exemple, dans la médecine sexuelle, bien évidemment.

Enfin, on fait tous de la prise en charge intégrative,

mais le sexe corporel, c'est vrai que ça va plus loin.

Et notamment au niveau des termes qui sont utilisés,

qui se mettent vraiment au niveau des patients.

Et ça, je trouve ça super.

On essaie toujours de chercher des termes pour que les patients y comprennent.

Alors des fois, on va trop loin, des fois pas assez loin.

Mais c'est vrai que vous avez vraiment une bonne approche, je trouve.

Donc, c'est très sympathique de voir un petit peu ce qui se fait,

les différents courants de pensées sexologiques,

même si effectivement, tout se regroupe un petit peu.

Et l'idéal, ce serait qu'on arrive à trouver quelque chose d'un petit peu commun.

En tout cas, c'est super.

Merci beaucoup.

Merci à toi.

Eh bien, bonne continuation, heureux intervenant.

Bonne continuation à toi, Virginie.

Encore merci d'avoir passé du temps pour notre sommet.

Et donc, je vous donne rendez-vous pour la prochaine intervention.

Au revoir.