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Soin, sexologie et médecine sexuelle

Place de la psychomotricité dans la santé sexuelle

Bérengère Tonnot Psychomotricité

La psychomotricité apporte une lecture du corps vécu, du tonus, des émotions et de la relation, utile pour comprendre et accompagner certaines difficultés de santé sexuelle.

Intervenant

Bérengère Tonnot

Psyhomotricienne et sexologue. Psychomotricienne sexologue au Centre Hospitalier Alpes-Isère.

Points clés

  • La santé sexuelle engage le corps vécu, le schéma corporel, le tonus, les émotions et la relation à l’autre.
  • La psychomotricité peut aider à repérer les tensions, évitements, dissociations ou difficultés d’investissement corporel.
  • L’accompagnement vise une meilleure conscience corporelle et une sécurité suffisante pour explorer les sensations.
  • Cette approche trouve sa place dans un travail pluridisciplinaire avec les autres professionnels de santé sexuelle.
  • Elle permet de ne pas réduire les difficultés sexuelles à un symptôme isolé ou à une seule dimension psychologique.

Bonjour à toutes et à tous, je suis le docteur Zeler, médecin sexologue et je suis ravi de vous

accueillir pour cette avant-dernière conférence du sommet de la santé sexuelle dans laquelle nous

allons explorer la place de la psychomotricité dans le domaine de la santé sexuelle grâce à

la participation de Bérenger Thonaud. Vous allez voir que cette conférence s'inscrit dans la

continuité de la précédence sur le sexe corporel puisqu'on va découvrir une autre approche

complémentaire un peu plus courante en France d'ailleurs puisque chez nous il y a un diplôme

d'état avec une formation universitaire pour les psychomotriciens et donc Bérenger Thonaud qui

est psychomotricienne et sexologue elle va se présenter, elle va partager avec nous les

principes et les pratiques spécifiques de sa discipline en mettant en lumière l'utilisation

qu'elle en fait dans le domaine de la santé sexuelle. Donc on remercie chaleureusement Bérenger

pour cette présentation qu'elle a enregistrée de façon très professionnelle vous allez voir

via la cellule communication du centre hospitalier Alpes-Isère qu'on remercie également du coup.

Donc bonne intervention et à tout à l'heure. Bonjour Bérenger, peux-tu te présenter en quelques

mots ? Oui donc je m'appelle Bérenger Thonaud, je suis psychomotricienne et sexologue, je travaille

actuellement en psychiatrie adulte au C3R qui est le centre de réhabilitation psychosociale qui

est pendu chez le centre hospitalier Alpes-Isère qui se situe à côté de Grenoble. L'intervention

précédente était une présentation de l'approche sexocorporelle de Jean-Yves Desjardins au Québec,

quel rapport écoute de la psychomotricité en France ? Alors d'abord il faut savoir que l'approche

de Desjardins vient du Canada où la psychomotricité n'est pas une discipline à part entière. En fait

l'approche sexocorporelle de Desjardins et la psychomotricité ont beaucoup de points communs,

vous le verrez par la suite. La psychomotricité c'est une thérapie à médiation corporelle qui

s'intéresse particulièrement à l'interrelation entre les fonctions motrices et la vie psychique

du sujet, le corps étant le point d'ancrage des expériences sensorimotrices qui passent par les

sens et s'inscrivent dans le corps, émotionnelles et affectives, cognitives et sociales. D'après

Aguria Guerra la psychomotricité ne s'adresse pas à la motricité en tant que telle mais à ce que

la motricité représente, c'est-à-dire à la personnalité en action. En gros on pourrait

dire au langage corporel qui est teinté des éprouvés et des expériences qui l'ont influencé.

Benavides quant à lui dit la connaissance du corps renvoie à la manière dont le sujet fait

ses expériences corporelles ou comment l'expérience sensorielle inclue dans une tonalité affective

participe à la construction de l'identité d'un individu et le propulse dans la vie relationnelle.

Qu'est-ce que ça veut dire ? En gros c'est comment les expériences que l'on fait avec son corps,

les émotions qui y sont associées font ce que nous sommes, participent à asseoir notre identité,

nous permettent d'aller vers les autres et de communiquer de manière ajustée. On va sans

doute en parler par la suite mais je voudrais vous parler d'une expérience personnelle qui

pour moi est un exemple de communication non verbale si chère aux psychomotriciens et de

langage corporel archaïque. Quand j'ai accouché de ma fille, de ma première fille, la montée de

lait a été longue et fastidieuse. Ma fille hurlait, se tordait, pleurait, elle expérimentait la faim et

moi j'expérimentais le stress et la culpabilité de ne pas pouvoir nourrir ma fille correctement,

ce qui n'a sans doute pas aidé pour la suite. Et puis est venue la montée de lait, enfin, et là

après un premier regard d'étonnement face à ce lait qui arrive de manière soudaine, j'ai vu son

visage se détendre, son corps se relâcher, ses yeux roulés de plaisir et moi j'étais aux anges de

l'avoir ainsi. Elle, elle expérimentait la première expérience corporelle de plaisir suite à ce lait

qui coule dans sa gorge, dans son estomac et qui la rassasit. Et puis moi j'éprouvais aussi du

plaisir, le plaisir d'être ensemble, d'être dans cette communication avec elle, cette communication

non verbale. C'était un moment vraiment de paix, d'amour et nous étions vraiment dans une

communication corporelle à ce moment-là. Ajur Yagera parle de communication, de dialogue tonico-émotionnel.

Justement, tu parlais du langage du corps. Sur quoi s'appuie le psychomotricien pour observer,

décrypter et développer ce langage du corps dans la sexualité ? Là, on entre dans les thèmes phares du

travail du psychomotricien. Un développement psychomoteur harmonieux passe par un bon

équilibre dans l'intégration de différentes notions, le schéma corporel, l'image du corps, le

tonus, les coordinations, l'espace, le temps et les émotions. Le schéma corporel, qu'est-ce que c'est ?

C'est la représentation plus ou moins consciente de son corps dans l'espace, de la posture de son

corps, des différents segments de son corps et il est dépendant de l'intégration de différentes

informations sensorielles extéroceptives, visuelles, auditives, tactiques, mais également

intéroceptives, proprioceptives, vestibulaires, musculaires. Je sais que mon bras est plié parce

que j'ai un message qui vient à mon cerveau et qui me dit que mon bras est plié. Je n'ai pas besoin

de le voir, je le sens. Ce schéma corporel n'est pas inné, il se développe au cours du développement

psychomoteur et il est important dans la sexologie de connaître son anatomie, de savoir comment ça

fonctionne. Par exemple, en sexologie, on pourrait laisser à disposition d'un enfant, d'une petite

fille ou d'un petit garçon, un miroir chez lui ou chez elle pour qu'elle puisse explorer, pour

sa vulve, son pénis, son anus, pour pouvoir descendre toute cette peur de l'inconnu qui

pourrait générer des tensions au moment d'un futur rapport sexuel, au moment de l'adolescence ou de

l'âge adulte. L'image du corps. L'image du corps, c'est l'idée que l'on se fait de son corps. Elle

est sous l'influence de notre histoire personnelle, psychique, affective. Elle est liée aussi à la

relation qu'on a avec les autres. Comment j'ai été parlée par les autres, par mon entourage ? Comment

j'ai pu être critiquée ? Tu es trop grosse, tu es trop petite, tu es belle, tu es magnifique. Tout ça

va avoir une influence. Mais aussi, ça va être sous l'influence de la société, de la culture, des

médias. Et attention, on peut être tenté d'essayer de coller à des pseudo-normes qui vont au mieux

générer une frustration de ne pas être dans l'image idéale et au pire générer un profond malaise. Ça

peut aller jusqu'à une dépression ou une dysmorphophobie. En tout cas, il faut entendre que cette

image du corps, elle va avoir un impact sur notre sexualité. Et par exemple, comment est-ce que je

peux, si j'ai une mauvaise image de moi, une mauvaise image de mon corps, comment est-ce que je peux me

mettre nue ? Comment est-ce que je peux me dévoiler dans ma sexualité ? Le tonus. Le tonus, c'est l'état

tonique de la personne. Plusieurs composantes peuvent avoir une influence sur le tonus. La

maturité neurologique, la fatigue, la maladie. Si j'ai une grippe, je ne vais pas être dans le même

état tonique que si tout va bien, si je suis en forme. Une composante motrice, est-ce que je suis

en train de dormir ou est-ce que je suis en activité ? Est-ce que je fais un sport ? Est-ce

que je suis dans un rapport sexuel ? Dans ce cas, je vais pas avoir le même état tonique. Et au sein

de cette activité, je vais avoir des variations toniques avec parfois un recrutement tonique et

un relâchement tonique. L'idée étant d'ajuster cette variation tonique. Des jardins, notamment

dans la description de ces modes excitatoires, parlent du mode excitatoire en vague. C'est

justement cette variation tonique idéale lors des rapports sexuels, entre autres. Nous allons

avoir aussi une influence des émotions sur l'état tonique. Bien sûr, si je suis en colère, je vais

pas avoir le même état tonique que si je suis triste ou que si je suis dans un moment de plaisir.

L'espace. L'espace ou comment j'occupe l'espace, comment j'ai conscience de l'espace et comment

je l'occupe avec mon langage corporel. L'espace, c'est à la fois l'espace externe, mais c'est

également l'espace interne. Dans l'asexualité, on peut travailler avec cette notion d'espace pour

aborder les notions de limites. Le dedans, le dehors, j'y vais, j'y vais pas, je t'autorise à entrer ou non

dans mon espace. Comment est-ce que je te fais de la place ? Autant dans mon espace privé, intime,

qu'à l'intérieur de moi, comment j'investis l'espace de l'autre également. Le temps. Une

bonne intégration des notions de temps permet d'ajuster son rythme, d'avoir un bon tempo. En

sexo, on travaillera sur cette notion de rythme. Par exemple, quand on veut travailler avec la

respiration pour aider une personne qui aurait, par exemple, des problèmes de contrôle éjaculatoire,

une éjaculation prématurée. Comment est-ce que je vais travailler sur cette respiration, sur ce rythme

pour essayer d'être plus ajusté, ralentir mon rythme, être moins envahi par toute l'excitation

justement. Je peux travailler aussi sur le rythme, dans l'accordage des rythmes d'un couple, des

protagonistes d'un couple, pour ajuster justement les deux rythmes et être dans un meilleur dialogue

tonique lors d'un rapport sexuel. Les coordinations. La psychomotricité peut être entendue comme étant

la psychologie du mouvement. Montre-moi comment tu bouges, je te dirai qui tu es, de façon schématique.

Le mouvement, il est nécessaire dans la sexualité, il est fondamental. Et parfois, il peut être mis à

mal par certains blocages psychologiques, certains traumatismes qui vont avoir un impact sur la

mobilité, la fluidité du corps. Et justement, la psychomotricité peut être un excellent outil pour

remettre du mouvement dans le corps, remettre en action ce corps qui a été mis à mal par tous ces

blocages psychologiques et regagner en flexibilité mentale, en fluidité, en lâcher prise, en

créativité et du coup retrouver aussi une sexualité plus harmonieuse. La façon de se mouvoir, de se

tenir et traduit un état d'être. Elle est sous influence du schéma corporel, du tonus, de l'image

du corps, des notions d'espace, du temps et des émotions. Et les émotions, c'est capital de les

prendre en considération, en psychomotricité notamment. Autant dans le vécu des émotions que

dans l'expression des émotions, que dans la compréhension des émotions et que dans la

gestion des émotions. Du coup, quelles sont les indications sexuelles que tu peux traiter en

psychomotricité ? La psychomotricité peut s'adresser à tous, à l'enfant, l'adolescent, l'adulte, la

personne âgée. Elle peut avoir une orientation plus éducative, préventive ou plutôt thérapeutique,

rééducative. Je vais vous donner une liste non exhaustive que l'on peut aborder comme indication

en sexopsychomotricité. On peut aborder les troubles du désir, les troubles du plaisir, les troubles du

contrôle éjaculatoire ou érectile, les disparonies qui sont une douleur lors des rapports sexuels,

le vaginisme qui est une difficulté voire une impossibilité à la pénétration, les troubles

de l'image du corps comme on l'a vu précédemment, l'accompagnement psychocorporel des victimes de

violences sexuelles, les difficultés liées à son identité de genre ou à son orientation sexuelle,

des difficultés liées à une addiction sexuelle et ou autre, des difficultés relationnelles dans

la séduction, dans la vie de couple, dans l'affirmation de soi, dans la compréhension

des codes sociaux, dans la gestion émotionnelle, la distance relationnelle. Ça peut être aussi

un accompagnement dans la douleur liée à la sexualité ou également lors d'une maladie

chronique ou d'un handicap, qu'il soit physique, psychique ou mental, qui pourrait avoir des

répercussions sur la sexualité. Et concrètement quels sont les outils du psychomotricien ? Alors

je commence toujours par faire une anamnèse de la personne que je reçois, donc c'est un recueil de

son histoire. Je lui demande de me parler de ses premières expériences corporelles, sensorielles

et déjà là, dans la manière dont la personne se raconte, je vais être amené à observer autant

son langage, quels mots il va utiliser, mais également tout ce qui gravite autour de ce

langage verbal, le ton de sa voix, la manière dont il s'exprime, sa mobilité ou pas, ses mouvements,

le ton de sa voix, son débit de parole. Tous ces éléments là vont me donner beaucoup d'indices

sur ce qui est sensible chez la personne et ce qui pourra être intéressant d'aborder par la suite.

Je vais m'intéresser également à la manière dont il évoque son lien avec les autres,

comment est-ce qu'il entre en lien avec les autres. C'est très important pour moi d'avoir tous ces

éléments là. Je vais m'intéresser à tout ce qui l'anime, tout ce qui fait plaisir pour lui,

tout ce qui est de l'ordre de ses loisirs, les activités sportives, créatives, relationnelles,

est-ce qu'il aime la musique, est-ce qu'il aime le dessin, peu importe. Tous ces éléments là qui

font sens pour la personne vont pouvoir guider mes propositions d'accompagnement. Je vais m'appuyer

vraiment sur les valeurs de la personne pour pouvoir être autant d'éléments de motivation

dans les séances. Je vais m'intéresser également à ce qui représente ses limites, ses besoins et

ses objectifs qu'on sera amené à réévaluer régulièrement. Et puis ensuite, je dresse une

sorte de contrat avec la personne. Je lui dis que je n'ai pas de protocole prédéfini en termes de

propositions d'accompagnement. Je vais avancer avec les propositions qu'il me fait, directement

ou indirectement, de ce que je peux voir aussi, de lui ou d'elle. Et puis je l'invite à m'exprimer

régulièrement les limites qu'il pourrait avoir pour pouvoir réajuster toujours mes propositions.

Alors les outils. Concrètement, le psychomotricien va utiliser tout ce qui met en jeu le corps,

à la fois le corps de la personne qui l'accompagne, mais son propre corps également. Donc il va utiliser

tout ce qui fait sens également pour lui, sa propre expérience corporelle. Pour ma part, je vais

parfois utiliser des exercices de relaxation, de respiration, des techniques de gestion du stress,

des exercices de conscience corporelle, des décompositions du mouvement. Je vais m'appuyer

sur des exercices de yoga ou des exercices tirés des arts martiaux aussi parfois. Tous ces exercices

de pousser, tirer, des exercices qui font appel aux perceptions, des sensations, des limites et des

potentialités du corps. Cette prise de conscience en fait va favoriser une meilleure connaissance

de soi et permettre une exploration sensorielle plus riche aussi dans la sexualité. Je vais utiliser

des exercices d'expression corporelle comme la danse, le théâtre, le dessin et la peinture également.

Peux-tu nous parler d'un exemple d'un accompagnement en sexo-psychomotricité ?

Je vais vous parler d'une personne que j'accompagne actuellement depuis à peu près six mois. On l'appellera

Lila. Lila a 26 ans au moment où je la rencontre. Elle vient pour des difficultés à éprouver du plaisir dans ses

rapports sexuels. Lila est en couple à ce moment-là avec un garçon depuis environ un an qu'elle me dit

ne pas vraiment aimer et avec lequel elle n'a aucun plaisir dans ses rapports sexuels, voire ses rapports

sexuels sont douloureux. Lila se présente comme une jeune femme mince voire maigre. Lila a des troubles du

comportement alimentaire de type anorexie et Lila a des vêtements amples, des grandes lunettes, une toute

petite voix fluette comme si elle s'excusait d'être là. Je suis obligée de tendre l'oreille pour entendre ce

qu'elle me dit. Elle me fait l'effet un petit peu d'un petit animal sauvage qu'il faudrait protéger. Son

langage corporel en dit long déjà sur Lila. Elle a les jambes croisées quand elle me parle, voire

entrecroisées, les épaules rentrées dans une attitude d'enroulement et pour autant elle est

quand même capable de parler d'elle, de se raconter, de me parler aussi de ses expériences, notamment de

ses expériences avec les hommes dans lesquelles elle n'a jamais vraiment éprouvé du plaisir. Et

puis même progressivement elle aborde le viol, une expérience traumatique pour Lila qui, on peut

l'entendre, laisse une trace importante corporellement et psychiquement pour Lila. Au vu de son récit, de

son histoire, je me dis comment s'autoriser à lâcher prise pour Lila. La première chose qui

me vient à l'esprit c'est un travail d'abord autour de la confiance. La confiance à la fois en elle

bien sûr, mais en moi. Quelle confiance elle va pouvoir m'accorder ? Pour moi ça va être fondamental

de prendre le temps d'installer cette confiance. Puis ensuite me vient des idées d'accompagnement

possible avec Lila. Ce qui me semble fondamental d'aborder avec Lila, c'est tout ce travail

d'ancrage, de solidité de l'axe, de solidité de la base pour pouvoir s'autoriser à aller vers les

autres, s'autoriser à être avec l'autre et s'autoriser à prendre plaisir. On commence d'abord avec Lila

par un travail de conscience corporelle. L'idée étant d'installer la base. Je lui propose de marcher

dans la pièce et de prendre conscience de ses appuis au sol, du déroulé de son pied sur le sol et

pour l'aider un petit peu plus à se représenter, ce déroulé du pied, cette conscience de ses appuis.

Je lui donne l'image d'une peinture fictive qu'elle pourrait avoir sous le pied et qu'il serait

intéressant de déposer pour laisser une trace sur le sol. On prend le temps, comme ça, petit à petit,

au fur et à mesure des séances, d'installer ses appuis, cette base. Puis petit à petit, je lui

propose de travailler sur ses limites par un exercice d'idées bulles. Les bulles représentent

les limites que l'on peut avoir. Ces limites privées, intimes et puis un petit peu plus larges.

On va explorer jusqu'où peuvent aller ces limites et puis moi je m'avance tranquillement avec ma

propre bulle au fur et à mesure, un peu plus proche de Lila et je vois que quand je m'approche, sa bulle

se rétracte, ce qui me donne autant d'informations sur le fait que cette confiance nécessite encore

un petit peu de temps à s'installer entre Lila et moi. On avance un petit peu dans ce travail de

limites, de confiance, puis on va aborder un peu plus l'ancrage au sol. Et là, j'invite Lila à monter

sur un tapis de sa d'épaisseur à peu près, un tapis mou, volontairement pour créer ce déséquilibre

volontaire. Je lui propose de déplacer son corps d'avant en arrière, de côté, de gauche à droite

et d'abord les yeux ouverts, puis progressivement d'essayer les yeux fermés. Lila s'autorise à

fermer les yeux, ce qui pour moi aussi est un élément de confiance qu'elle peut m'accorder,

qu'elle peut s'accorder également, et puis un premier lâcher prise de faire cet exercice les

yeux fermés. Quand on a exploré sur ce support qui crée un déséquilibre volontaire, je l'invite

à descendre du tapis et de regagner le sol dur et ferme. Et là, spontanément, Lila me dit « Waouh, c'est

solide ». J'entends par ces mots, ces termes choisis, qu'elle a enfin expérimenté la solidité

de son axe. Je vois chez Lila une certaine sécurité qui s'installe, une base solide. Je lui propose

alors de travailler sur un exercice de respiration, qui est au départ assez difficile pour Lila. Elle

apporte beaucoup d'émotions, elle est dans des pleurs, et pour autant elle reste volontaire. Elle

me dit « Non, mais ça me libère ». Et je vois effectivement dans son corps qu'il y a une vraie

libération des tensions. De toute façon, la respiration est essentielle à travailler dans

la sexualité, dans les rapports sexuels. Cette respiration est utile dans les mouvements de

va-et-vient, dans le dedans, le dehors, dans le prendre, le lâcher. Et on expérimente avec Lila

ces exercices de respiration. Et puis quand cette respiration devient plus facile, plus fluide, je

lui propose d'y associer la voix. La voix qui va faire vibration, qui va faire résonance à l'intérieur

et qui va appuyer encore plus cet ancrage. Cette voix qui va participer également au sentiment

d'affirmation de soi. Puis je l'invite à faire un exercice où je l'amène à s'installer au fond

de la pièce, puis moi dans un autre coin de la pièce. La consigne étant de me dire par son

langage verbal et corporel quand ce sera important et le moment pour elle que je m'arrête. Je m'avance

donc vers elle. Et au départ, son approche pour me dire de m'arrêter est encore un petit peu fragile,

pas très clair. On renforce encore par des exercices de voix et de respiration pour bien

renforcer cet ancrage, cette affirmation. Et petit à petit, au fur et à mesure, des essais, des séances,

je vois Lila qui se plante dans le sol et qui me dit stop. Là je sens que son sentiment de

sécurité est bien installé, il est ferme. On peut s'autoriser à aller un petit peu plus vers du

lâcher prise. Je propose alors à Lila d'aller dans des exercices plus dans le mouvement, dans la

danse notamment, où là on va essayer d'abord sur une danse guidée, sur une musique douce, d'aller

expérimenter le mouvement, le lâcher prise. Et je vois Lila qui se prête au jeu tranquillement et

puis même de temps en temps à sortir un petit sourire, une petite pointe d'improvisation. Alors

on se lâche sur différentes musiques, différents rythmes, sur des musiques plutôt aériennes, plutôt

ancrées dans le sol. Et puis je vois Lila qui joue, qui expérimente, qui prend du plaisir. On chante,

Lila chante et prend du plaisir dans cet exercice, dans ce mouvement et dans ce lâcher prise.

Entre temps, Lila me dit qu'elle s'est séparée de son compagnon. Elle a choisi de se séparer de son

compagnon. Elle a rencontré un autre garçon qu'elle trouve plus respectueux, plus doux, plus drôle.

Lila joue avec ce nouveau garçon, Lila danse avec lui. Elle danse pour le plaisir, elle danse pour

le séduire. Elle est dans des mouvements de tendresse avec lui, de partage. C'est une autre Lila que

je retrouve petit à petit et qui me dit se sentir plus féminine. Elle a quitté ses vêtements amples,

elle se maquille, elle expérimente d'autres choses. Lila est plus prête à affirmer ses limites. Elle

peut dire quand elle n'a pas envie d'avoir de rapport sexuel et c'est ok comme ça. Elle peut

s'affirmer, elle peut lâcher prise, elle peut prendre du plaisir. Lila me demande pour la

prochaine étape, pour terminer cet accompagnement en psychomatricité, de travailler encore un petit

peu plus loin ce lâcher prise pour pouvoir s'autoriser à dire je t'aime. En conclusion, je voudrais dire

que dans le contexte de la santé sexuelle, il est essentiel de reconnaître l'importance du corps et

de ses mouvements dans la vie sexuelle et amoureuse. En effet, la sexualité est une expression physique

et émotionnelle qui engage le corps dans sa globalité. N'oublions pas que la sexualité est

un apprentissage. Il est nécessaire de passer par la découverte de son corps, de ses possibilités,

de ses limites, de ses potentialités pour pouvoir aussi explorer son langage du corps, le langage

qu'il déploie consciemment et inconsciemment. La sexopsychomatricité, c'est tous ces mouvements

dans la relation à l'autre et dans la relation à soi aussi. Comment j'y vais, comment j'y vais pas, comment

je prends, comment je lâche ? Tous ces mouvements que l'on accompagne par un travail corporel. Ce

travail passe par une relation de confiance entre le psychomotricien et la personne qui l'accompagne

qui peut prendre du temps à s'installer. Mais il est fondamental de prendre ce temps pour pouvoir

permettre un engagement corporel et psychique optimal. Je vous remercie de votre attention.

Voilà, merci Bérangère pour cette intervention et ce montage professionnel qui m'a bien facilité les

choses. Donc moi je trouve ça très intéressant, c'est le but de ce sommet, de favoriser la

diversité des approches et d'encourager les échanges justement entre les professionnels

de la santé sexuelle. C'est comme ça qu'on pourra promouvoir une meilleure connaissance mutuelle de

nos pratiques respectives. Encore merci Bérangère, merci à tous les participants. On a encore un petit

peu de temps donc on va pouvoir aller boire un petit coup, faire une petite pause avant la

prochaine conférence et on reste en ligne dans la fenêtre de chat pendant encore quelques minutes.

N'hésitez pas à poser vos questions, on va pouvoir échanger, discuter un petit peu et je vous dis à

tout à l'heure pour la conférence de clôture à 21h30 dans quelques minutes.