Dr André CORMAN
Médecin sexologue et andrologue, thérapeute de couple, directeur d’enseignement à la faculté de médecine de Toulouse III et vice-président de l’AIUS.
André Corman explore la dysfonction érectile comme symptôme à la fois corporel, psychique et relationnel, qui demande une lecture clinique globale plutôt qu’une opposition entre corps et esprit.
Médecin sexologue et andrologue, thérapeute de couple, directeur d’enseignement à la faculté de médecine de Toulouse III et vice-président de l’AIUS.
Bonjour André, merci beaucoup d'être encore présent cette année pour notre sommet.
Merci du temps que tu passes pour toutes ces présentations que tu fais et que tu partages.
André CORMAN, je te présente, médecin sexologue, andrologue, thérapeute de couple, philosophe.
Tu es directeur d'enseignement du diplôme interuniversitaire de sexologie à la Faculté de médecine de Toulouse
et tu es le vice-président de l'association interuniversitaire de sexologie.
Là, tu vas nous présenter une intervention sur les troubles érectiles chez l'homme.
C'est bien ça ?
Oui, mon cher Arnaud, je vais effectivement donner un peu quelque chose qui est un peu le reflet
de plusieurs dizaines d'années de pratique et ce qui me semble quand même important
et a priori très important pour une approche un peu sexologique humaine de ces problèmes d'érection.
Je te laisse faire ta parole.
On y va.
On peut y aller.
Très heureux de participer de nouveau à ce sommet de la santé sexuelle.
J'ai choisi de parler des troubles érectiles chez l'homme.
Au fond, j'ai intitulé, vous allez voir, cette communication maladie du corps, maladie de l'esprit.
Au fond, je voudrais l'aborder en vous racontant une sorte d'histoire.
La première, c'est comment on a supprimé le terme ancien d'impuissance
et on l'a remplacé par la dysfonction érectile afin de diminuer la honte
que représentait le terme impuissance.
Au fond, nous sommes en 1992 aux États-Unis,
les meilleurs experts mondiaux sont réunis au sein du National Institute of Health
pour définir médicalement les troubles de l'érection chez l'homme.
Il semble souhaitable à la plupart des experts réunis ce jour-là
de trouver un terme nouveau pour remplacer le terme ancien d'impuissance,
trop chargé de honte.
Le terme de dysfonction érectile pour définir les troubles érectiles de l'homme
est désormais communément utilisé dans la communauté médicale
depuis cette conférence de consensus.
Mais supprimer un mot n'a pas suffi à faire tomber les barrières.
Antannées ont passé et malgré la reconnaissance de l'importance
de la dysfonction érectile en termes de santé publique,
malgré des procédures de diagnostic de mieux en mieux définies et validées,
malgré des traitements à la fois efficaces et bien tolérés
et des prises en charge pluridisciplinaires de mieux en mieux disponibles,
l'accès à une prise en charge reste difficile pour un grand nombre de patients.
C'est le constat de cette difficulté qui fonde la légitimité de notre dialogue
sur un sujet dont la convenance fait du silence la normalité.
En effet, tous les hommes doivent lever deux hontes,
l'une liée à la légitimité d'évoquer l'intimité de la sexualité
dans un cabinet médical, une officine ou un cabinet de psychothérapie,
et l'autre à exprimer une défaillance de cet organe masculin
dont ils ne parlent entre eux, les hommes, que pour en vanter les victoires.
Si les hommes, nous dit Pénac dans M. Varoufsen,
si les hommes parlaient plus souvent entre eux de leur défaillance sexuelle,
peut-être en seraient-ils moins les victimes.
Alors, qu'est-ce que c'est une dysfonction érectile ?
Au fond, une érection, c'est quoi ?
La dysfonction érectile, c'est l'incapacité persistante pour répéter,
d'obtenir et de maintenir une érection suffisante
pour permettre une activité sexuelle satisfaisante.
Une durée minimale de 6 mois et sa présence dans 75 à 100% des cas
sont nécessaires selon le DSM-5.
La dimension de souffrance du patient ou de son couple,
authentiquement psychologique et relationnel,
liée à la dysfonction érectile, vient compléter cette définition.
Alors, une érection, c'est quoi ?
On va essayer de voir comment ça marche.
Très simplement, c'est un mécanisme neuro-vasculo-tissulaire hormono-facilité.
Sa survenue est contrôlée par le système nerveux central
en fonction des conditions environnementales, du désir,
de l'excitation sexuelle, des affects, des conditions.
Donc autrement dit, vous voyez, ça touche beaucoup de choses,
ce qui explique qu'évidemment, à partir du moment où de nombreux systèmes interviennent,
les risques effectivement de panne sont réels.
Alors, je voudrais ici vous montrer, au fond, ce qu'il faut comprendre,
c'est que la fibre musculaire lisse de l'éponge caverneuse
qu'on voit ici avec ma petite flèche, est contractée en flaccidité.
Donc, vous voyez, tout est contracté ici, l'éponge est serrée
et elle est au contraire relâchée.
Vous voyez cette relaxation de ces fibres musculaires lisses.
Donc, la relaxation musculaire lisse va nous donner la thumescence,
c'est-à-dire la verge grossie,
et ensuite, elle va venir clamper les veines ici contre l'albuviné.
À ce moment-là, il n'y a plus de retour veineux et nous avons la rigidité.
Donc, évidemment, ce qu'il faut comprendre, c'est que cet aspect corps caverneux
que je viens de montrer, est contrôlé par le système nerveux végétatif,
et vous avez le centre ortho-sympathique qui contracte ici la fibre,
donc qui est inhibiteur de l'érection,
et au contraire, le centre parasympathique qui est activateur.
Quand vous êtes excité, ce centre excité sexuellement, je m'entends,
ce centre ortho-sympathique inhibiteur va s'inhiber,
et à ce moment-là, vous avez la capacité à avoir une érection.
L'érection, c'est la manifestation de l'excitation sexuelle chez l'homme.
On vient de le voir, puisqu'au fond, ce frein ortho-sympathique sur l'érection
ne va être levé que dans deux situations, les érections de nuit,
sommeil paradoxal, mise au repos de l'ortho-sympathique, érection,
et bien sûr, quand vous êtes excité sexuellement.
Donc, je vous ai mis ici la courbe de la réponse sexuelle d'après Whipple,
et vous voyez, nous avons le désir, l'excitation, l'excitation en plateau,
tout ça c'est l'érection, après vous avez l'orgasme, la résolution et la perte de l'érection.
Donc, autrement dit, l'excitation sexuelle, elle met en jeu le corps et l'esprit,
parce qu'elle est à la fois le fruit de sensations que produit le corps,
tout ce que je fais avec mes sens, je la regarde, je la respire, je la goûte,
elle m'écoute, je la touche, etc.
Donc autrement dit, tout ce que produisent mes sens va produire de l'excitation,
mais elle est aussi le fruit de mes pensées.
Je pense à elle, à lui, à son corps, à des choses coquines, je fantasme,
donc elle est effectivement le deuxième pilier de l'excitation,
on dit alors exogène pour ce qui est sensoriel, endogène pour ce qui est cérébral,
elle est aussi bien sûr dépendante d'une relation, cette excitation.
L'érection c'est aussi le reflet de la santé, du corps et des organes,
nous savons, on le verra, que toutes les pathologies chroniques
peuvent donner des troubles de l'érection,
les facteurs de risque pour la santé, tout ce qui est surcroît,
syndrome métabolique, addiction, fatigue, stress chronique, etc.,
mauvaise observance par exemple des médicaments, etc.
Donc cette dysfonction érectile est le fruit de ces dysfonctions,
mais elle peut aussi les révéler,
et on sait que la dysfonction érectile, par exemple,
est ce qu'on appelle un syndrome sentinelle,
c'est-à-dire qu'elle peut orienter le clinicien vers une pathologie,
particulièrement une pathologie coronarienne et cardiaque,
au fond le problème d'érection va être le premier symptôme à survenir,
c'est ça qu'on appelle un syndrome sentinelle,
avant que la pathologie cardiaque ne se mette réellement en action.
Mais c'est aussi le reflet de la santé psychique, de la qualité de vie,
tout ce qui est anxiété, tout ce qui est burn-out,
dont on parle beaucoup en ce moment, la dépression,
les troubles de la personnalité, les troubles relationnels,
et bien sûr, les dysfonctions sexuelles de la partenaire,
vous savez que la sexualité fonctionne en miroir,
et que quand ça va mal d'un côté, ça finit toujours par aller mal de l'autre.
Alors, le deuxième aspect que j'aimerais,
bon là on a vu un peu, on a situé le décor,
qu'est-ce qui se passe, au fond, chez un homme,
lorsque l'érection, qui est donc un phénomène automatique,
spontané, parfait, devient brutalement, ou progressivement,
incertaine et instable ?
Il se passe, nous allons le voir, d'abord de la souffrance,
ensuite je vais essayer de vous montrer les déterminants
et les figures de cette souffrance,
et troisièmement, ce qui se passe au-delà de la sexualité, de l'intimité.
Constatez la souffrance des hommes et des femmes devant la faillite érectile.
Alors, vous savez que la médecine, elle compte,
c'est-à-dire, c'est ce qu'on appelle l'Evidence-Based Medicine,
on va beaucoup travailler au niveau des statistiques
pour rendre reproductible un phénomène scientifique,
et elle nous compte moins,
donc j'ai mis le compteur, C-O-M-P-T-E,
U-R, le compteur, et le compteur, celui qui raconte.
De manière à ce qu'on décrive, pour décrire cette souffrance,
j'ai demandé au compteur, au narrateur,
de se joindre à celui, au fond, qui compte.
Alors, le compteur, nous avons ici plein d'études.
Chez les hommes souffrant de troubles de l'érection,
par exemple, deux hommes sur trois disent qu'ils seraient insatisfaits
s'ils devaient passer le reste de leur vie avec leurs problèmes d'érection.
Donc, on met en évidence les souffrances.
Je vous cite quelques études, il pourrait y en avoir,
nous en avons une foutue étude à notre disposition.
Si on demande, par exemple, ça c'est une jolie étude de Corphage,
si on demande à des patients atteints d'un cancer de la prostate
de mettre en relation leur durée de vie, de survie potentielle
et celle de leur fonction sexuelle,
68% sont prêts à sacrifier 10% des chances d'augmenter leur durée de vie de 5 ans
en échange du maintien possible de leur fonction sexuelle.
Donc, vous voyez qu'on le sait tous, dans les cancers de prostate,
par exemple, la réflexion des patients autour de ces troubles potentiels de l'érection
après une intervention joue un rôle majeur.
Regardez ce que nous décrit le conteur.
Je vous ai ici cité des phrases de Romain Garry
dans ce livre cardinal sur la dysfonction érectile, sur l'impuissance à l'époque,
puisque Romain Garry s'est suicidé avant l'arrivée des premiers médicaments de l'érection.
« Tout ce qui avait été chant était devenu murmure.
Mon corps me fut très lourd et oppressant cette nuit,
et il y eut entre nous une sorte de lutte,
comme si chacun essayait d'échapper à l'autre.
Mon corps n'est plus rentable, il me rapporte de moins en moins la joie de vivre.
Je suis devenu pour moi, et donc pour elle, une mauvaise affaire à tout point de vue. »
Mais la dysfonction érectile, c'est aussi la souffrance de la partenaire.
Regardez le compteur, les études.
62% des partenaires d'hommes ayant une dysfonction érectile ont une difficulté sexuelle,
dysorgasmie, perte de désir, disparu, effet miroir comme je l'évoquais tout à l'heure.
44% des partenaires d'hommes ayant une dysfonction érectile ont des symptômes dépressifs.
26% des troubles anxieux, 30% des troubles de l'excitation,
24% des troubles de l'orgasme et 34% une réelle insatisfaction sexuelle.
Donc vous voyez le retentissement.
Que nous dit le narrateur ?
« Il ne m'aime plus, car il ne me désire plus. »
Ça c'est des paroles de patiente.
« Je ne lui fais plus d'effet. »
« Il désire une autre femme et c'est elle qu'il aime. »
« Je n'ose plus, il n'ose plus. »
Ici une jolie de mon frère Claude qui est cardiologue qui avait écrit
« L'homme n'a pas su répondre aux caresses de la femme.
Encore une fois, la femme s'est retournée triste et résignée. »
La souffrance du couple, de la dysfonction érectile.
Dans une revue de la littérature, on met en évidence une cascade de réactions
aux troubles érectiles, la peur de l'échec, la peur de l'intimité,
la culpabilité de la partenaire, la disparition de la communication conjugale.
C'est une belle étude d'Alain Rillet.
Et le compteur, dans la tête de l'homme, se bouscule toutes sortes de raisons.
Mais aucune n'est assez forte pour franchir le mur du silence
qui sépare les deux corps mûs.
L'homme voudrait redessiner le sourire de bonheur sur les lèvres de la femme,
mais la petite musique de ses mots, si maladroitement dit,
ne peut racheter son odieuse timidité charnelle.
Il se sent de plus en plus vain.
Donc on est d'accord, souffrance.
Quels sont les mécanismes et les figures de cette souffrance ?
Je vous ai mis en premier l'anxiété de performance,
après un mot de ce que j'appelle le sentiment d'impuissance,
le gel de la sexualité et de l'intimité du couple
qui va venir compliquer ces problèmes d'érection,
les conduites d'évitement et la perte du désir,
et l'atteinte du sentiment identitaire.
Je vais un peu vous détailler tout ça.
L'anxiété de performance.
C'est intéressant parce qu'elle touche essentiellement les sujets jeunes.
C'est la dysfonction érectile du sujet jeune.
Aujourd'hui, nous le savons, extrêmement élevé.
Le corps caverneux est en bon état, finalement,
et les érections hors des rapports sexuels sont possibles.
Les antécédents de panne sexuelle ont été gravés par le cerveau,
et l'incertitude sur l'érection va perturber son fonctionnement.
L'inquiétude surpasse l'excitation.
Le système végétatif dysfonctionne et l'érection bug,
d'autant que le patient fait focus pour elle.
Donc l'excitation va, normalement, on l'a vu,
inhiber l'orthosympathique,
mais l'anxiété le remet en route.
Et à ce moment-là, vous avez évidemment la faillite érectile derrière.
L'anxiété de performance.
Aujourd'hui, on a des facteurs contextuels et favorisants qui me passent très contemporains.
Trois facteurs, j'ai comme ça individualisé trois facteurs contextuels.
La juste demande sexuelle des femmes.
Elle souhaite un plaisir et se donne le droit de l'obtenir,
déclenchant chez certains hommes anxieux une obligation de résultat.
La non-éternité des unions,
effectivement autour où il y avait des tonnes de couples qui se défontent,
avec souvent un motif sexuel.
Et donc l'inquiétude d'être abandonné,
de perdre sa partenaire du fait de ce problème d'érection.
Et après, on y reviendra dans ma conclusion,
la société de performance et la pornographie,
j'en dirai un mot à la fin.
Le sentiment d'impuissance.
Alors c'est quoi ?
Ce n'est plus du tout la même population.
Là, ça touche essentiellement des sujets vieillissants et ou malades.
Les corps caverneux sont en mauvais état
et ils se construisent au-delà des échecs lors des relations sexuelles.
Du fait de la disparition des érections en sexualité,
il n'y a plus du tout d'érection, ni nocturne, ni matinale,
ni à la masturbation, ni lors des contacts intimes,
sans intention de rapport.
C'est donc une sorte de découragement,
une conviction d'incurabilité.
Il est vécu comme une menace
et entraîne l'homme à vouloir sans arrêt vérifier ses érections.
Une fois, j'ai eu la partenaire de quelqu'un comme ça,
qui avait ce sentiment d'impuissance sévère.
Une fois où je la voyais seule, sans le partenaire,
elle me disait « Vous savez, il a une hypertension sévère,
donc il doit se vérifier sa tension. »
Et bien, quand on fait l'amour, j'ai l'impression d'être un tensiomètre.
C'est-à-dire que j'ai l'impression qu'il m'utilise
pour vérifier ses capacités d'érection.
Romain Garry décrit une phrase magnifique
« Je m'observais plus dans l'étreinte que je ne m'oubliais,
et je me sentais au lieu de sentir. »
C'est ça, c'est cet homme qui pense à son érection.
Est-ce que je suis suffisamment dur ? Est-ce que mon érection marche ?
Et bien évidemment, il se déconnecte de toute l'excitation.
Effectivement, la faillite érectile est évidemment très présente.
Alors, les facteurs contextuels et favorisants,
ce sont les comorbidités organiques ici,
les facteurs de risque cardiovasculaire, les dyslipidémies,
les maladies chroniques, hépatiques, rénales, respiratoires,
l'hypertension artérielle, le diabète, évidemment très fort,
les antécédents abdominopelviens,
c'est-à-dire la chirurgie, l'irradiation, les traumatismes,
les endocrinopathies, les syndromes métaboliques,
la surcharge pondérale, ça c'est tous les facteurs de risque,
hygiène ou biététique qu'on connaît,
et évidemment les infections neurologiques,
type Parkinson, sclérose en plaques.
Donc je ne détaille pas, mais il faut comprendre une chose,
c'est qu'à ce moment-là, toutes ces comorbidités
vont toucher la pertinence du porc-caverneux.
Conséquence des problèmes d'érection,
et ça je crois que c'est très important pour un sexologue,
nous on y est familiarisés, mais pour tous les cliniciens,
pour tous les soignants en santé sexuelle,
c'est important qu'ils aient à l'esprit
que la dysfonction rectile ce n'est pas uniquement quelque chose de mécanique.
Au-delà de cette faillite mécanique, de cet échec,
ça bloque l'ensemble de la dynamique sexuelle antérieure,
et ça perturbe le relationnel du couple.
Regardez ces études d'Alan Riley,
par exemple, dans un couple avec dysfonction rectile,
derniers événements sexuels,
baisers non érotiques, depuis trois mois il n'y en a pas eu,
des baisers érotiques depuis 30 mois il n'y en a pas eu,
des caresses depuis 30 mois il n'y en a pas eu,
des stimulations génitales manuelles,
hommes vers femmes depuis 31 mois il n'y en a pas eu,
de femmes vers hommes depuis 26 mois il n'y en a pas eu,
contacto-génital cunilingus depuis 32 mois il n'y en a pas eu,
fédélation depuis 26 mois,
donc vous voyez qu'au fond, au-delà même,
c'est un peu ce qu'on se dit, d'accord la mère ne marche pas,
mais on a quand même une main, une bouche,
mais plus rien ne fonctionne.
Tout ça bloque.
50% des femmes ne stimulent plus leur partenaire
quand il a une dysfonction rectile, une jolie étude d'intimité.
Elles se mettent en colère et arrêtent la relation dans 24% des cas,
nous dit Atiemont.
44% des hommes refusent toute stimulation en cas de panne.
La honte.
Les hommes sont repliés sur eux, plus de communication,
grande distance physique.
Les femmes sont très affectées par le désarroi
et par le mal-être de leur partenaire.
44%.
Par l'absence de caresse et de jeux sexuels pour compenser,
par l'impossibilité de toute communication avec lui.
Ça c'est fondamental de comprendre
et parce que ça permet aussi de mieux comprendre
souvent les échecs des traitements.
Conduite d'évitement et perte du désir.
Alors ça c'est une réalité en observation clinique.
C'est courant de voir des patients consultés,
par exemple ils vont venir consulter pour une baisse de désir,
souvent même ils vont dire baisse de la libido,
baisse de l'envie, désintérêt pour l'activité sexuelle,
diminution drastique de la fréquence des relations sexuelles.
Et au fond, on se rend compte très souvent,
et c'est ça la complexité clinique,
il faut faire le diagnostic,
est-ce que c'est réellement un trouble du désir ?
Ou est-ce qu'il ne s'agit pas d'une dysfonction érecte
que le patient ne met pas au premier plan,
alors que c'est ça qui petit à petit...
Soyons clairs, j'ai un problème d'érection,
j'évite les relations.
Pour plus souffrir de l'évitement,
je finis par ne plus avoir de désir.
Donc il faut s'intéresser à la chronologie du couple,
baisse du désir, dysfonction érecte.
Atteinte du sentiment identitaire,
alors j'ai mis une phrase que j'aime bien d'Edith Wharton,
la vie véritable, on ne peut pas s'y entraîner
comme un sport ou des langues étrangères,
elle est enracinée dans les choses fondamentales
et avant tout dans les relations étroites,
constantes, intéressantes et importantes entre hommes et femmes.
Alors au-delà de la physiologie,
l'érection est identité masculine.
Vous savez qu'on parle beaucoup en ce moment
du masculin, de l'identité.
Au fond, jusqu'à présent, on est dans cette idée,
dans la construction de la masculinité.
Nous verrons que peut-être tout ça sera à déconstruire,
mais en tout cas c'est par son érection
que le garçon sait qu'il est un homme.
Le moine consultant pour DE, c'est quoi ça ?
Eh bien un jour, il y a plus d'une dizaine d'années,
c'est une consultation que j'ai trouvée très marquante,
j'ai eu un moine qui est venu me consulter,
un moine cistercien qui habitait
une abbaye fort connue et fort magnifique
que nous allons visiter,
qui est l'abbaye de Sénanque, dans le Var,
dans le Libero.
Et ce moine, il vient me consulter
pour un trouble de l'érection.
Alors évidemment, je l'interroge sur sa sexualité.
Et là il me dit, docteur, c'est pas la peine de me fatiguer,
j'ai fait don de ma chasteté à Dieu,
donc je n'ai aucune activité sexuelle,
ni solitaire, ni avec des hommes, ni avec des femmes.
Bon, il avait un peu du bon, il m'a dit,
ni même avec des enfants, compte tenu de...
Alors je lui dis, mais alors en quoi ça vous gêne ?
Et à ce moment-là, il me dit,
voilà docteur,
cette érection que j'avais le matin,
des fois,
elle me montrait deux choses,
elle me signifiait que j'étais un homme,
et elle me montrait le sacrifice que j'avais fait à Dieu.
Aujourd'hui, je ne me sens plus,
ce silence me sidère,
le silence de mon organe me sidère complètement,
je ne me sens plus un homme,
et je remets en question ma vocation.
Donc vous voyez qu'au-delà
de l'aspect purement sexuel,
purement d'échange intime,
l'érection est aussi quelque chose d'identitaire.
Alors, et les médicaments que l'on prend,
peuvent-ils entraîner des troubles érectiles ?
Alors rechercher une hipertrogémie,
c'est très complexe.
Avant tout, il faut lutter contre les a priori
concernant les traitements en cours.
Le Vidal ou Internet
rapportent plus d'effets délétères
sur l'érection ou la libido que dans la réalité.
Du reste, c'est très peu étayé.
Vous savez qu'un effet secondaire
n'est jamais remis en question dans la liste.
Si on veut aller un peu plus loin,
dans les traitements à visée cardiologique,
les traitements d'hypertenseurs,
les métablocants, les thiazidiques,
c'est surtout les thiazidiques
qui semblent effectivement fragiliser l'érection.
Mais ce qui la fragilise le plus,
ce n'est pas le traitement,
c'est la maladie elle-même.
Quand on a une maladie cardiovasculaire,
il y a un retentissement de cette maladie même,
et pas uniquement du traitement,
contrairement à ce que croient
beaucoup de patients encore,
sur l'érection.
Les antidépresseurs.
L'état de la dépression joue un rôle essentiel.
On peut utiliser un antidépresseur non délétère
pour l'érection.
Mais avoir à l'idée
qu'un traitement correctif
est toujours possible,
c'est-à-dire qu'on peut corriger
l'effet négatif sur l'érection
d'un traitement indispensable
que doit prendre le patient
et qui a des retentissements sur l'érection.
Donc, ce qui est très important,
c'est d'éviter l'arrêt spontané du traitement.
Ça ne marche jamais
quand les patients arrêtent spontanément leur traitement.
Et il n'est pas souvent nécessaire
de modifier un traitement en cours
pour prendre en charge efficacement
une dysfonction érectile.
Donc faites attention,
parce que les patients adorent
qu'on leur dise
que c'est un traitement
qui nous a donné le problème d'érection.
Alors, le traitement maintenant
des problèmes érectiles.
Je voudrais simplement
vous faire passer ce message.
Il n'y a pas un traitement
de la dysfonction érectile
comme ça,
uniquement sur la mécanique de l'érection.
Il y a un traitement
qui doit être adapté
à chaque situation clinique.
Le premier temps du traitement,
c'est les conseils d'hygiène de vie.
Un régime alimentaire,
le rythme de vie,
le sevrage du tabac
et d'éventuelles autres substances addictives
et la lutte contre la sédentarité.
C'est fondamental.
Vous savez,
quand on suit une population,
la Massachusetts,
c'est la Male Aging Service,
c'est l'étude qui permet
de suivre les problèmes d'érection
comme on a une étude
qui suit les difficultés cardiovasculaires,
etc.
Dans cette étude,
on s'est aperçu
que ça veut dire
qu'on suit des patients
qui ont une dysfonction érectile
et leur évolution.
On s'est aperçu
que quand ils maigrissaient
et qu'ils reprenaient une activité sportive,
il y avait énormément
guérissés de leur dysfonction érectile.
Donc ça, c'est fondamental
et je l'ai mis en premier.
Après,
c'est très intéressant
de s'interroger sur les découvertes
des médicaments de l'érection
qui ont été, au fond,
des découvertes fortuites.
En 82,
quand Ronald Virag injecte
de la papavirine
dans le corps caverneux de l'opéré,
c'est un chirurgien vasculaire,
vous allez avoir la naissance
des injections intra-caverneuses.
Il faut le mettre en terme.
Voilà.
Découverte fortuite.
En 1997,
le Prix Nobel de médecine
récompense les travaux
sur le monoxyde d'azote
sur la cellule endothéliale.
Eh bien,
ça va nous permettre
d'aller vers cette découverte
fortuite lors d'une étude
du sildénaphile,
c'est-à-dire du Viagra.
Le conteur
nous le décrit assez bien.
Je vous ai mis Philippe Roth
dans The Human Stain,
en 2000,
écrit en 2000.
C'est quelqu'un
qui a eu un cancer de prostate,
le narrateur.
Je prends du Viagra.
C'est ça.
Toute cette turbulence,
ce bonheur,
je les bois au Viagra.
Sans ce médicament,
je ne vivrais rien de tout ça.
Sans le Viagra,
j'aurais une image du monde
et des intentions différentes.
Sans le Viagra,
j'aurais la dignité
d'un vieux monsieur
libéré du désir résigné.
Vous voyez,
ça a quand même
profondément modifié
la sexualité potentielle
de l'homme vieillissant.
Alors,
le traitement de référence
de la dysfonction érectile,
ce sont les inhibiteurs
de la phosphodiesterase de type 5.
Et on va voir
qu'on doit pouvoir,
dans la manière
dont on va construire
notre thérapeutique,
l'adapter
à toutes les formes
de pathologie
et de patients
et de patientes.
En l'absence
de contre-indications,
donc,
les IPDE5
sont les seuls médicaments
par voie aurale
à avoir fait la preuve
d'un taux d'efficacité
entre 65 et 85 %
et d'une grande taux vérante.
Pour deux raisons.
La première,
c'est que même
quand il y a des effets secondaires,
ils ne sont pas lésionnés.
Donc,
ce n'est pas très grave.
On l'arrête
et les effets secondaires
s'en vont.
La deuxième,
c'est qu'au fond,
les contre-indications
sont extraordinairement claires.
Pas nombreuses.
Attention aux dérivés nitrés,
c'est-à-dire
des médicaments
qu'on donnait à l'époque
volontiers
ou qu'on n'a rien
qu'on ne leur donne plus beaucoup
maintenant.
Mais en tout cas,
donc,
tout ce qui est dérivés nitrés,
trinitrines,
donneurs de NO,
et faites attention
aux poppers.
Les poppers,
le nitritamide
et certaines drogues chimiques
aujourd'hui
sont effectivement
des contre-indications
aux IPD-E5.
Voilà.
Ce sont des facilitateurs
de l'érection,
c'est-à-dire
qu'ils ne déclenchent pas
d'érection.
Ils vont stabiliser
et permettre une érection
à partir du moment
où on est dans une situation
où normalement
il y a une érection.
Quatre molécules,
le sildénafil,
qui a été le premier,
c'est le nom commercial,
c'est le Viagra,
et qui a été tellement connu,
le vardénafil,
le Levitra,
l'avanafil,
le Spedra,
le tadalafil,
le Cialis.
Voilà.
Ils peuvent tous
se prescrire à la demande,
mais seul le tadalafil,
en raison de la longueur
de sa durée d'action,
permet de traiter
en continue.
Alors,
on en vient à ce que je disais.
Le choix de cet IPD-E5
ne peut reposer
uniquement
sur une différence
d'efficacité
ou de tolérance.
Ce sont les objectifs
du traitement
qui vont déterminer
son choix.
Permettre la reprise
d'initiatives sexuelles
chez un homme
reprenant confiance,
soustraire l'érection
aux caprices de l'anxiété,
permettre de retrouver
une érection
en dehors des relations sexuelles
et faire perdre
le sentiment d'impuissance
qu'on a vu tout à l'heure.
Ce choix, bien sûr,
doit être expliqué,
la décision partagée
avec le patient
et éventuellement,
bien sûr,
sa partenaire.
Donc,
le choix du traitement.
Je choisis un traitement
en première intention.
Dans tous les cas,
le traitement est clairement
explicité au patient.
Les modalités de prise,
facilitateurs,
prise à la demande,
si tel est le cas,
ce qui est attendu du traitement
pour éviter une sur-promesse.
Moi, j'explique vraiment,
je crois que c'est fondamental,
l'intérêt,
surtout dans la période qu'on vit,
qui est une période où les gens
ont une méfiance
vis-à-vis des médicaments,
c'est bien de leur expliquer
à quoi ils servent,
qu'est-ce que ça va leur apporter.
Dans tous les cas,
le patient est revu
et réévalué
et le traitement peut être modifié
ou adapté
eu égard à notre objectif,
le rétablissement d'un bien-être sexuel.
Alors,
quand un IPDE5 ne marche pas,
on peut aussi aller vers d'autres traitements.
Il y a les traitements locaux,
je ne vais pas les détailler ici,
je n'ai pas choisi de faire ça,
mais enfin, c'est très important
de les connaître.
Donc là, le prostadil intra-caverneux
ou intra-urétral,
vous avez les vacuums,
et bien sûr,
et les implants
qui ont toute leur place,
tout ça ne doit pas être oublié
et peut s'intégrer effectivement
dans le traitement
et la vie du patient.
Alors,
le dégel sexuel,
l'apport du médicament
dans ce que j'ai appelé
le dégel sexuel,
on a vu tout à l'heure
comment la dysfonction érectile
entraînait un gel
de la sexualité,
le médicament permet
la reprise d'initiatives sexuelles
chez un homme reprenant confiance.
Ça permet la reprise
des scripts sexuels
en facilitant l'excitation
et l'audace,
donc on a retrouvé
un fonctionnement.
Ça soustrait l'érection
aux caprices de l'anxiété
et ça diminue
les perturbations émotionnelles
puisque vous allez,
évidemment,
avec les IPDE5,
ça va favoriser la relaxation
de la fibrolyse du corps caverneux
et donc s'opposer
à la contraction
qu'entraîne le stress,
à la remise en route
du système orthosympathique,
tout ça est complètement logique.
Ça permet de retrouver
une érection concrète
et de perdre,
quand vous avez un type
qui a un sentiment d'impuissance,
que vous allez lui mettre
un traitement en continu,
il va retrouver effectivement
des érections le matin
ou sous la douche
ou n'importe quoi
et à ce moment-là,
il va effectivement sortir
de cet horrible sentiment
d'impuissance
qu'on a décrit tout à l'heure.
Le mode d'administration,
c'est là où j'en viens,
en utilisant les caractéristiques
du médicament
comme le mode d'administration
à la demande
ou en prise quotidienne,
vous allez pouvoir,
par exemple,
utiliser un traitement
à la demande.
Quels sont les avantages ?
D'abord, il y a un bon recul.
C'est au plus près
de la sexualité.
C'est un peu ce que...
J'ai une phrase comme ça
que je dis à mes patients.
Je leur dis,
je ne vais pas vous donner
un médicament
pour le mal de mer
si vous ne prenez pas le bateau.
C'est un peu ça.
C'est-à-dire que
dans le traitement à la demande,
vous avez cette idée
que le traitement
ne va servir,
ne va être utilisé
que lorsqu'on en a besoin.
Sauf que ça nécessite
de penser sa vie sexuelle.
Par exemple,
dans un couple,
c'est complexe.
Ça peut être complexe
parce que souvent,
les gens ont une sexualité
plus ou moins spontanée.
En tout cas,
non ritualisée.
Et si cette sexualité
n'est pas ritualisée,
ça va être difficile
à gérer le traitement à la demande.
Ça va aussi entraîner
un sevrage complexe.
Pourquoi ?
Parce que,
comme il y a une vraie diade
qui se forme
entre la prise du comprimé
et la relation,
puisqu'au fond,
le traitement est pris
une ou deux heures
avant le rapport sexuel.
Donc, il y a identification.
Ce qui fait que,
sur une anxiété de performance,
par exemple,
quand vous allez arrêter,
vous allez dire
tout va bien,
vous avez repris confiance,
vous pouvez arrêter
votre traitement.
Sauf que,
vous ne pouvez pas
empêcher un patient
de se dire
bon,
est-ce que ça va marcher
sans la prise du comprimé ?
Et à ce moment-là,
vous le remettez
dans une inquiétude
et vous risquez
d'avoir un échec
et à ce moment-là,
il faut repartir à zéro.
Quand vous utilisez
un continu,
un, ça s'adapte
à la notion de correctif.
C'est quoi la notion
de correctif ?
Vous prenez un traitement
qui a un effet négatif
sur les réactions.
Vous compensez
l'effet délétère
sur les réactions
du médicament pris
par, effectivement,
un traitement.
Ça permet d'utiliser
des doses plus faibles
et nous savons
que les effets secondaires
sont liés,
évidemment,
sont doses dépendantes.
Donc, effectivement,
plus vous utilisez
une dose faible,
plus vous pouvez
ne pas avoir
d'effets secondaires.
Il n'y a plus du tout
nécessité de penser
sa vie sexuelle
puisque, effectivement,
ça marche tout le temps.
Donc, il y a une spontanéité
qui est préservée.
Ça permet,
et c'est là où je voulais évoquer
tout à l'heure
dans le sentiment d'impuissance,
ça permet une réapparition
d'érection
en dehors des relations sexuelles.
Et le sevrage
est plus simple.
Pourquoi ?
Parce que comme il n'y a pas
cette diade rapport sexuel
prise du comprimé,
par exemple,
un comprimé par jour,
vous allez passer à,
par exemple,
un comprimé un jour sur deux
ou un demi-comprimé
un jour sur deux
et pouvoir arrêter
ce traitement
de façon didactique.
Vous savez que très souvent
quand on est face à l'anxiété,
c'est très bien d'être directif.
Ça évite, effectivement,
aux patients
souvent une dynamique anxieuse.
Alors,
il faut tenir compte du couple.
Alors,
c'est très important, ça.
Vous avez une dysfonction erectile
et le couple est en crise.
Deuxième type de situation,
vous avez un trouble de l'érection
chez l'homme,
mais la partenaire peut avoir
elle-même une dysfonction sexuelle.
À ce moment-là,
vous vous rendez compte
quand vous les interrogez
que les scripts sexuels
étaient bloqués bien avant
la dysfonction érectile.
À ce moment-là,
quand on est dans des situations
où la pathologie sexuelle
est importante
au niveau du couple,
il faut éviter de prescrire,
il faut envoyer au sexologue,
car il faut complètement évaluer
la capacité du couple
de reprendre une sexualité
et de pouvoir utiliser
de façon pertinente
les traitements que l'on marque.
Donc là,
je préfère,
quand on est dans ces situations
de complexité,
que le sexologue soit vu
avant de prescrire.
La partenaire est réticente
à la prise en charge.
Je le vois beaucoup
quand il y a, par exemple,
une dysfonction érectile
liée à une chirurgie,
où la partenaire dit
que ce n'est pas si important que ça,
qu'on a déjà un certain âge,
qu'on peut s'en passer de sexualité.
Il y a tout ce qui est idée reçue
sur l'âge, sur le traitement.
Là, il faut voir la partenaire
et très souvent,
avec une bonne éducation thérapeutique,
c'est vraiment une consultation,
mais vous allez vraiment
augmenter d'une façon considérable
la pertinence de votre prise en charge.
Un traitement adapté à chaque situation.
Les psychothérapies.
Alors,
apporter une information
sur la sexualité,
très important.
Dédramatiser l'apprentissage
de la sensualité,
ça c'est très important.
Beaucoup d'hommes
sont habitués à
la pénétration très rapide,
pas de sensualité,
donc évidemment c'est très important.
Autoriser le plaisir,
rétablir une communication
à l'intérieur du couple,
et un travail sur l'excitation sexuelle
et l'imaginaire érotique.
Je voudrais conclure
avec le recul.
L'arrivée des IPDE5
a représenté une vraie révolution
dans le traitement de la dysfonction érectile
et a complètement bouleversé les limites
au-delà desquelles
le ticket n'est plus valable
pour rester un peu avec Romain Garry.
Nous avons
approfondi nos connaissances
sur la pathologie érectile,
sur le plan médical,
interaction de la dysfonction érectile
avec diverses comorbidités,
comme sur le plan sexologique.
Tout ça, nous venons de le voir.
Mais,
avec le recul,
moi j'ai commencé à voir
des patients
ou leurs partenaires
ne pas faire leur profit
de ce traitement,
parce que leur sexualité,
disent-ils,
a perdu de son intérêt.
La réflexion sur ce type d'échec,
efficacité sur le symptôme
mais échec sur la vie sexuelle,
nous a rendus attentifs
à ce phénomène.
Là où nous croyions
rendre possible
bien-être et bonheur,
nous nous rendions,
et ce n'est déjà pas si mal,
que la normalité d'une fonction.
Très vite,
dans ma pratique clinique,
je me suis rendu compte
que dès qu'on en est confronté
professionnellement à la sexualité,
on doit tenir compte
de sa dimension existentielle,
à savoir qu'elle est
une relation humaine intégrale
et non une fonction
biologique,
psychologique
ou sociale,
partiellement.
Comment imaginer
que l'évolution sociétale
ne soit pas une question
centrale en clinique
lorsqu'il s'agit de sexologie ?
Alors, l'épilogue,
c'est le temps des compteurs.
J'ai donné comme premier compteur
Vincent Cespedès.
Voilà ce qu'il écrit.
« L'extase technoïde s'est substituée
à celle des corps désirants,
préférence pour la simplicité
d'une satisfaction onaniste
sous perfusion porno
à la complexité de la relation.
Une relation réelle
qui nous détourne du confort
virtuel, c'est-à-dire le confort
d'être soi sans l'autre,
bien que connecté.
Tout cela est en accord avec la société
de performance, puisqu'être
performant, c'est arriver au bout
en faisant l'économie de l'aventure. »
Je vous en avais parlé tout à l'heure.
« Plus d'excitation avec une partenaire
et une érection qui flanche. »
Donc ça, c'est des
nouvelles situations
cliniques que les sexologues seront
amenés à voir.
« Comprendre la complexité du sexe. »
J'ai mis Philippe Roth ici.
« Je m'étais délibérément retiré
de la Sarabande du sexe,
et cela non pas parce que mes pulsions
ni même mes érections auraient failli
d'une manière significative,
mais parce que je n'arrivais plus
à faire face aux exigences
du sexe. »
Voilà, trop complexe.
Cette complexité
qui rend les sexologues, à mes yeux,
incontournables. Et pour conclure,
« L'efficacité du traitement de la
dysfonction érectile dépend de son
action sur le corps,
à condition que l'esprit
l'accompagne. » Je vous remercie.
Bauda, merci
beaucoup André pour cette intervention.
Merci d'avoir encore donné
de ton temps pour ce sommet.
Merci à tous les participants
qui sont très nombreux.
Donc on espère vraiment
que ça vous ouvre un petit peu
des portes
et que ça va vous aider.
Allez, je t'embrasse.
Bisous, ciao.